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La Révolution bolivarienne est-elle morte au Venezuela ?

par Bernard Tornare 2 Septembre 2026, 17:07

La Révolution bolivarienne est-elle morte au Venezuela ?
Par Sandew Hira

Introduction

Je suis un fervent défenseur de la Révolution bolivarienne. J’ai eu la chance de me rendre au Venezuela à deux reprises et d’observer de près l’évolution de cette révolution. Pour les révolutionnaires anti-impérialistes, les événements survenus au Venezuela depuis l’attaque du 3 janvier contre Caracas ont été déconcertants.

 

Le 3 janvier, une brutale attaque américaine a provoqué la mort de centaines de Vénézuéliens et de Cubains, ainsi que l’enlèvement de Nicolás Maduro et de Cilia Flores.

 

Le 5 janvier, la Cour suprême du Venezuela a ordonné à la vice-présidente Delcy Rodríguez d’assumer la présidence à titre intérimaire.

 

À partir du 8 janvier, le Venezuela a commencé à libérer des prisonniers politiques.

 

Le 21 janvier, Rodríguez a confirmé des accords avec les États-Unis pour la commercialisation de pétrole vénézuélien d’une valeur de 500 millions de dollars, dont le Venezuela reçoit 300 millions.

 

Le 29 janvier, le Parlement vénézuélien a approuvé une réforme de la loi sur les hydrocarbures afin d’attirer les investissements étrangers.

 

Le 30 janvier, Delcy Rodríguez a proposé une loi d’amnistie générale visant à « réparer les blessures » laissées par la confrontation politique depuis 1999, année de l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez.

 

Le 31 janvier, l’ambassadrice américaine Laura Dogu est arrivée à Caracas et a rouvert la mission diplomatique des États-Unis au Venezuela, fermée depuis sept ans.

 

Le 21 février, des conseillers en sécurité et des médecins cubains quittaient le Venezuela. L’approvisionnement de Cuba en pétrole vénézuélien fut pratiquement interrompu. Durant des années, le Venezuela avait fourni à Cuba du pétrole à des conditions très subventionnées. À son apogée, sous le gouvernement de Chávez, le Venezuela exportait environ 100 000 barils par jour vers Cuba.

 

Le 4 mars, lors d’un entretien téléphonique avec le président des Émirats arabes unis, le cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, Delcy Rodríguez a condamné les attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis et d’autres pays de la région. Elle a réaffirmé la solidarité du Venezuela avec les Émirats arabes unis dans toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder leur sécurité, leur stabilité et celle de leur population. Le 28 février, les États-Unis et Israël avaient lancé depuis des bases situées dans les pays du Golfe des attaques coordonnées de grande ampleur contre l’Iran. L’Iran avait riposté.

 

Le 6 mars, Trump a délivré une licence permettant aux entreprises américaines d’acheter de l’or à Minerven, l’entreprise publique vénézuélienne d’extraction aurifère.

 

Le 24 juin, deux puissants séismes consécutifs ont frappé le Venezuela, causant des dégâts considérables.

 

Le 1ᵉʳ juillet, le Venezuela a officiellement annoncé l’arrivée d’une mission technique israélienne de l’armée sioniste, chargée d’aider aux évaluations structurelles et au relèvement après le tremblement de terre.

 

Le 10 juillet, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a publiquement présenté cette mission humanitaire non seulement comme un moyen de reconstruire le Venezuela, mais également de « reconstruire les relations ».

 

Le 4 août, un groupe bipartisan de sénateurs américains a réclamé des élections au Venezuela, la libération des prisonniers politiques et la protection des candidats.

 

Le 6 août, le gouvernement et l’opposition ont engagé un processus de dialogue national. Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, dirige la délégation gouvernementale ; Dinorah Figuera, partisane de Juan Guaidó, représente l’opposition.

 

Le 11 août, le Venezuela et Israël ont annoncé conjointement un mécanisme destiné à fournir des services consulaires et ont convenu de poursuivre leur coopération technique bilatérale.

 

Le 12 août, le gouvernement de Rodríguez et une délégation de l’opposition ont convenu de demander conjointement la restitution de l’or vénézuélien détenu à la Banque d’Angleterre — 31 tonnes évaluées à environ 4 milliards de dollars — principalement afin de financer la reconstruction après les séismes de juin. Selon les propositions en discussion, ces fonds pourraient être soumis à des mécanismes comprenant une supervision du Trésor américain et des audits internationaux.

 

Le 25 août, Rodríguez a annoncé que la production pétrolière vénézuélienne avait atteint environ 1,23 million de barils par jour, son niveau le plus élevé depuis février 2019.

 

Le 28 août, le Venezuela et les États-Unis ont conclu un nouvel accord pétrolier qui accorde à une alliance liée aux États-Unis une influence considérable sur le développement de plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées vénézuéliennes.

 

La Révolution bolivarienne est-elle morte ?

En examinant les événements décrits ci-dessus, je ne peux m’empêcher d’éprouver colère et frustration face à la trahison du soutien aux révolutions anti-impérialistes que Chávez et Maduro ont porté durant des décennies. Pourtant, je veux aller au-delà de ces émotions et tenter de comprendre ce qui se passe réellement dans le pays de Simón Bolívar, afin d’évaluer s’il s’agit d’une trahison ou de quelque chose de plus complexe.

 

Quelles conclusions tirer de tous ces événements au Venezuela ? Le pays a-t-il été effectivement recolonisé par les États-Unis ? La Révolution bolivarienne est-elle terminée ?

 

Ma réponse brève, et la thèse que je propose, est la suivante : la Révolution bolivarienne n’est pas morte, mais elle a été durement frappée par l’attaque brutale du 3 janvier et par la pression ultérieure du gouvernement Trump. Elle a subi une défaite tactique, mais conserve la possibilité de se relever et de la transformer en victoire stratégique. Le chemin sera toutefois long et difficile.

 

Voici les arguments qui soutiennent cette thèse.

 

Une défaite tactique, pas encore stratégique

Le schéma général des interventions militaires américaines et des coups d’État soutenus par la CIA est le suivant : l’intervention ou le coup d’État constitue la première étape destinée à étouffer une révolution. La suivante consiste à détruire l’infrastructure étatique du gouvernement progressiste. La dernière vise à porter au pouvoir les représentants de l’ancien régime.

 

En Indonésie, le gouvernement de Sukarno, soutenu par le Parti communiste indonésien, le PKI, fut renversé. Le PKI était l’un des plus grands partis communistes du monde. Il fut physiquement anéanti par l’assassinat systématique de 500 000 à 1 million de membres et de sympathisants. Le général Suharto devint finalement président et instaura un nouvel ordre impitoyable qui se maintint jusqu’en 1998.

 

Le coup d’État militaire au Chili entraîna l’assassinat de milliers de membres des partis de gauche et la prise du pouvoir par l’armée fasciste.

 

L’attaque militaire américaine du 3 janvier n’a pas été suivie de la destruction de l’infrastructure étatique du gouvernement bolivarien. Il existe tout un réseau de dirigeants de l’opposition à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela. La figure la plus en vue est María Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix 2025. Elle a remis sa médaille au président américain Donald Trump après les attaques américaines contre le Venezuela en 2026 et l’enlèvement de Maduro et Flores. Pourtant, aucune de ces personnes n’a été désignée pour prendre le contrôle de l’État. L’armée, la police et les services de renseignement, contrôlés par les chavistes, n’ont pas été démantelés.

 

En nous limitant à ces faits, il est impossible d’affirmer que l’attaque américaine a constitué une victoire stratégique. Elle n’a pas atteint l’objectif le plus important : détruire l’infrastructure de l’État bolivarien. Ce fut une défaite tactique, non une défaite stratégique de la Révolution bolivarienne.

 

Cela signifie que la lutte est loin d’être terminée. Elle ne prendra fin qu’avec une défaite stratégique — un scénario qui ressemblerait davantage au Chili qu’au Venezuela actuel.

 

La défaite tactique implique des sacrifices. Les politiques évoquées plus haut contredisent les valeurs de la Révolution bolivarienne. Ce sont les sacrifices jugés nécessaires pour conserver le pouvoir d’État. Dès lors, la question est la suivante : ces sacrifices détruisent-ils la base de la Révolution, ou sont-ils nécessaires pour créer de meilleures conditions permettant à la lutte chaviste d’avancer ? Le temps le dira, mais l’épreuve décisive résidera dans les résultats.

 

Transformer la défaite en victoire stratégique

Je sais que cela peut paraître étrange, mais je crois que l’attaque américaine — qui n’a pas offert aux États-Unis une victoire stratégique — peut ouvrir la voie à une victoire stratégique de la Révolution bolivarienne. Permettez-moi de m’expliquer.

 

L’un des plus grands défis de la Révolution bolivarienne se situait sur le terrain économique. Le boycott et le sabotage économiques systématiques rendaient difficile la survie économique de la majorité des Vénézuéliens. Cela aurait pu provoquer l’échec de la révolution, car les victoires électorales des chavistes n’étaient pas écrasantes : elles se jouaient généralement sur des marges de 5 à 10%. La principale carte de l’opposition était la menace d’une intervention américaine visant à renverser l’ensemble du système.

 

L’attaque américaine a effectivement eu lieu, faisant plus de 100 morts et conduisant à l’enlèvement du président et de son épouse. Pourtant, le système a survécu. Deux cartes importantes restent cependant entre les mains de l’opposition : la perspective d’un mieux-être économique et celle d’élections légitimes.

 

Dans la propagande américaine, Washington contrôle les ressources économiques du Venezuela. Dans son explication de l’accord conclu avec le président américain, Rodríguez a souligné que le Venezuela conserverait la propriété et la souveraineté sur ses ressources naturelles. L’accord ne porterait donc pas sur un transfert de contrôle, mais sur une responsabilité partagée dans le développement de la base économique vénézuélienne : l’industrie pétrolière.

 

Les revenus attendus pour le Venezuela seraient considérables. Le pays devrait recevoir 209 milliards de dollars dans le cadre de l’accord énergétique, sur la base d’un prix moyen du brut de 65 dollars le baril. Le PIB actuel est de 111 milliards de dollars. Le prix actuel du pétrole tourne autour de 88 dollars. Pour le Venezuela, le défi consistera à transformer les revenus pétroliers en bénéfices économiques de long terme : reconstruction des infrastructures publiques, renforcement des secteurs non pétroliers et création de mécanismes garantissant que les revenus profitent à l’ensemble de la population.

 

Les États-Unis continuent néanmoins de contrôler le régime de boycott et peuvent décider, à tout moment, d’imposer ou de lever les sanctions. L’accord par lequel les États-Unis vendent le pétrole vénézuélien et déterminent la part qui revient au Venezuela représente, dans les faits, une limitation de la souveraineté vénézuélienne.

 

Si, à l’avenir, le boycott économique se transforme en coopération économique et si cette coopération débouche sur une amélioration substantielle des conditions de vie de la population, une occasion historique pourrait s’ouvrir : celle d’un soutien populaire croissant à la Révolution bolivarienne. Une défaite tactique pourrait ainsi se transformer en victoire stratégique. Tout dépendra de la capacité de l’accord à produire les revenus massifs annoncés, ainsi que de la capacité du gouvernement à les utiliser pour améliorer radicalement la situation économique de la population.

 

Le second grand défi du chavisme est de conserver le contrôle de l’État par les élections. Le Venezuela organise des élections pour six instances de gouvernement : la présidence, pour un mandat de six ans ; l’Assemblée nationale, pour cinq ans ; les gouvernements des États, pour quatre ans ; les conseils législatifs des États, pour quatre ans ; les administrations municipales, pour quatre ans ; et les conseils municipaux, pour quatre ans.

 

Les dernières élections présidentielles ont eu lieu le 28 juillet 2024. Celles de l’Assemblée nationale, des gouvernements des États et des conseils législatifs se sont tenues le 25 mai 2025. Les élections municipales et des conseils municipaux ont eu lieu le 27 juillet 2025.

 

Dans quatre ans, un nouveau cycle électoral aura lieu. Si les chavistes parviennent à se maintenir au pouvoir, ils seront en mesure de se relever considérablement de la défaite tactique du 3 janvier. Mais, dans ce cas, il sera difficile pour les États-Unis de contester la légitimité des élections.

 

Reconstruire la Révolution bolivarienne

Le Venezuela traverse une phase particulière de son histoire. Les Américains auraient planifié l’attaque du 3 janvier en deux étapes. La première consistait en l’enlèvement de Maduro et Flores, au prix de 100 morts. La seconde devait être un bombardement massif de Caracas et d’autres grandes villes vénézuéliennes.

 

Après la première phase, les Américains auraient appelé Delcy Rodríguez et lui auraient donné quinze minutes pour décider : ouvrir des négociations ou affronter les conséquences de la seconde attaque. Elle aurait reçu une liste des villes qui seraient bombardées, avec une estimation de 70 000 morts.

 

Pourquoi le gangster américain a-t-il pris la peine d’appeler Rodríguez et de lui proposer des négociations ? Pourquoi n’est-il pas passé à la deuxième phase ? La réponse est simple : cette seconde phase ne garantissait ni l’effondrement de l’État ni la mise en place d’un gouvernement alternatif. Elle pouvait déclencher une période de violence et d’instabilité susceptible de radicaliser la révolution plus encore qu’auparavant.

 

La direction bolivarienne n’était pas préparée à un tel chantage, ni à une guerre qui aurait pu s’avérer dévastatrice pour le pays.

 

Le compromis auquel elle est parvenue consistait à abandonner une part de sa souveraineté, en particulier dans le domaine de la politique étrangère, tout en conservant le pouvoir d’État et en s’adaptant à la nouvelle situation.

 

La question la plus importante pour les chavistes est donc la suivante : accepteront-ils une défaite stratégique et renonceront-ils à restaurer une souveraineté pleine et entière ? Ou trouveront-ils le moyen de reconstruire le mouvement après une défaite tactique et de se préparer à la prochaine phase de confrontation avec les États-Unis ?

 

Les Américains ne contrôlent ni les forces armées ni les services de renseignement, deux composantes cruciales de la structure sécuritaire de l’appareil d’État. Ils n’accepteront pas le statu quo. Dans les années à venir, de nouveaux affrontements avec les États-Unis auront lieu ; ils seront brutaux et sanglants. Quelle forme prendront-ils ? Quel est le plan des chavistes, s’il en existe un ? Et, s’il n’existe pas, quel processus de réflexion est engagé pour en élaborer un ?

 

Après la guerre entre l’Irak et l’Iran, Ali Khamenei, alors commandant militaire, a élaboré une vision de long terme pour la lutte contre l’impérialisme en Asie occidentale. Il soutenait que, dans les décennies suivantes, les États-Unis et le sionisme ne renonceraient jamais à leur ambition de détruire entièrement la Révolution islamique.

 

Tôt ou tard devait s’achever un compte à rebours sous la forme d’une guerre totale : une confrontation militaire qui se conclurait soit par l’écrasement brutal de la Révolution islamique, soit par l’expulsion de la puissance américaine d’Asie occidentale. Après cette expulsion viendrait l’effondrement de l’État israélien fondé sur l’apartheid.

 

Pour se préparer à cette guerre — qui se déroule déjà —, l’Iran devait commencer à construire des villes souterraines destinées à la production d’armements avancés, ainsi qu’une structure de commandement capable de s’adapter. Sur le plan politique, il était essentiel d’unir la population en vue de ce compte à rebours final. C’était une nécessité vitale. L’Iran gagne cette guerre grâce à cette vision.

 

Je distingue quatre grandes tâches sur la voie de la reconquête de la souveraineté et de la reconstruction de la Révolution bolivarienne.

 

Reconstruire l’appui populaire

Le premier défi consiste à reconstruire la base populaire de soutien à la Révolution. À chaque élection, ce sera une épreuve majeure pour le parti chaviste. Sera-t-il capable de convaincre une large partie de la population qu’il est le mieux placé pour défendre les intérêts du peuple vénézuélien ?

 

En dernière analyse, il s’agira de protéger les intérêts sociaux et économiques de la population. À présent que les perspectives de croissance économique semblent prometteuses, le parti peut-il démontrer qu’il est capable, dans ces conditions, de gérer l’économie et la société de la manière la plus favorable aux masses ?

 

Réunifier un mouvement divisé

Le deuxième défi est la réunification d’un parti divisé. Les soutiens internationaux de la Révolution bolivarienne sont consternés par les concessions accordées aux États-Unis sur le terrain de la politique internationale — Palestine, Cuba, Iran. J’imagine que la tension est encore plus forte au sein même du parti.

 

Ces concessions vont générer un profond mécontentement au sein du mouvement chaviste. Ce mécontentement sera-t-il résolu par le dialogue interne ? Ou un groupe se mobilisera-t-il pour diviser le mouvement et porter la lutte contre la direction bolivarienne dans la rue ?

 

Les expériences de la Grenade et de la Bolivie ont montré que la division du mouvement ne conduit qu’à la destruction totale de la révolution. « Unis, nous résistons ; divisés, nous tombons » est plus qu’un slogan : c’est un rappel de l’alternative que constitue l’unité.

 

Élaborer une vision d’avenir

Le troisième enjeu est celui de la vision d’avenir. Il exige une analyse théorique claire sur la manière d’aborder les révolutions nationales et socialistes au XXIᵉ siècle, particulièrement dans le contexte du déclin de l’empire occidental.

 

Je travaille sur un livre consacré à la théorisation de l’expérience chinoise de transformation économique. J’y examine plusieurs questions :

 

- Quel est le fondement théorique de cette transformation et quel rapport entretient-elle avec le marxisme ?

- Quelle est la pertinence du marxisme pour comprendre cette transformation ?

- Existe-t-il d’autres cadres théoriques plus appropriés pour analyser cette expérience ?

- Quelles sont les implications sociales, géopolitiques et culturelles de cette transformation d’un point de vue théorique ?

- Quelles leçons théoriques pouvons-nous tirer de l’expérience chinoise ?

 

En repensant diverses théories, j’arrive à la conclusion que, contrairement à la théorie marxiste de la lutte des classes, il est possible, dans certaines circonstances, de promouvoir une révolution plaçant la prospérité économique au cœur de sa mission et ouvrant donc la porte à l’investissement étranger pour le développement économique, comme l’a démontré la Chine. Le livre sera publié au début de l’année prochaine et sera disponible gratuitement.

 

Je crois que la reconstruction de la Révolution bolivarienne dépasse l’élaboration de politiques pragmatiques sous une pression américaine permanente. Elle exige également de fournir à ces politiques une base théorique solide. Pour ces raisons, je pense que la Révolution bolivarienne conserve encore l’espoir d’un avenir meilleur.

 

Se préparer au compte à rebours final

La dernière tâche consiste à se préparer au compte à rebours final. À quoi ressembleront les prochaines décennies pour le Venezuela ? Quelle forme prendra ce compte à rebours final ? Une nouvelle invasion militaire visant à déraciner l’infrastructure militaire, politique, sociale, culturelle et idéologique de la Révolution bolivarienne ?

 

Ce sera une affaire brutale et très sanglante. Existe-t-il d’autres options ? Les « véritables chavistes » se diviseront-ils pour fonder un nouveau parti politique ? Quelle sera leur vision du compte à rebours final ?

 

Le rôle de la solidarité internationale

La Révolution bolivarienne traverse une période difficile. Le mouvement international de solidarité avec le Venezuela est lui aussi confronté à des difficultés, en particulier lorsqu’il tente de comprendre la situation dans le pays.

 

La réputation du Venezuela en tant que pays anti-impérialiste a subi un coup sévère. Le président iranien, Masoud Pezeshkian, a déclaré que l’Iran n’était pas le Venezuela, laissant entendre que le Venezuela avait agi avec lâcheté en ne ripostant pas. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a lui aussi affirmé que l’Iran n’était pas le Venezuela dans sa lutte contre les États-Unis. Ces déclarations sont blessantes pour le Venezuela, mais elles reflètent la dégradation de l’image des chavistes au sein du mouvement anti-impérialiste.

 

Cuba a toutes les raisons d’être déçu du Venezuela. Alors que Cuba traverse la période la plus difficile de son histoire et que trente de ses citoyens sont morts en défendant Maduro et Flores, il doit être bouleversant de voir le Venezuela abandonner Cuba et se rapprocher d’une coopération avec les États-Unis.

 

Je comprends parfaitement ces émotions. Mais je crois que c’est précisément le moment où le Venezuela a besoin plus que jamais de la solidarité internationale. Nous qui vivons hors du Venezuela, sans qu’une arme soit constamment braquée sur notre tête, nous ne sommes pas en position de dicter au Venezuela ce qu’il doit faire.

 

Nous pouvons exprimer notre déception face à telle ou telle décision prise par la direction bolivarienne. Mais nous devrions nous demander : quelle alternative proposons-nous, nous-mêmes ?

 

À mon avis, cette alternative se construira au sein du Mouvement bolivarien. Il y a dans ce mouvement de nombreuses personnes intelligentes qui réfléchissent sans doute déjà à la prochaine phase de confrontation avec les États-Unis et à la manière de s’y préparer.

 

La première étape consiste évidemment à reconnaître qu’il y a eu une défaite tactique, à panser ses blessures et à se relever. Ce n’est pas facile.

 

Notre tâche, en tant qu’activistes engagés dans la construction d’un mouvement de solidarité avec le Venezuela, est de rester sur le chemin de la solidarité, de chercher à comprendre ce qui se passe et de contribuer à réfléchir à ce que pourrait être un nouvel avenir pour le mouvement anti-impérialiste au Venezuela.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

La Révolution bolivarienne est-elle morte au Venezuela ?

Sandew Hira est le nom de plume de Dew Baboeram, écrivain, historien et militant décolonial né au Suriname et installé aux Pays-Bas. Ses travaux portent principalement sur l’histoire coloniale, l’esclavage, l’impérialisme, les luttes de libération et la nécessité de décoloniser les savoirs et les institutions.

Il est notamment l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire du Suriname, aux réparations pour l’esclavage et au mouvement international de décolonisation. Engagé dans les réseaux de solidarité anti-impérialiste, il analyse les transformations politiques du Sud global à partir d’une perspective critique du colonialisme et de l’hégémonie occidentale.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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