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Élections au Brésil 2026 : une bataille contre l'impérialisme

par Bernard Tornare 29 Septembre 2026, 17:46

Élections au Brésil 2026 : une bataille contre l'impérialisme
Par Vladimir Castillo Soto

Le 4 octobre prochain, le Brésil élira son président, ses gouverneurs et ses parlementaires. Ce scrutin a une importance stratégique pour notre Abya Yala (les Amériques) et pour le monde entier. Le Brésil est le 5ᵉ pays du monde par sa superficie, l'une des 10 premières économies de la planète et le 7ᵉ par sa population.

 

Lula, cible numéro un de Trump

Le Brésil de Luiz Inácio Lula da Silva, du Parti des travailleurs (PT), est membre des BRICS, qui plaident pour un ordre mondial plus juste et plus équilibré. Son principal partenaire commercial est la Chine, avec des échanges en hausse. Lula a aussi vivement critiqué l'entité sioniste qui, avec l'appui des États-Unis, commet un génocide contre le peuple palestinien.

 

Tout cela fait de lui la cible prioritaire de Trump dans l'hémisphère. Washington a imposé des droits de douane de 12,5 % à 50 % sur les produits brésiliens. Les exportations brésiliennes vers les États-Unis sont tombées à leur plus bas niveau depuis 1997. Cette chute pèse sur l'économie et se traduit par la faible croissance du PIB en 2026.

 

Trump et son secrétaire d'État, Marco Rubio, soutiennent ouvertement la candidature de Flávio Bolsonaro. Ils dénoncent avec virulence le procès de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d'État. Ils sont allés jusqu'à prendre des mesures coercitives unilatérales contre le juge qui a instruit l'affaire.

 

Un siècle d'ingérence yankee

L'ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures des autres pays est notoire. Dans Notre Amérique, ils ont renversé des dizaines de gouvernements et installé des dictatures militaires. Ils ont déstabilisé des gouvernements légitimes et imposé des blocus et des mesures illégales et inhumaines à des peuples entiers. Ils ont violé la souveraineté de plusieurs pays par des agressions militaires directes : Mexique, Cuba, Haïti, Nicaragua, République dominicaine, Panama, Grenade et Venezuela.

 

Ils ont aussi manipulé des élections à visage découvert. Ces 18 derniers mois, le Honduras, l'Équateur, la Colombie et le Pérou en offrent des exemples. Là, ils ont promu des candidats de façon grossière et effrontée. Ils ont menacé les populations de bloquer l'envoi des remesas (transferts d'argent des émigrés). Ils ont intimidé gouvernements et patronats en brandissant de nouveaux droits de douane. Ils ont enfin déployé la manipulation et la désinformation contre de larges secteurs de la population. Leurs outils : le Big Data, les algorithmes des réseaux sociaux et des moteurs de recherche, et désormais l'intelligence artificielle.

 

Cette ingérence est documentée dans de nombreux ouvrages, notamment ceux de William Blum (2005 et 2006), de Guenther Roppel (2005) et de Luis Suárez Salazar (2006). Le Brésil l'a vécue dans sa chair :

◾En 1960, sous la pression de l'ambassade yankee, les militaires ont exigé et obtenu le départ du président Quadros. Quelques mois plus tôt, il avait remis à Che Guevara la plus haute décoration brésilienne pour un étranger.

◾En 1964, le président João Goulart a été renversé par un coup d'État. Il venait d'annoncer l'expropriation et la redistribution de terres privées, ainsi que la nationalisation des raffineries de pétrole.

◾En 2016, la présidente Dilma Rousseff, du PT, a été destituée par un impeachment.

 

Flávio Bolsonaro, le candidat de Washington et de Tel-Aviv

Le candidat le mieux placé pour disputer la présidence à Lula est le sénateur Flávio Bolsonaro, du Parti libéral (PL). Digne fils de l'ex-président Jair Bolsonaro, il s'est rendu à Washington pour rencontrer le secrétaire d'État et préparer la campagne contre Lula. Le résultat : des droits de douane de 50 % sur d'importants produits brésiliens. L'objectif était de frapper tout le peuple brésilien pour saper le soutien au gouvernement Lula. Quelques jours plus tard, Rubio déclarait que « le Brésil n'est pas un ami des États-Unis ». Ce message visait à semer le malaise et l'angoisse dans les classes moyennes et aisées.

 

Flávio Bolsonaro est aussi allé à Tel-Aviv chercher l'appui de Netanyahou. Il a promis, s'il était élu, de transférer l'ambassade du Brésil à Jérusalem. Cet appui sioniste compte beaucoup, car les sionistes entretiennent des liens étroits avec les grands groupes économiques et financiers qui contrôlent l'économie brésilienne et mondiale. Ils fournissent aussi un soutien technologique important, avec des moyens très sophistiqués de manipulation des populations et d'espionnage en tout genre. À l'inverse, rappelons que Lula a été déclaré persona non grata en 2024 par le gouvernement sioniste et qu'il a rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv.

 

La question de Jérusalem touche aussi les Églises protestantes. Beaucoup d'entre elles sont financées par des fonds sionistes et donc directement influencées par le sionisme, ce qui pèse sur des millions d'électeurs brésiliens. Par ailleurs, de nombreux cadres du PL et des groupes qui soutiennent Flávio Bolsonaro se réclament ouvertement du fascisme. Ce sont des militants de droite et des militaires qui nient les assassinats, les disparitions et les tortures commis par les dictatures. Certains se proclament fascistes.

 

Ce que Lula doit faire

Il faut aussi le rappeler : les peuples, surtout les plus humbles, se lassent des positions floues. Vouloir plaire à la fois aux puissants et aux dépossédés, à Dieu et au diable, rapporte rarement des voix. Sa confrontation avec Trump lui a permis de regagner une partie de l'électorat perdu.

 

Le Brésil est l'un des pays les plus inégalitaires de la planète. Le PT et Lula doivent revenir à leurs racines et affronter les oppresseurs : les grands propriétaires accapareurs de terres et les entrepreneurs corrompus. Ils doivent se remettre résolument du côté des ouvriers, des paysans, des Autochtones, des classes moyennes modestes et des pauvres. À ce prix, ils reconquerront une bonne partie de la plus grande masse d'électeurs.

 

Il faut reconnaître à Lula qu'il a sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté. Il garde de l'influence dans les classes populaires, chez les travailleurs organisés, les Autochtones et les paysans sans terre. Selon certains, il travaille maintenant les secteurs évangéliques populaires, la jeunesse et les travailleurs les plus précarisés, qui forment une part importante de l'électorat.

 

Battre la droite fasciste au second tour

Il est très improbable qu'un candidat l'emporte dès le premier tour, le 4 octobre. Les appuis pour le second tour seront donc décisifs. Les militants honnêtes du « centrão », la gauche modérée déçue et l'ultragauche qui reproche à Lula de n'avoir pas changé assez de choses doivent faire un effort. Ils doivent aider à battre la droite fasciste, sioniste et pro-impérialiste. Il faut mettre de côté les calculs mesquins et les querelles de personnes, et aider Lula à gagner avec la plus large marge possible.

 

Lula a barré l'entrée du Venezuela aux BRICS. Il a refusé de reconnaître le président Maduro en 2024 et s'est montré excessivement tiède face à son enlèvement. Il n'a pas non plus fourni à Cuba du carburant et du pétrole brut. Ces choix ne lui ont pas attiré de partisans ; ils lui en ont fait perdre. Il est encore temps de corriger le tir et d'assumer ses responsabilités.

 

Lula doit gagner

Lula doit gagner. Sa défaite serait un immense recul pour le Brésil, pour le continent et pour le monde. Le Brésil doit stopper l'avancée de la doctrine Monroe et de son corollaire trumpien, synonymes de néocolonialisme et d'impérialisme de la pire espèce. Il doit devenir un pôle de puissance majeur dans Notre Amérique.

 

Le fascisme n'est pas démocratique. Le néocolonialisme n'est pas démocratique. L'impérialisme exploite, prétend à la suprématie et ne défend que ses intérêts. Il faut le contenir et le vaincre.

 

Nous espérons que le peuple brésilien et ses acteurs politiques sauront choisir le meilleur destin pour tous ses habitants, présents et à venir. Les peuples sont sages et courageux. Le peuple brésilien et ses dirigeants le démontreront lors de ce scrutin.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

 

Élections au Brésil 2026 : une bataille contre l'impérialisme

Vladimir Castillo Soto est ingénieur et analyste politique vénézuélien. Il dirige le département de recherche et d'analyse stratégiques de l'Institut Simón Bolívar pour la paix et la solidarité entre les peuples. Il a auparavant dirigé le Bureau de l'intégration et des affaires internationales du ministère vénézuélien des Communes et des Mouvements sociaux. Il collabore à de nombreux médias de gauche latino-américains, dont Rebelión et La Pluma.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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