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Delcy Rodríguez à New York : le réalisme à l’épreuve

par Bernard Tornare 23 Septembre 2026, 17:15

Delcy Rodríguez à New York : le réalisme à l’épreuve

 

Par Bernard Tornare et Moulouwa T.

Le retour de la représentation vénézuélienne à la tribune principale des Nations unies, à New York, n’a rien d’un événement fortuit ni d’une simple formalité diplomatique. La présence de la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, à l’Assemblée générale, ainsi que la rencontre annoncée avec Donald Trump, marquent la fin d’une séquence dominée par la rhétorique de l’isolement. Elles ouvrent une nouvelle phase, non pas fondée sur une soudaine réconciliation entre États, mais sur le pragmatisme brutal des rapports de force géopolitiques.

 

Pendant des années, la couverture médiatique du Venezuela s’est enfermée dans deux récits aussi commodes que réducteurs. D’un côté, la mise en scène permanente d’un pays condamné à la crise et à l’effondrement. De l’autre, une présentation figée du blocus comme explication unique de toute la situation nationale. Or, la réalité diplomatique actuelle bouscule ces deux narrations.

 

Le retour de Caracas dans la dynamique multilatérale ne découle pas de concessions de dernière minute ni d’un geste de bienveillance de Washington. Il résulte d’un réajustement des intérêts impériaux et des priorités mondiales. Dans un contexte de tensions internationales, de guerres, d’instabilité des marchés et de compétition énergétique, la sécurité des approvisionnements en hydrocarbures pèse davantage que les discours idéologiques, les anathèmes et les prétendues préoccupations démocratiques régulièrement brandies contre le Venezuela.

 

Analyser l’intervention de Delcy Rodríguez à New York exige donc de regarder au-delà de la scène, des formules diplomatiques et des images destinées aux médias. L’enjeu historique ne réside pas seulement dans le fait que le Venezuela retrouve une représentation de haut niveau à l’ONU après près de deux décennies d’absence. Il se trouve surtout dans la nature des discussions et des accords qui accompagnent ce retour sur la scène internationale.

 

La conclusion d’accords énergétiques stratégiques avec l’administration états-unienne rappelle une évidence que les propagandes officielles cherchent souvent à dissimuler : les grandes puissances ne négocient pas par sympathie, ni par respect abstrait du droit international. Elles négocient lorsqu’elles y trouvent un intérêt concret.

 

Le pétrole au cœur du rapport de force

Face au sensationnalisme médiatique qui voudrait réduire cette rencontre à une capitulation du Venezuela ou, à l’inverse, à une victoire totale de Caracas sur Washington, une lecture plus sérieuse s’impose. Nous sommes face à la vieille logique du donnant-donnant, celle du quid pro quo impérial.

 

Washington a besoin de garanties concernant l’approvisionnement en hydrocarbures dans un environnement mondial instable, où les conflits, les sanctions et les rivalités entre puissances fragilisent les circuits énergétiques traditionnels. Caracas, de son côté, a besoin d’une normalisation diplomatique, d’un desserrement du siège financier et institutionnel, ainsi que de marges de manœuvre pour relancer une économie étouffée par les sanctions, le blocus et les restrictions imposées depuis l’extérieur.

 

Il ne s’agit donc ni d’un miracle diplomatique ni d’une conversion soudaine des États-Unis au respect de la souveraineté vénézuélienne. L’histoire récente montre au contraire que Washington n’hésite jamais à utiliser les sanctions, les pressions financières, le gel d’avoirs, les opérations de déstabilisation et l’ingérence politique lorsque ses intérêts l’exigent. Mais elle montre aussi qu’un pays disposant de ressources stratégiques et d’une position géopolitique déterminante peut contraindre les puissances dominantes à négocier.

 

Ni triomphalisme ni illusion

La participation du Venezuela à l’ONU ne fait pas disparaître les difficultés profondes auxquelles le pays demeure confronté. Elle ne résout pas automatiquement les tensions sociales, les problèmes économiques, les contradictions politiques internes ni les effets durables de l’asphyxie financière internationale. Prétendre le contraire relèverait du triomphalisme et de l’aveuglement.

 

Mais cette présence redonne au Venezuela un canal institutionnel et direct de dialogue avec le centre du pouvoir mondial. Elle permet également de reléguer au second plan les diplomaties parallèles qui, pendant des années, ont prétendu parler au nom du pays tout en servant les intérêts de gouvernements étrangers. Ces opérations ont démontré leur inefficacité politique autant que leur dépendance à l’égard de Washington.

 

Dans le même temps, cette séquence se déroule alors que le président Nicolás Maduro et la première dame restent privés de liberté, ce qui confère à la bataille diplomatique une dimension supplémentaire. La réintégration du Venezuela dans les espaces de négociation internationaux ne doit pas être lue comme une simple victoire protocolaire : elle constitue aussi un moyen de rompre l’isolement imposé au pays et de remettre la question de sa souveraineté au centre du débat mondial.

 

Une diplomatie fondée sur la souveraineté

Le discours à l’ONU n’est que la partie visible de cette stratégie. Les objectifs essentiels se situent dans la recomposition des alliances, dans les négociations énergétiques, dans la lutte contre les sanctions et dans la reconquête d’une capacité d’action souveraine sur la scène internationale.

 

Le Venezuela revient donc dans l’arène mondiale non pas en abandonnant ses intérêts, mais en tentant de négocier à partir de ses ressources naturelles, de son importance énergétique et de son poids géopolitique régional. C’est précisément ce qui dérange les partisans d’un ordre international où les peuples du Sud devraient se soumettre aux décisions de Washington et de ses alliés.

 

Comprendre la visite de Delcy Rodríguez à New York ne demande ni exaltation aveugle ni lecture naïve. Il faut plutôt regarder en face les règles froides du réalisme politique contemporain : les États-Unis négocient lorsqu’ils ne peuvent plus imposer seuls leur volonté, et les pays assiégés cherchent des ouvertures lorsqu’elles peuvent renforcer leur souveraineté, desserrer l’étau des sanctions et protéger les intérêts de leur peuple.

 

Article traduit et librement adapté de l’espagnol à partir d’un texte de RedRadio. La présente version a été réécrite et n’engage pas nécessairement la rédaction originale.

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