16 mars 2025 : Des partisans de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro manifestent leur soutien sur l’avenue Paulista. Crédit : Cris Faga / Zuma Press / Europa Press
Lula ne se mesure pas à un candidat d’une idéologie différente : il se mesure à tout un écosystème de pouvoir produit depuis l’empire — des droits de douane qui frappent l’économie brésilienne, des médias qui fabriquent des récits, des campagnes de dénigrement, des pressions diplomatiques.
Le Brésil se dirige vers les élections du 4 octobre dans une polarisation qui, à première vue, semble être un déjà-vu de 2022. Le président Luiz Inácio Lula da Silva, en quête d’un quatrième mandat, affronte le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président emprisonné pour avoir tenté un coup d’État, précisément après avoir perdu la présidence il y a quatre ans. Les sondages, bien qu’ils accordent à Lula une avance avec plus de 40 % d’intentions de vote, annoncent une compétition disputée.
Car Lula ne rivalise pas seulement avec Flávio Bolsonaro. Il rivalise avec les États-Unis, avec Israël et avec tout l’appareil néocolonial qui, depuis des décennies, s’estime investi du pouvoir de décider qui gouverne et qui ne gouverne pas dans Notre Amérique.
Les élections au Brésil confirment une règle non écrite de l’Amérique latine du XXIᵉ siècle : l’opposition interne aux projets progressistes n’existe pas comme force autonome. La droite ne gagne pas les élections à elle seule ; elle gagne lorsque le pouvoir impérial choisit ses candidats. Sur la scène mondiale, avant l’irruption de Donald Trump, le bolsonarisme n’était qu’une anecdote marginale.
C’est le soutien ouvert de Washington qui a fait de Jair Bolsonaro un président, et aujourd’hui, c’est Trump qui soutient ouvertement son fils, en imposant des droits de douane dans le seul but de nuire à Lula.
La machine américaine destinée à intervenir dans les élections brésiliennes est déjà en marche. Ce n’est pas une théorie du complot : le Département d’État a publiquement revendiqué la doctrine Monroe et affirmé que « la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question ».
Au milieu de l’escalade d’une crise diplomatique provoquée, l’ambassadrice brésilienne s’est vu retirer son visa à Washington ; des fonctionnaires américains présumés chargés de missions visant à remettre en cause le processus électoral ont été interdits d’entrée par le Brésil. Telle est la nouvelle normalité des « relations bilatérales » : coercition, droits de douane, ingérence décomplexée.
Et aux côtés des États-Unis, Israël. Lula a été déclaré persona non grata par le régime sioniste depuis 2024, après avoir comparé les actions de Tel-Aviv à Gaza à l’Holocauste.
Lula a dénoncé le fait que Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien, « fait du mal à l’humanité », et que l’administration américaine est complice d’un génocide. Il ne s’agit pas d’un simple différend rhétorique : Israël est un partenaire stratégique de l’ultradroite mondiale, et le bolsonarisme a été son principal allié dans la région, accompagné de son bras territorial silencieux : les églises évangéliques.
C’est pourquoi il ne s’agit pas d’une élection comme les autres. C’est l’affrontement entre un projet souverainiste, qui aspire à faire du Brésil un acteur majeur du Sud global, et un projet de soumission qui ouvre les portes à la néocolonisation.
Lula le sait. C’est pourquoi il a lancé sa campagne en adressant un avertissement direct à Trump : « Ne vous mêlez pas du Brésil. » C’est pourquoi il a déclaré ne pas craindre l’ingérence américaine, car il sait que l’arrogance du tyran finit par renforcer la défense de la souveraineté.
Le Brésil joue sa propre vie démocratique dans une bataille profondément inégale. Lula ne se mesure pas à un candidat porteur d’une idéologie différente : il se mesure à tout un écosystème de pouvoir produit depuis l’empire — des droits de douane qui frappent l’économie brésilienne, des médias qui fabriquent des récits, des campagnes de dénigrement, des pressions diplomatiques.
Les votes, dans ce contexte, deviennent des votes contre le bradage, contre la soumission. Ils expriment le refus qu’une poignée de fonctionnaires décide, à Washington ou à Tel-Aviv, du destin de 200 millions de Brésiliens.
La « décennie gagnée » des projets progressistes en Amérique du Sud nous a appris que l’unité et la souveraineté sont possibles. Mais le contexte est aujourd’hui bien plus complexe, face aux assauts d’une bête blessée qui ne trouve d’autre voie que la guerre et la mort pour garantir sa survie.
Le 4 octobre, le Brésil décidera s’il veut continuer à être une nation souveraine et autonome, ou s’il veut retourner dans les senzalas d’un empire qui n’a jamais cessé de nous regarder comme des esclaves.
Traduction Moulouwa T.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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