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Pourquoi l’anticommunisme renaît-il aujourd’hui ?

par Bernard Tornare 3 Août 2026, 16:06

Photo AFP

Photo AFP

Par Magdiel Sánchez Quiroz

À une époque aussi convulsée que celle que traverse aujourd’hui l’humanité, avec des conflagrations militaires simultanées sous la menace d’atteindre des dimensions catastrophiques irréversibles, le Département d’État des États-Unis a créé une nouvelle catégorie criminelle afin d’éliminer les expressions politiques de gauche en les accusant d’« extrémisme terroriste de gauche ».

 

Une offensive coordonnée sous direction américaine

Aux côtés de représentants de 66 gouvernements soumis aux diktats de Washington, l’événement dirigé par Marco Rubio – fervent promoteur du génocide en cours contre Cuba, pays d’origine de sa famille – remet au goût du jour la persécution politique lancée en son temps par le sénateur Joseph McCarthy contre le communisme (1950), en y ajoutant la construction idéologique associée au mot « terrorisme » après le 11 septembre 2001, ainsi que la logorrhée récente de politiciens d’extrême droite tels que Trump, Milei, De la Espriella, Bukele, Zelensky et Netanyahu.

 

Pourquoi cibler la gauche aujourd’hui ?

Pourquoi placer les forces de gauche au centre de cette nouvelle offensive ? Pourquoi lancer une nouvelle campagne politico-militaire contre le communisme alors que, depuis 35 ans, on n’a cessé de répéter qu’il était mort ?

 

Le discours et le document « Cuba, la capitale du communisme au XXIe siècle », présentés par Rubio et ses alliés lors de cet événement, révèlent les motivations immédiates de cette nouvelle construction criminelle : justifier une attaque militaire contre Cuba ; éradiquer toute expression située à gauche du Parti démocrate aux États-Unis ; criminaliser à l’échelle mondiale les expressions antifascistes, antisionistes, socialistes, communistes et anti-impérialistes.

 

Une campagne politico-militaire, non idéologique

Il est clair qu’il ne s’agit pas d’une confrontation idéologique, encore moins d’un débat relevant de la théorie politique. Il s’agit d’une campagne politico-militaire qui s’appuie sur la revitalisation de l’image monstrueuse que les forces dominantes occidentales ont construite tout au long du XXe siècle. Ce « monstre », plus qu’un fantôme, a enfermé le communisme dans la catégorie des deux formes extrêmes de totalitarisme (l’autre étant le fascisme) ayant proliféré au cours du siècle. On est même allé jusqu’à affirmer que, en tant qu’extrêmes et en appliquant grossièrement une notion géométrique, fascisme et communisme tendaient à se rejoindre par une série de traits communs tels que l’intolérance, l’autoritarisme, etc.

 

Le recyclage de la figure du « terrorisme »

La nouvelle campagne cherche à être plus efficace, car elle ne se nourrit pas seulement de la figure monstrueuse du communisme construite par l’Occident, mais aussi de deux figures symboliques qui donnent sens à la conception hollywoodienne du « terrorisme » : l’islamisme et le narcotrafic. Cela contribue également à renforcer les rangs politiques néofascistes.

 

Cette campagne coïncide avec une période marquée par la montée des groupes néofascistes et sionistes. Les opérateurs politico-militaires de Washington sont convaincus que, dans cette nouvelle croisade, leurs forces néofascistes ne seront pas qualifiées de terroristes. En effet, la forme dominante de mémoire qui façonne, dans le monde occidental, les notions de tolérance, de respect, de démocratie et de droits humains, n’a pas été construite pour alerter sur les mutations possibles du nazisme, mais pour le reléguer au rang de phénomène du passé, tout en dissimulant ses nouvelles formes, nécessaires pour oxygéner les processus d’accumulation du capital.

 

Une peur profonde des alternatives systémiques

Au-delà de ces éléments, un facteur plus profond alimente la campagne anticommuniste. Les élites savent parfaitement que, face à un scénario aussi injuste – qui leur a permis de s’enrichir de manière exponentielle – et à l’intensification de leurs guerres, une autre possibilité existe, distincte de la contemplation passive de l’autodestruction humaine. Cette situation ouvre aussi la voie à ce que les grandes majorités envisagent, comme défi historique, le dépassement du capitalisme sous toutes ses formes. Et cela conduira nécessairement les opprimés, dominés et exploités à reconnaître la puissance du communisme, du socialisme, du christianisme populaire et d’autres expressions de transformation émancipatrice.

 

Dissuader toute tentation révolutionnaire

D’où pourrait émerger une proposition alternative, sinon de la rencontre entre les nouveaux sujets politiques et les expériences politiques les plus audacieuses engendrées par l’humanité ? Ainsi, l’accusation d’« extrémisme terroriste de gauche » servira également un autre objectif : faire croire aux révolutionnaires potentiels que, s’ils envisagent de se rapprocher de ces expériences émancipatrices, ils doivent y renoncer immédiatement et continuer à participer à l’autodestruction.

 

Cuba, cible centrale de la haine

C’est aussi pour cette raison que la haine contre Cuba est si intense. Rubio, Trump et les autres artisans de cette politique ont besoin d’anéantir l’expérience concrète la plus radicale et la plus durable – imparfaite et pleine de contradictions – créée par les pauvres de la planète. Elle est jugée dangereuse, donc qualifiée de terroriste : l’immense dignité avec laquelle une nation demeure debout, malgré les souffrances quotidiennes que le blocus impose à la vie de tous les Cubains.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Pourquoi l’anticommunisme renaît-il aujourd’hui ?

Magdiel Sánchez Quiroz (Morelos, Mexique, 1984) est philosophe et maître en études latinoaméricaines, spécialiste du marxisme, de la Révolution cubaine et des mouvements populaires. Chercheur associé à l’UNAM, il est lauréat du prix d’essai Haydée Santamaría (CLACSO) et publie régulièrement des textes d’analyse marxiste, antiimpérialiste et anticoloniale sur l’Amérique latine.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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