Voir au-delà de l’urgence
Lorsque nous observons l’échiquier géopolitique avec un regard critique, nous ne pouvons pas tomber dans le piège de l’immédiateté. La conjoncture nous frappe, certes, mais l’analyse de longue durée révèle quelque chose que l’empire américain voudrait dissimuler : son encerclement du Venezuela n’est pas un signe de force, mais le râle de celui qui sait que le temps joue contre lui.
Cela fait des années que nous sommes victimes d’une guerre cognitive et médiatique d’une ampleur incommensurable. On a voulu nous convaincre que nous étions seuls, que le siège économique nous briserait et que la patience du peuple vénézuélien aurait une limite. Pourtant, l’histoire nous a appris que les peuples qui embrassent leur destin ne se rendent pas face à l’adversité : ils la transforment en acier pour la résistance.
Un empire enlisé sur plusieurs fronts
Aujourd’hui, l’empire qui nous asphyxie s’enlise sur de multiples fronts. Il n’a pas pu soumettre l’Iran, une nation qui, avec dignité et grâce à sa propre technologie, a mis à mal sa puissance militaire dans le détroit d’Ormuz. Les bases américaines au Moyen-Orient ont reçu un message clair : la souveraineté de l’Iran et des peuples ne se négocie pas. Et tandis que la Chine et la Russie s’ajoutent à ces eaux stratégiques, le rêve américain de contrôler le flux énergétique mondial se dissipe comme de l’écume.
Mais l’élément qui devrait déclencher toutes les alertes dans les cercles du pouvoir à Washington, c’est son propre processus d’autodestruction interne. L’empire a augmenté les droits de douane pour la moitié du monde, punissant ceux qui osent commercer avec la Chine, la Russie ou la Corée du Nord. Cette pratique, qui n’est rien d’autre que le colonialisme du XXIᵉ siècle, étouffe ses propres alliés.
Des gouvernements qui lui furent historiquement fidèles constatent aujourd’hui que le nœud coulant se resserre autour de leur propre cou. Il ne s’agit plus de politique étrangère : il s’agit de survie nationale. Et cette survie passe nécessairement par le Venezuela.
Le Venezuela, une réponse énergétique
Notre pays n’est pas un problème pour la région : il est sa solution énergétique la plus viable. L’État de Zulia, avec ses réserves pétrolières, représente une ressource que le monde ne peut se permettre d’ignorer.
C’est pourquoi, aussi incroyable que cela puisse paraître, des pays ultraconservateurs qui nous ont déclaré leur hostilité frappent désormais à nos portes afin de rétablir des relations consulaires. Les cellules d’analyse du monde entier ont fait leurs calculs et savent que le blocus contre le Venezuela est un boomerang qui frappe leurs propres économies.
Les fissures du récit hégémonique
Dans mon expérience d’enseignant en analyse critique du discours, j’ai été témoin de la manière dont les récits hégémoniques tentent d’imposer l’image d’un Venezuela vaincu. Mais le discours, comme l’histoire, comporte des fissures. Et ces fissures sont aujourd’hui évidentes : les millions de ressources que l’empire a consacrés à l’ultradroite vénézuélienne ont fini sur les comptes personnels de ses « dirigeants ».
À présent, les États-Unis, dans leur désespoir, veulent leur présenter la facture et les exposer au discrédit public. Un empire fort dévore-t-il ses propres alliés ? Non, camarades. Un empire qui se vide de son sang dévore ses propres enfants avant de reconnaître sa faiblesse.
Patience tactique et souveraineté
Pendant ce temps, notre révolution bolivarienne maintient son cap. La présidente par intérim, le président de l’Assemblée nationale et le secrétaire général du PSUV ont compris que la patience n’est pas de la passivité, mais de l’intelligence tactique.
Nous avons ouvert les portes à l’investissement international dans le secteur pétrolier non par capitulation, mais par audace stratégique. Nous savons qu’oxygéner l’économie, c’est renforcer la résistance. Nous savons aussi que nos partenaires russes, chinois et iraniens ne sont pas ici par charité, mais parce qu’ils comprennent qu’un monde multipolaire exige un Venezuela souverain.
L’autodestruction de l’impérialisme
L’impérialisme américain, chers compatriotes, entame son propre chemin d’autodestruction. La précarité que vivent aujourd’hui les citoyens de ce pays, ses divisions internes, le mécontentement social et la possibilité réelle d’une fracture civile sont les symptômes d’une décadence qu’ils ne peuvent plus cacher.
Ce qui vient ne sera pas une guerre contre nous ; ce sera une guerre contre eux-mêmes. Et dans cette guerre, nous devons demeurer fermes, patients et constants.
Nous ne sommes plus loin, dans le temps, de la défaite de l’impérialisme. Chaque jour qui passe, son encerclement se fissure. À chaque droit de douane qu’ils imposent, davantage de pays s’éloignent de leur orbite. À chaque allié qu’ils trahissent, notre certitude grandit : l’histoire n’est pas de leur côté.
Rejeter le défaitisme
C’est pourquoi, depuis cette tribune, je vous invite à bannir le défaitisme. Nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas vaincus. Nous sommes un peuple qui a su lire son époque, interpréter les signes et préserver intacte sa mystique.
La victoire n’est pas un désir, camarades : elle est la conséquence de notre cohérence historique.
Poursuivons notre marche. L’heure décisive nous trouve aguerris, lucides et prêts à agir. L’empire tombe et nous, êtres historiques que nous sommes, avons la certitude que notre horizon est celui de la liberté définitive.
Le Venezuela ne se rend pas : il se réinvente ! Et cette réinvention sera notre plus grande victoire !
Traduction Bernard Tornare
Gaspar Velásquez Morillo est un journaliste, écrivain et enseignant universitaire vénézuélien basé à Caracas. Spécialisé dans l’analyse de conjoncture, la communication politique, les politiques publiques et l’analyse critique du discours, il exerce également comme conseiller en communication, concepteur-rédacteur et accompagnateur en image de marque personnelle. Ses textes s’inscrivent dans une réflexion engagée sur la souveraineté, les dynamiques géopolitiques et les débats sociopolitiques au Venezuela.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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