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Pour l’instant, il n’y a pas d’autre voie : de Bolívar à la géopolitique de 2026

par Bernard Tornare 28 Juillet 2026, 12:26

Pour l’instant, il n’y a pas d’autre voie : de Bolívar à la géopolitique de 2026
Par Francisco Ameliach

Aujourd’hui, les événements du 3 janvier 2026 nous obligent à réactiver une doctrine de survie nationale qui se rattache directement à deux des moments les plus pragmatiques de notre histoire : la lucidité géopolitique de Simón Bolívar en 1825 et le « pour l’instant » stratégique d’Hugo Chávez en 1992.

 

Le précédent historique : Bolívar face à la Sainte-Alliance (1825)

Le dilemme consistant à négocier avec un ennemi idéologiquement supérieur afin d’éviter l’anéantissement n’est pas nouveau. Après avoir consolidé l’indépendance à Ayacucho, la jeune Grande Colombie fut confrontée à la menace globale de la Sainte-Alliance, coalition absolutiste européenne menée par la France et cherchant à restaurer l’ordre monarchique.

 

Malgré une armée victorieuse, le Libertador comprit l’épuisement matériel de son peuple. Dans sa célèbre lettre à Francisco de Paula Santander du 11 mars 1825, Bolívar posa les bases d’une diplomatie de paix : dans cette missive, il exprima sa disposition à négocier avec la France afin de contenir la menace contre la Grande Colombie, en faisant primer le salut de la nation sur sa propre réputation politique et militaire.

 

Du « Pour l’instant » de 1992 au second « Pour l’instant » de 2026

Cette même logique de retenue stratégique guida Hugo Chávez le 4 février 1992. Encerclé militairement à Caracas, il choisit d’assumer le coût politique du dépôt des armes avec son célèbre « pour l’instant », subordonnant son orgueil militaire à un objectif supérieur : éviter un bain de sang fratricide qui aurait détruit les bases futures du Mouvement bolivarien.

 

Le 3 janvier 2026, le Venezuela s’est retrouvé face à un carrefour similaire, mais à l’échelle mondiale. Face à l’imminence d’une intervention militaire de grande envergure de la part des États-Unis, les dirigeants du pays ont été contraints d’appliquer un second « pour l’instant ».

 

Le facteur Moyen-Orient : la nouvelle pertinence stratégique du Venezuela

Ce repli tactique prend une importance cruciale lorsqu’on analyse le contexte international actuel. L’escalade de la guerre au Moyen-Orient a mis sous tension les approvisionnements mondiaux en pétrole et déstabilisé les routes commerciales occidentales. Dans cet échiquier de pénurie énergétique, les réserves d’hydrocarbures du Venezuela redeviennent vitales pour la stabilité économique mondiale.

 

Cette réalité transforme la nature de la négociation asymétrique avec les États-Unis :

Le bouclier énergétique : la nécessité urgente de sécuriser des sources de pétrole stables et proches confère au Venezuela une réelle marge de manœuvre malgré la contrainte.

Du temps contre des ressources : en freinant l’agression militaire directe, le pays protège non seulement sa population, mais valorise aussi sa position stratégique sur un marché énergétique mondial en crise.

Garantie de survie : la crise au Moyen-Orient fait de la paix et du fonctionnement de l’industrie vénézuélienne une nécessité mutuelle, tant pour le Venezuela que pour les États-Unis.

 

Pour l’instant, il faut savoir perdre au début pour gagner ensuite

Comme l’écrivait Bolívar lui-même dans cette lettre de mars 1825 : « Même si je sacrifie ma popularité et ma gloire, je veux sauver la Colombie de son extermination dans cette nouvelle guerre. Si j’y parviens, je serai satisfait, car j’aurai assuré la paix et l’existence de l’État… Nous devons savoir perdre au début pour savoir gagner ensuite. »

 

La négociation contrainte de 2026, loin d’être une trahison de l’héritage souverain, constitue l’application la plus pure du réalisme politique. Comme en 1825 et en 1992, se replier face à une force supérieure lorsqu’on détient un atout d’importance mondiale, comme la première réserve de pétrole de la planète en temps de guerre au Moyen-Orient, est la voie permettant de garantir que la République continue d’exister demain.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Pour l’instant, il n’y a pas d’autre voie : de Bolívar à la géopolitique de 2026

Francisco José Ameliach Orta est un homme politique et militaire vénézuélien. Il a été président de l'Assemblée nationale (2003-2005), gouverneur de l'État de Carabobo (2012-2017) et ministre auprès du président Hugo Chávez Frías (2010-2011). Il est actuellement député de l'Assemblée nationale au Conseil d'État. Il a également été député à l'Assemblée nationale à cinq reprises, de 2000 à 2025, et a siégé à l'Assemblée nationale constituante de 1999 et 2017.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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