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Revanches poétiques

par Bernard Tornare 22 Mars 2026, 16:33

Diego Maradona

Diego Maradona

Par Carlos Portillo

La première histoire se situe quelques jours après qu’on eut commémoré les quatre ans de la défaite argentine aux Malouines. La seconde se déroule plusieurs mois plus tard, quand Trump accusait déjà Maduro d’être le chef du « Cartel des Soleils » et de faire bombarder, en seigneur des mers, des embarcations dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, laissant derrière lui plus d’une centaine de morts.

 

I

 

Coupe du Monde de football, Mexique 1986.

Un match de quart de finale, au stade Azteca, se transforme en leçon de politique et de dignité : Maradona, à coups de hanches et d’insolence, se fraie un chemin parmi les joueurs anglais ; le ballon rebondit dans les airs jusqu’à l’orée de la petite surface, là où El Pelusa entre en collision avec le gardien Peter Shilton, vingt-deux centimètres plus grand. Le reste appartient à l’histoire : Diego marque « un peu de la tête et un peu de la main de Dieu ».

 

Une semaine plus tôt, on se souvenait encore de la guerre des Malouines : 649 soldats argentins, 255 Britanniques et trois civils des îles y avaient péri. Le Royaume-Uni avait bénéficié du soutien de l’OTAN et de la complicité internationale. Un siècle et demi auparavant, il s’était emparé de ces territoires avec le même cynisme que s’il avait marqué un but de la main.

 

Dans le film La Main de Dieu (2021) de Paolo Sorrentino, une famille napolitaine s’entasse sur son balcon pour regarder le match — l’époque où Maradona portait aussi le numéro dix à Naples. Quand éclate la polémique sur le but, un vieil homme s’écrie devant le poste :

« Avec la main ! Un dieu ! Il a marqué avec la main. Il a vengé le grand peuple argentin… C’est un génie ! C’est un acte politique. Une révolution ! »

 

Quatre minutes plus tard, la revanche symbolique avait été servie, mais restait la démonstration concrète. Diego reçoit le ballon à quelques mètres du milieu de terrain ; il contrôle, pivote, s’élance. Il fonce à toute allure sur la droite, déchire les failles qui s’appellent Hoddle, Reid, Butcher, Fenwick… d’un simple crochet met Shilton hors de combat et conclut du gauche : le But du Siècle.

 

« Gooool ! Diegoool ! Maradona ! C’en est à pleurer, pardonnez-moi… Maradona, une course mémorable, l’action de tous les temps… Cerf-volant cosmique… De quelle planète viens-tu pour laisser tant d’Anglais dans ton sillage, pour que tout un pays serre les poings et crie pour l’Argentine ? », s’exclama, lyrique, le journaliste uruguayen Víctor Hugo Morales.

Pendant quatre-vingt-dix minutes, l’Argentine récupéra les Malouines.

 

II

 

Classique mondial de baseball 2026.

Le Venezuela affronte les États-Unis en finale à Miami. En troisième manche, Maikel García frappe un sacrifice haut vers le champ centre, permettant à Salvador Pérez de marquer et à Ronald Acuña Jr. d’arriver en glissade à la troisième base. Dans les tribunes, le public — majoritairement latino — explose en fête et en tambours de rumba.

 

Quelques mois plus tôt, Trump avait accusé Maduro d’être le chef du « Cartel des Soleils ». Il s’était aussi vanté de bombarder, tel un pirate, des embarcations dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, faisant à cette date plus d’une centaine de morts.

 

En cinquième manche, une balle rapide de 96 miles à l’heure rencontre la batte de Wilyer Abreu.

« ¡A loo prooofundooo ! » — hurle le commentateur dominicain Ernesto Jerez, presque vénézuélien d’adoption. Deux à zéro : l’avantage pour l’arepa.

 

À l’aube du 3 janvier 2026, les États-Unis avaient envahi le Venezuela, bombardé sa capitale et enlevé le président Maduro et son épouse, laissant derrière eux des centaines de morts, dont 32 militaires cubains.

 

En huitième manche, l’Américain Bryce Harper envoie un coup de circuit monumental au fond du champ centre, ramenant à la maison Bobby Witt Jr. et égalisant la partie.

« Nouveau match », décrète Jerez.

Dans sa célébration, Harper salue militairement, puis montre du doigt, avec ostentation, le drapeau américain sur sa manche.

 

Le Département de la Justice des États-Unis reconnaîtra plus tard que le « Cartel des Soleils » n’a jamais existé. Strike.

Ce qui existe en revanche, ce sont les plus grandes réserves de pétrole du monde. Strike.

Elles se trouvent au Venezuela. Éliminé.

 

Toujours en huitième manche, Andrés Machado enchaîne les changements de rythme et foudroie un Aaron Judge incrédule, figé sur place.

En neuvième, Luis Arráez obtient un but sur balles contre Garrett Whitlock, cédant sa place (ou son passeport, pour ne pas dire green card) au coureur suppléant Javier Sanoja, qui vole la deuxième base d’une glissade furieuse, soulevant une nouvelle vague de tumulte et de salsa dans les gradins.

 

Comme pour toutes les équipes d’Amérique latine et des Caraïbes dans ce Classique mondial (à Miami comme à Houston), on a l’impression que c’est la Vinotinto qui joue à domicile.

 

Un double au champ centre signé Eugenio Suárez envoie Sanoja marquer le point du 3 à 2. Les tribunes explosent.

En fin de neuvième manche, à un seul retrait du titre, Daniel Palencia manque son premier lancer, puis corrige le tir avec une balle rapide à quatre coutures pour le premier strike.

 

Le second arrive : un superbe splitter sur le côté, qui hypnotise Roman Anthony. Nouveau rugissement. Hors du stade, 10 milliards 784 millions de spectateurs sont rivés à l’écran.

À 160 km/h, la même balle rapide trompe le batteur américain, qui s’élance dans le vide. Strike trois.

Le Venezuela est champion du monde pour la première fois de son histoire.

« Si tu veux du vin, assure-toi qu’il soit rouge ! » jubile Ernesto Jerez.

Parfois, une balle offre des revanches poétiques.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Revanches poétiques

Carlos Portillo est un journaliste, essayiste et chroniqueur salvadorien. Diplômé en communication sociale et passionné par la littérature et le sport, il mêle dans ses écrits humour, critique politique et regard poétique sur l’actualité latino-américaine. Ses textes naviguent entre la mémoire collective et la satire, explorant les intersections entre culture populaire, géopolitique et identité. Portillo collabore régulièrement avec divers médias d’Amérique latine et s’est imposé comme l’une des plumes les plus originales de sa génération.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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