Titre original : La danse des 51 États : les acrobaties de Trump et le servilisme de la droite transnationale
Un « 51ᵉ État » au goût de pétrole
La récente absurdité de Donald Trump, qui a offert au Venezuela le « convoité titre » de 51ᵉ État de l’Union, attiré par les quarante mille milliards de dollars de réserves pétrolières, est survenue immédiatement après la défense historique présentée par le Venezuela devant la Cour internationale de justice de La Haye. Le cœur du litige réside dans la revendication historique de la Guayana Esequiba, un territoire de 159 000 kilomètres carrés que l’empire britannique a arraché au pays au XIXᵉ siècle.
Esequibo : une spoliation coloniale jamais digérée
Le parcours diplomatique de ce combat commence à Paris, où en 1899 s’est consommée une véritable farce juridique. La Sentence arbitrale de Paris n’a pas été un procès, mais une complicité entre puissances coloniales : en l’absence de représentants vénézuéliens, la Grande-Bretagne et les États-Unis se sont partagé une terre qui appartenait historiquement à la Capitainerie générale du Venezuela.
Pour le gouvernement bolivarien, il s’agissait de la « légalité » imposée par le vainqueur pour normaliser le pillage de ses propres ressources. Pour cette raison, le Venezuela a toujours soutenu que cet acte doit être considéré comme « nul et non avenu » et que le point de référence à partir duquel il faut repartir se situe dans l’Accord de Genève, conclu en 1966.
L’Accord de Genève contre la Cour de La Haye
Cet accord, déposé et reconnu par les Nations unies, est considéré comme le seul instrument juridique valable pour résoudre le différend de manière juste, puisqu’il admet formellement l’existence d’un contentieux autour de la sentence frauduleuse de 1899 et oblige les parties à rechercher une solution pratique et satisfaisante par le biais du dialogue politique direct.
Quelle que soit la décision finale des juges de La Haye – a donc réitéré l’équipe diplomatique dirigée par la présidente chargée, Delcy Rodríguez –, le Venezuela ne la reconnaîtra pas, puisque la seule boussole légitime reste l’Accord de Genève.
Malgré ce refus ferme de la juridiction de la Cour, le gouvernement bolivarien a choisi de se présenter à La Haye avec un double objectif : exposer ses raisons historiques, en montrant au monde sa doctrine souveraine, et en même temps cimenter l’unité nationale autour de la défense de la patrie.
Multinationales, Esequibo et nouvelle ruée vers l’or noir
Et aussi pour rassurer ces secteurs qui, après le 3 janvier, craignent que la République puisse être livrée à l’impérialisme avec le retour des multinationales. Ce sont précisément les colosses du capitalisme extractif, comme Chevron, qui ont intenté des actions en dommages et intérêts de plusieurs millions de dollars contre le Venezuela devant le CIRDI et ont foré illégalement les eaux disputées de l’Esequibo sous la protection du gouvernement fantoche du Guyana, attisant le feu du tribunal international pour s’assurer le monopole des ressources.
Combien de « 51ᵉ État » pour Washington ?
Le gouvernement bolivarien a rejeté catégoriquement la prétention de Washington, dénonçant les contours du délire de risque permanent dont souffre le trumpisme, manifestement affecté aussi par un grave problème avec les mathématiques de base. Combien d’États numéro 51 l’administration états-unienne a-t‑elle en tête ? En l’espace de quelques mois, la place d’honneur sur le drapeau à étoiles et à bandes a été promise à trois candidats différents.
D’abord ce fut le tour du Canada, expédié comme un voisin de l’étage du dessus à qui l’on change la serrure sous prétexte de sécurité arctique ; puis au Groenland, pris dans l’étau de chantages douaniers contre le Danemark pour s’emparer des terres rares ; et maintenant, avec un saut transcontinental, le Venezuela. Ajouter une étoile à chaque fois est fatigant : mieux vaudrait en mettre une seule en forme de velcro et la déplacer selon la direction où pointe le drone du Pentagone…
Une droite vénézuélienne en « comité d’affaires colonial »
Pendant que le chef de l’empire confond la géopolitique avec un jeu de Monopoly ou avec la rénovation d’un terrain de golf à Mar‑a‑Lago, l’opposition extrémiste vénézuélienne se lance dans une danse de soumission totale et servile. Cette droite transnationale, qui a demandé et applaudi l’incursion militaire du début d’année et qui aujourd’hui se comporte comme un comité d’affaires colonial, agit comme une cinquième colonne chargée de faciliter l’agression états-unienne sur le continent.
Un chemin déjà aplani par une couronne de gouvernements régionaux subalternes qui ont facilité l’agression du 3 janvier et ont renoncé à leur propre souveraineté : de la République dominicaine à l’Équateur, du Salvador au Guyana, précisément au moment où la région s’achemine vers des rendez-vous électoraux cruciaux au Pérou, en Colombie et en octobre au Brésil.
Harvard, María Corina et le business de l’école privée
L’exemple le plus évident de cette posture coloniale a eu lieu dans les salles de l’Université Harvard. Là, la pasionaria de l’extrémisme, María Corina Machado, a donné une conférence qui prêterait à rire si elle n’était pas empreinte d’une menace imminente. Avec l’attitude de celle qui est prête à détruire son propre pays à coups de canon pour pouvoir s’approprier les ruines, elle a exposé sa vision économique particulière : selon elle, l’État vénézuélien n’a plus de fonds parce qu’il a commis le crime impardonnable de les dépenser « pour multiplier les universités publiques et gratuites ».
Celui des écoles privées est, en effet, un juteux business de longue date, auquel l’extrême droite ne s’est jamais résignée à renoncer. Une telle affirmation soulève encore davantage le voile sur le véritable agenda de l’ultra‑droite : privatisation totale, démantèlement de l’État social et transformation de l’éducation en privilège pour quelques‑uns, le tout conformément aux manuels du néolibéralisme le plus orthodoxe.
Trump : entre bâton militaire et carotte « pragmatique »
Pendant que l’opposition met le pays aux enchères dans les forums états-uniens, l’administration Trump avance sur des rails en apparence contradictoires, alternant le bâton de la flotte militaire avec la carotte d’un pragmatisme marchand de retour. La gestion médiatique de la récente rencontre au plus haut niveau, qui s’est tenue à La Havane entre le directeur de la CIA, John Ratcliffe, et les représentants du renseignement et de la sécurité cubains, en est la preuve.
Washington envoie des messages par des canaux souterrains, offrant des ouvertures économiques en échange de « changements fondamentaux », en essayant de fissurer l’axe de la solidarité continentale à un moment où la Maison‑Blanche tente de réaffirmer le contrôle absolu sur le commerce énergétique.
Ratcliffe a rencontré des figures de premier plan du gouvernement cubain pour préciser que « la fenêtre d’opportunité » ne restera pas ouverte indéfiniment et que l’île ne peut plus être un espace sûr « pour des acteurs hostiles aux États-Unis dans l’hémisphère ».
Guerre cognitive, blocus et paradoxe pétrolier
Sur le plan économique et matériel, la réalité montre les effets de la guerre cognitive, qui sert à relativiser et à occulter les dommages provoqués par le blocus contre Cuba et par les « sanctions » contre le Venezuela. Les données de Bloomberg décrivent un scénario emblématique : la semaine dernière, les États-Unis ont importé 588 000 barils quotidiens de pétrole vénézuélien, le volume le plus élevé depuis 2019. Dans le même temps, des pétroliers comme l’Olina et le Galaxy 3, probablement à destination de Cuba et de la Chine, ont été contraints de ramener le brut chargé des mois auparavant dans les ports vénézuéliens, après avoir été arraisonnés par des forces états-uniennes dans les jours qui ont suivi l’incursion militaire de janvier.
Trump utilise le brut séquestré pour réaffirmer le contrôle sur les ventes de la nation, en renvoyant les navires décharger à terre, dans un enchevêtrement de sanctions et de besoins de marché qui démontre que le pétrole bolivarien demeure l’objet du désir et le véritable moteur du conflit.
Le « mystère » du matériel nucléaire vénézuélien
À l’intérieur de cet enchevêtrement complexe d’agressions occultes et de diplomatie de façade s’inscrit le « mystère » du matériel nucléaire vénézuélien. Le département d’État des États-Unis a fanfaronné qu’un jalon essentiel pour la sécurité mondiale avait été franchi avec le retrait et la destruction de treize kilos d’uranium enrichi à vingt pour cent provenant du réacteur scientifique hors service RV‑1, une délicate opération réalisée avec le soutien du Royaume‑Uni et de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Il convient de rappeler que, selon des témoignages de survivants au bombardement du 3 janvier, qui a causé la mort de plus d’une centaine de personnes parmi les militaires et les civils (dont 43 Cubains), outre la CIA, des forces britanniques et israéliennes ont également pris part à l’opération. De même, ce que la propagande de Washington passe sous silence, et que des témoignages certains et documentés sur le terrain ont confirmé, c’est l’extrême danger couru par le pays juste au début de l’année.
Lors de l’opération militaire du 3 janvier, l’un des drones d’attaque lancés par les États-Unis s’est précisément écrasé à proximité de la centrale nucléaire désaffectée. Un impact qui a frôlé la catastrophe environnementale et qui révèle l’hypocrisie de l’impérialisme : d’abord, on déclenche une agression armée qui risque de faire exploser un site sensible, puis on se présente au monde comme le sauveur de la sécurité nucléaire globale pour avoir nettoyé les déchets restants.
Enlèvement de Maduro et désarmement technologique du Sud
Ce retrait complexe s’est matérialisé après l’alignement des canaux diplomatiques imposé par l’enlèvement du président Maduro, démontrant à quel point Washington considère le désarmement scientifique et technologique du Sud comme une condition obligatoire pour imposer sa propre idée de stabilité.
Le Venezuela, engagé dans un retrait stratégique complexe et aux résultats encore incertains après le traumatisme de l’enlèvement du Président et de la Première combattante, tente de se frayer un chemin dans les plis de ces contradictions commerciales pour exiger la fin du blocus économique. Toutefois, le débat interne se voit contaminé par une succession de fausses nouvelles alimentées par les laboratoires de guerre cognitive, et par les recettes des habituels économistes néolibéraux qui, depuis les colonnes des médias d’opposition, présentent le Fonds monétaire international comme l’unique voie de salut.
Le spectre du FMI et le retour du « plan 1989 »
Ces experts convergent pour proposer une voie que les peuples d’Amérique latine connaissent par cœur : le retour aux conditions draconiennes du FMI. Il est question d’une renégociation de la dette extérieure qui pourrait durer de deux à cinq ans, et l’on suggère l’échange dette‑actifs, c’est‑à‑dire la vente à bas prix de plus de quatre cents entreprises d’État, y compris les industries de l’aluminium de la Corporación Venezolana de Guayana, les cimenteries et les entreprises électriques.
C’est le vieux plan de 1989, la même recette qui a mené au Caracazo, proposée aujourd’hui sous un nouvel habillage technique pour lier les mains du budget public et hypothéquer les revenus pétroliers futurs. Sans ancre multilatérale, disent ces techniciens, le pays n’aurait pas de crédibilité, en passant sous silence le fait que l’entrée du FMI signifierait la fin de la souveraineté fiscale et l’imposition de mesures d’austérité de sang, de sueur et de larmes contre les classes populaires.
Ce que dit vraiment le FMI sur le Venezuela
Pour démentir les appétits des technocrates de la privatisation, est toutefois arrivée la déclaration officielle de la porte‑parole du Fonds monétaire international, Julie Kozack. Lors d’une conférence de presse, le FMI a dû admettre que les autorités vénézuéliennes n’ont sollicité aucun type de financement auprès du Fonds multilatéral. Bien que les relations formelles aient été rétablies en avril sous l’administration de la présidente chargée Delcy Rodríguez, mettant fin à sept années de suspension, les contacts périodiques entre le ministère des Finances, la Banque centrale et les missions du FMI se limitent à un échange technique de données macroéconomiques, auxquelles l’organisme n’avait plus accès depuis plus de deux décennies.
Le Venezuela cherche seulement à récupérer la possession des fonds gelés par les « sanctions », qui lui reviennent légitimement. Le FMI reste en attente de plus de détails sur la restructuration de la dette annoncée par Caracas, mais demeure dépourvu de tout rôle opérationnel ou de programmes d’ajustement structurel. Une douche froide pour l’opposition, qui savourait déjà l’intervention économique sur la République.
Guerre militaire, guerre économique, guerre psychologique
Comment se défendre de cet encerclement qui est à la fois militaire, économique et psychologique ? La réponse – dit le gouvernement bolivarien – réside dans la dénonciation de la manipulation et dans le renforcement de la conscience critique. Pour la droite – a déclaré le capitaine Diosdado Cabello lors de la dernière émission « Con el mazo dando » – « la vie humaine n’est rien d’autre qu’un algorithme à pousser sur les réseaux pour déstabiliser le pays ». Pendant que les laboratoires transnationaux dépensent des milliers de dollars en propagande – a‑t‑il ajouté –, à Caracas on répond par la formation et l’internationalisme. À l’Université internationale de la communication (Lauicom), dirigée par Tania Díaz, se sont réunies des délégations internationales venues assister aux cours de politique et de communication donnés par le professeur Fernando Buen Abad.
Construire une pensée critique et préparer la contre‑offensive
C’est là, dans la construction d’une pensée critique collective et dans la solidarité entre les peuples, que l’on cherche à démanteler la guerre cognitive, à soigner les blessures, à affronter contradictions et faiblesses, et à préparer la contre‑offensive.
Traduction Bernard Tornare
Geraldina Colotti est une journaliste et écrivaine italienne, née à Vintimille, en Ligurie. Elle est connue pour son travail au sein du quotidien Il manifesto et pour sa direction de l'édition italienne du Monde diplomatique. Elle s'est spécialisée dans les questions politiques et sociales, en particulier celles liées à l'Amérique latine, avec un accent particulier sur le Venezuela. Auteure de romans, essais, recueils de nouvelles et de poésie, elle publie en italien et en espagnol des textes où se croisent critique de l’impérialisme, mémoire des luttes et défense des mouvements populaires.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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