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Le néocolonialisme demeure le principal obstacle à la libération de l’Afrique

par Bernard Tornare 23 Mai 2026, 18:24

Le néocolonialisme demeure le principal obstacle à la libération de l’Afrique
Par Prudence Iticka

Introduction

À peine trois mois après le début de l’année, le Sud global est déjà frappé de plein fouet par une intensification brutale de l’impérialisme dirigé par les États-Unis, qui a désormais engagé une guerre ouverte contre l’émergence d’un monde multipolaire. Dans ce contexte, l’Afrique — cœur stratégique du système capitaliste mondial — se retrouve une fois de plus au centre des convoitises impériales.

 

Une offensive impérialiste assumée

Le mois dernier, lors de la Conférence de sécurité de Munich, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a appelé ses alliés européens à rejoindre les États-Unis dans un projet explicite de recolonisation du Sud global, afin de restaurer la domination planétaire de l’Occident.

 

Ce discours a été accueilli par une ovation debout. Les dirigeants européens y ont vu la confirmation rassurante de leur « partenariat » avec Washington – un partenariat qui, en réalité, prolonge la logique impériale.

 

Dans cette stratégie globale, l’Afrique occupe une place centrale, en tant que fournisseur de ressources indispensables au fonctionnement du système capitaliste impérialiste.

 

Le néocolonialisme comme stratégie dominante

Contrairement aux attaques frontales menées contre des pays comme l’Iran, le Venezuela ou Cuba, les puissances impérialistes privilégient en Afrique une approche indirecte. Elles s’appuient sur des élites locales réactionnaires pour faire avancer leurs intérêts.

 

Le colonialisme reste la principale menace à la libération du continent. Mais aujourd’hui, il prend la forme du néocolonialisme : des Africains qui servent les intérêts de l’impérialisme au détriment de leurs propres peuples.

 

Ghana : le double jeu du pouvoir

Au Ghana, le président John Dramani Mahama incarne cette ambiguïté. En public, il affiche un discours panafricaniste, rend hommage au capitaine Ibrahim Traoré et milite pour que les Nations unies reconnaissent la traite transatlantique comme le plus grand crime contre l’humanité.

 

À première vue, il pourrait apparaître comme un dirigeant progressiste digne de l’héritage de Kwame Nkrumah. Mais un examen plus attentif révèle un renforcement des liens avec l’Ukraine, les États-Unis et la France.

 

Le mois dernier, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, s’est rendu à Kiev pour discuter d’un accord de défense avec Volodymyr Zelensky. « Le Ghana et l’Ukraine ne disposent pas de plan de défense commun. Nous avons donc décidé d’ouvrir des négociations », a-t-il déclaré.

 

Ainsi, le Ghana — voisin de la Confédération des États du Sahel via le Burkina Faso — envisage de signer un accord militaire avec l’Ukraine, décrite ici comme un État terroriste, impliqué dans une attaque contre l’armée malienne en juillet 2024 ayant causé la mort de 47 soldats maliens et 84 alliés russes.

 

Présence militaire américaine et influence française

Autre menace à la souveraineté africaine : la présence militaire américaine sur le sol ghanéen. Une base est installée à l’aéroport international d’Accra, à la suite d’un accord signé en 2018 (SOFA).

 

Cet accord accorde aux soldats américains un accès sans restriction, les exempte d’inspections et même de passeport. Officiellement présentée comme un simple centre logistique, cette installation fonctionne en réalité comme une base militaire stratégique, notamment pour des opérations dirigées contre la Confédération des États du Sahel.

 

Fin décembre 2025, des habitants proches de la frontière burkinabè ont d’ailleurs filmé un avion américain effectuant des missions de surveillance.

 

Parallèlement, le Ghana renforce ses liens sécuritaires avec la France. Des soldats français ont récemment été aperçus en entraînement avec les forces ghanéennes. Officiellement, il s’agit de lutter contre l’orpaillage illégal armé. Mais en réalité, Paris chercherait à se repositionner en Afrique de l’Ouest dans la perspective d’une déstabilisation de l’espace sahélien.

 

Nigeria et recomposition des alliances

Au Nigeria, autre pilier régional, la France cherche également à établir de nouveaux points d’appui. Depuis 2025, plusieurs accords bilatéraux ont été signés dans les domaines sécuritaire, commercial et culturel.

 

Ce rapprochement interroge : pourquoi la nation la plus peuplée d’Afrique, dotée d’un potentiel de grande puissance, accepterait-elle de s’aligner sur un empire en déclin, confronté à une crise interne profonde et à une perte de légitimité politique ?

 

RDC : guerre, ressources et illusion de paix

Plus à l’est, la République démocratique du Congo continue de subir une violence extrême liée à l’exploitation de ses immenses ressources minières, avec la complicité de ses propres élites.

 

L’accord de paix soutenu par les États-Unis apparaît comme une mise en scène politique. Sur le terrain, le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, poursuit son avancée, multipliant massacres et conquêtes territoriales.

 

Fin février 2026, deux fosses communes ont été découvertes près de la ville d’Uvira. Malgré les annonces diplomatiques, les combats se poursuivent sur plusieurs fronts.

 

L’impérialisme américain au cœur du problème

Pour les peuples africains, il est essentiel de reconnaître que la principale menace à la libération du continent réside dans l’action du gouvernement des États-Unis. Dans ces conditions, toute prétention de Washington à instaurer la paix doit être considérée avec la plus grande méfiance.

 

L’accord en RDC permet en réalité aux États-Unis de renforcer leur emprise afin de sécuriser l’accès des puissances occidentales aux ressources stratégiques du pays.

 

La contradiction centrale : le néocolonialisme

La contradiction principale à laquelle l’Afrique est confrontée aujourd’hui demeure le colonialisme — sous sa forme contemporaine : le néocolonialisme.

 

Celui-ci se manifeste à travers des élites africaines corrompues, qui choisissent de servir les intérêts impérialistes plutôt que ceux de leurs peuples. C’est par leur intermédiaire que le système capitaliste impérialiste maintient son emprise sur le continent.

 

Une tâche historique : renverser les élites néocoloniales

La tâche fondamentale des Africains conscients est claire : renverser cette classe néocoloniale.

 

Comme le rappelait Kwame Nkrumah dans son ouvrage fondamental La lutte des classes en Afrique, ce n’est qu’en vainquant à la fois la bourgeoisie locale et l’impérialisme que les aspirations des masses africaines pourront enfin être réalisées.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Le néocolonialisme demeure le principal obstacle à la libération de l’Afrique

Prudence Iticka est une militante panafricaine basée à Calgary, engagée contre l’impérialisme et pour la souveraineté des peuples africains. Membre de la United African Diaspora et de la Coalition for the Elimination of Imperialism in Africa, elle intervient régulièrement dans les médias pour analyser les luttes révolutionnaires en Afrique, en particulier celles de la Confédération des États du Sahel (AES).

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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