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Penser le Venezuela, redécouvrir le Vietnam

par Bernard Tornare 6 Septembre 2026, 17:12

Statue dédiée à Hô Chi Minh à Saïgon, au Vietnam. (Photo : Steffen Schmitz via Wikimedia Commons)

Statue dédiée à Hô Chi Minh à Saïgon, au Vietnam. (Photo : Steffen Schmitz via Wikimedia Commons)

Par Farruco Sesto

Il y a quelques années, disons le temps de deux ou trois générations, le Vietnam était un phare de lumière, une grande référence morale, qui nous éclairait depuis la distance. Il accompagnait nos luttes depuis l’immensité des siennes.

 

Rappelons-le un instant à la génération de mes petits-enfants.

Colonie française, tout en conservant son administration, le Vietnam fut occupé militairement par le Japon en 1940, créant ainsi une situation d’« ennemi bicéphale » pour le peuple vietnamien, qui subissait l’exploitation des deux. Le tournant survint en mars 1945, lorsque le Japon réalisa un coup d’État afin de prendre le contrôle total de l’Indochine. Face à cela, le Viet Minh — Ligue pour l’indépendance du Vietnam — entama une série d’actions armées contre les Japonais, jusqu’à ce qu’en août 1945, le peuple se soulève dans une insurrection générale qui conduisit à l’abdication de l’empereur.

 

Le 2 septembre, Ho Chi Minh lut la déclaration d’indépendance, marquant la naissance de la République démocratique du Vietnam.

 

Mais l’indépendance ne fut pas facile. Il fallut encore lutter pendant plusieurs années contre les Français, qui ne voulaient pas abandonner leur colonie. La guerre se déroula surtout sous forme de guérillas dans les jungles et les montagnes, en évitant la confrontation frontale, compte tenu de l’infériorité des combattants vietnamiens en matière d’armement et d’aviation.

 

Après huit années de guerre anticoloniale, la victoire définitive, dirigée politiquement par Ho Chi Minh et militairement par Nguyen Giap, arriva avec le siège et la chute de la base française de Dien Bien Phu, en mai 1954.

 

Des accords de paix signés à Genève divisèrent le Vietnam en deux zones, tout en reconnaissant l’indépendance du Vietnam, du Laos et du Cambodge.

 

C’est à ce moment-là que les États-Unis s’en mêlèrent. Ils soutinrent le gouvernement anticommuniste de Ngo Dinh Diem, tandis que le Nord se consolidait librement sous Ho Chi Minh.

 

Au Sud, le processus de lutte pour l’indépendance pleine et entière se poursuivit pendant quelques années, dirigé par le Front national de libération — le Viet Cong — jusqu’à ce que les États-Unis fabriquent un faux prétexte dans le golfe du Tonkin pour intervenir massivement, avec des bombardements systématiques sur le Nord. Les premiers Marines arrivèrent en 1965. En 1968, un demi-million de soldats états-uniens étaient déjà présents au Vietnam.

 

La guerre fut immensément sanglante et destructrice. On estime que les États-Unis utilisèrent une quantité de bombes supérieure à celle employée par tous les camps durant la Seconde Guerre mondiale. Des mots comme napalm ou « agent orange », un herbicide extrêmement puissant qui contamina le sol et l’eau durant des décennies, résonnent en nous depuis lors. Les victimes directes de la guerre sont estimées à un million trois cent mille morts.

 

Le long processus de lutte, immensément héroïque, du peuple vietnamien prit fin avec les accords de paix de Paris de 1973, après la défaite et le retrait des États-Unis, qui laissèrent également sur le chemin 58 000 de leurs propres soldats morts.

 

La fin définitive de la guerre, la réunification et l’indépendance complète furent obtenues avec la prise de Saïgon par les chars nord-vietnamiens, en 1975.

 

Un ancien poème de Ho Chi Minh, écrit en 1943 dans son Journal de prison, pendant une période où il fut emprisonné par le Kuomintang en Chine, peut illustrer la capacité à surmonter l’adversité avec force d’âme et espérance, en forgeant le caractère qui serait nécessaire pour atteindre la victoire.

 

Sans l’hiver froid et sa désolation,

Existerait-il donc le doux printemps ?

Pour moi, le malheur est souvent un creuset

Où se trempe et se forge sans relâche l’énergie.

 

Jusqu’ici, la mémoire de ces années de résistance et de victoire, durant lesquelles le Vietnam était omniprésent pour nous, référence politique et morale insurpassable.

 

Mais ensuite, à un certain moment de l’histoire, après la décision vietnamienne de dépasser les horreurs de la guerre, en construisant dans la paix une normalité quotidienne, tout en s’ouvrant économiquement au monde afin d’édifier la base matérielle nécessaire, le Vietnam, malgré ses avancées dans son projet socialiste, cessa peu à peu d’être une référence pour la gauche occidentale. Ou, du moins, ce modèle intéressant que l’on imaginait s’est progressivement estompé.

 

Cela se produisit précisément, me semble-t-il, lorsque tant le peuple que la direction politique révolutionnaire du Vietnam décidèrent de cultiver une relation diplomatique normalisée ainsi qu’une importante relation économique avec les États-Unis et d’autres pays, malgré l’immense degré de destruction, de dommages et de souffrances causés par la guerre impériale.

 

C’est ainsi qu’a fait son chemin un Vietnam « aux racines fermes, au tronc robuste et aux branches souples ». En même temps qu’un pays « ami de tous les peuples ».

 

Il serait important, me semble-t-il, que nous redécouvrions et repensions le Vietnam profond à partir de nos propres circonstances particulières.

 

Traduction Moulouwa T.

Source en espagnol

Penser le Venezuela, redécouvrir le Vietnam

Farruco Sesto est un architecte, écrivain, homme politique et peintre vénézuélien d'origine espagnole. Né à Vigo, il a été ministre de la Culture et ministre du Logement dans les gouvernements d'Hugo Chávez.

Cet article a été initialement publié en galicien dans Nós diario.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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