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Venezuela : résister à la recolonisation

par Bernard Tornare 8 Août 2026, 15:48

Venezuela : résister à la recolonisation

Titre original  Venezuela : quelques perspectives depuis la résistance anticoloniale dans le contexte actuel

 

Par Observatorio de Trabajador@s en Lucha

Dans la guerre cognitive, il est très évident que de nombreux prétendus progressistes travaillent pour l'ennemi, et que d'autres n'ont aucune vision stratégique du moment actuel ; et il en a toujours été ainsi.

 

Une région sous recolonisation

Une caractéristique frappante de la réalité que traversent les nations d'Amérique latine et des Caraïbes est qu'elles se trouvent soumises à un processus de recolonisation orchestré par le gouvernement de Trump.

 

Les exemples récents sont nombreux : les élections au Honduras, au Pérou et en Colombie, ainsi que le blocus énergétique imposé à Cuba et les processus d'intervention en cours au Mexique et au Brésil.

 

Cela signifie que la situation actuelle de la République bolivarienne du Venezuela ne peut être analysée isolément de celle de la région, ni de la dispute hégémonique mondiale qui oppose, d'un côté, le bloc mené par les États-Unis et, de l'autre, le bloc réunissant la Chine, la Russie et des pays comme l'Iran.

 

Du blocus économique à l'intervention militaire

Après plusieurs années sous des mesures coercitives unilatérales qui ont réduit son produit intérieur brut de plus de 60 %, le Venezuela avait enregistré plusieurs trimestres consécutifs de croissance économique depuis 2020. Mais entre septembre et décembre 2025, il a fait l'objet d'un blocus naval, avec des attaques contre des embarcations de pêcheurs et l'assassinat de leurs occupants. Ce blocus s'est transformé en blocus aérien en décembre 2025, accompagné de la saisie illégale de plusieurs pétroliers transportant du brut vénézuélien.

 

À la fin de l'année 2025, l'État vénézuélien ne percevait plus aucune recette en devises, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner pour le fonctionnement d'un pays.

 

Puis, le 3 janvier 2026, l'intervention militaire américaine a été exécutée, avec une supériorité armée et technologique écrasante, détruisant par des frappes de missiles des installations civiles et militaires. Le bilan humain a dépassé les 200 morts, civils et militaires confondus, sans compter les pertes américaines non reconnues officiellement. Elle s'est conclue par l'enlèvement du président Maduro et de son épouse, la députée Cilia Flores. Une action qui a consacré une politique de violation impunie de toutes les normes prévues par le droit international pour prévenir ce type d'agressions.

 

La négociation comme stratégie de survie

Le président Maduro étant resté en vie, un processus de négociation diplomatique s'est engagé, permettant aux hélicoptères américains stationnés à Caracas de repartir sans être attaqués. Il existait un risque réel qu'une nouvelle frappe de missiles américaine soit menée et que de nombreux dirigeants du processus bolivarien soient assassinés, comme cela s'est produit en Iran.

 

La direction de la Révolution bolivarienne a pris la décision de négocier afin de préserver ses forces et de rechercher une conjoncture politique plus favorable pour avancer. Dans cette optique, la vice-présidente Delcy Rodríguez a été désignée présidente par intérim par le Tribunal suprême de justice, puis ratifiée par l'Assemblée nationale ; elle dispose de tout le soutien politique et militaire nécessaire à l'exercice de son mandat. Nicolás Maduro est considéré comme le président du Venezuela séquestré par les États-Unis, et la lutte se poursuit pour obtenir sa libération.

 

Depuis le début, les objectifs du gouvernement de Delcy Rodríguez ont été de maintenir la paix et la stabilité du pays, de préserver la croissance économique, de lutter pour la levée des mesures coercitives unilatérales, et d'obtenir la libération du président Maduro et de son épouse Cilia Flores.

 

Une campagne médiatique de déligitimation

Comme on le sait, le gouvernement vénézuélien actuel a été soumis à une campagne féroce de la part des grands médias, cherchant à le présenter comme soumis aux desseins de Trump et de ses membres du cabinet. Pourtant, il existe des courants au sein de l'appareil de pouvoir américain — aussi bien républicains que démocrates — qui réclament de manière urgente une « transition » au Venezuela, c'est-à-dire l'installation d'un gouvernement d'extrême droite dans le pays.

 

Alors pourquoi le gouvernement de Trump n'a-t-il pas imposé un gouvernement d'extrême droite au Venezuela, comme il l'a fait au Honduras, au Pérou et en Colombie ?

 

Essentiellement parce que cela impliquerait de déclencher une guerre au Venezuela, avec toutes les répercussions que cela pourrait avoir sur un marché énergétique international déjà soumis à d'immenses pressions du fait des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.

 

L'accord permettant un statu quo entre les États-Unis et le Venezuela répond donc à des raisons géopolitiques de poids, qui dépassent largement les circonstances propres au Venezuela et à la région latino-caribéenne.

 

Le séisme du 24 juin et la tentative de déstabilisation

Ce contexte nous mène au séisme du 24 juin, que la presse corporatiste occidentale a tenté d'exploiter pour provoquer un soulèvement et renverser le gouvernement bolivarien. La structure politico-sociale qui soutient la Révolution bolivarienne s'est mobilisée et a apporté des réponses efficaces aux besoins engendrés par la catastrophe, ainsi qu'à l'offensive médiatique qui l'a accompagnée.

 

Les fractures au sein de la gauche

Un autre élément important à considérer concerne les critiques et attaques adressées au gouvernement bolivarien par des secteurs se réclamant de la gauche, tant au niveau national qu'international. Un média a par exemple publié un titre affirmant que la mission d'aide envoyée par les États-Unis pour secourir les victimes du séisme constituait en réalité une occupation militaire du territoire vénézuélien, avec l'aval de Delcy Rodríguez.

 

Or, un autre titre, publié cette fois par un média spécialisé en défense, indiquait que le Commandement Sud des États-Unis avait conclu sa mission militaire d'appui au Venezuela après les séismes, précisant que le départ des derniers effectifs mettait fin au soutien américain sur le terrain.

 

Cela porte à croire qu'une partie de la gauche, soit ne comprend pas et ne sait pas analyser ce qui se passe dans la région, soit sert tout simplement de plateforme de désinformation à l'égard des secteurs progressistes, dans le cadre de la stratégie globale et multiforme de la guerre cognitive.

 

Dans un autre cas, certains secteurs de gauche ont désigné la présence d'une mission humanitaire et technique de secours israélienne comme une ligne rouge infranchissable, signe indubitable, selon eux, de la soumission du gouvernement bolivarien aux services de renseignement israéliens.

 

Pourtant, les grands médias ont tenté de faire croire que le gouvernement vénézuélien rejetait l'aide internationale pour des raisons idéologiques — un mensonge grossier. Aucune aide d'aucun pays n'a été refusée, et une assistance a été reçue du monde entier. Comme pour la mission humanitaire américaine, la mission israélienne s'est retirée du pays une fois ses activités d'assistance achevées.

 

Le 24 juillet : entre légitime colère et impasse stratégique

Récemment, le 24 juillet, une manifestation contre l'impérialisme et le sionisme s'est tenue à Caracas, dénonçant l'influence croissante de Washington sur les affaires internes du Venezuela et sur sa souveraineté.

 

On peut, en principe, comprendre les raisons qui ont poussé certaines organisations et personnalités du pays à organiser cet événement. Cependant, une ligne argumentative y défend la nécessité d'affronter militairement l'intervention américaine, sous prétexte que la majorité des Vénézuéliens seraient prêts à défendre les armes à la main l'indépendance du pays.

 

Il faut d'abord dire que cet argument relève davantage du vœu pieux que de la réalité : objectivement, la majorité du pays est opposée à l'intervention étrangère, mais pas nécessairement favorable à une réponse militaire immédiate. Les dirigeants de la révolution ont pris, à cet égard, une décision qui est respectée et soutenue par l'écrasante majorité du mouvement chaviste — ce qui est parfaitement clair pour tout observateur de bonne foi.

 

La question pétrolière et les investissements étrangers

Sur la question pétrolière et la participation des entreprises transnationales, il convient de rappeler que le gouvernement bolivarien n'a jamais eu pour politique de restreindre l'accès des entreprises, quel que soit leur pays d'origine, souhaitant investir dans le marché énergétique vénézuélien.

 

Ce sont bien les restrictions imposées — et toujours en vigueur — par le gouvernement américain à travers ses mesures coercitives unilatérales qui compliquent la donne. Les entreprises américaines doivent obtenir des licences pour opérer au Venezuela, une situation créant un cadre légal très instable pour ces investisseurs. Contrairement à l'accusation de « livraison des ressources énergétiques à l'impérialisme », c'est précisément cette instabilité qui les pousse à adopter une posture très prudente vis-à-vis de leurs investissements.

 

Par ailleurs, le marché énergétique vénézuélien accueille des investisseurs de divers pays, notamment la Chine et la Russie, ainsi que des clients comme l'Inde.

 

Conclusion : l'unité régionale comme impératif

Comme on peut le constater, la situation de la région latino-caribéenne est extrêmement complexe, et il n'existe pas de réponses faciles. Les dirigeants des organisations qui mènent ces batailles le savent mieux que quiconque. Il est nécessaire de renforcer l'unité régionale à tous les niveaux, condition indispensable pour avancer selon les possibilités qui se présenteront.

 

Dans le cas spécifique des travailleurs, ils ont été l'un des secteurs les plus durement frappés par l'imposition des régimes d'extrême droite. Dans la guerre cognitive, il est très évident que de nombreux prétendus progressistes travaillent pour l'ennemi, et que d'autres n'ont aucune vision stratégique du moment actuel. Il en a toujours été ainsi de cette lutte, difficile et complexe.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

 

Références

https://www.laizquierdadiario.com/Tras-los-terremotos-una-ocupacion-militar-imperialista-en-La-Guaira-con-el-visto-bueno-de-Delcy-Rodriguez

https://www.infodefensa.com/texto-diario/mostrar/5965835/comando-sur-eeuu-finaliza-labores-apoyo-venezuela-terremotos

https://www.youtube.com/watch?v=yYEj88koiOo&t=1665s

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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