« Et cela n’est pas étonnant, puisque Satan lui-même se déguise en ange de lumière. » – 2 Corinthiens 11:14
Il y a des décennies, lorsque j’ai entendu le gouvernement iranien de l’ayatollah Khomeiny qualifier les États-Unis de « Grand Satan », comme beaucoup d’autres dans le monde, j’ai cru qu’il s’agissait d’une hyperbole typique d’un religieux fanatique.
Mais plus maintenant. Avec les années, il est devenu évident que le qualificatif « satanique » décrit assez justement ce qu’ont fini par devenir les États-Unis pour le reste du monde. L’« ange de lumière » qu’ils prétendent incarner depuis des décennies n’est qu’une façade dissimulant certaines des atrocités les plus odieuses commises par un État moderne dans l’histoire contemporaine.
La force du mal que représentent aujourd’hui les États-Unis se manifeste le plus clairement dans les innombrables guerres meurtrières qu’ils ont lancées pour piller les ressources ou affirmer leur domination sur des pays bien plus pauvres. Depuis le Vietnam, ils n’ont certes remporté aucune victoire significative, mais ils demeurent sans égal dans leur capacité à massacrer impunément des innocents à travers le monde.
Des figures caricaturales comme Pete Hegseth, actuel secrétaire à la Guerre, affirment que l’armée américaine est « la plus grande force de combat de l’histoire ». L’Histoire retiendra plutôt qu’elle est la plus encline aux crimes de guerre depuis 1945, ayant massacré des centaines de milliers de civils avec une indifférence quasi mécanique.
Du tapis de bombes sur le Cambodge à l’usage indiscriminé de la force létale en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie et désormais en Iran, l’État américain a toujours préféré la puissance de feu au respect de la vie civile. Et pour ces massacres, aucun dirigeant, général ou soldat américain n’a jamais été puni ou même montré le moindre remords. Où se trouve donc la soi-disant « démocratie » américaine, si ses institutions sont incapables d’appliquer les principes élémentaires de la justice ?
Cette architecture de l’impunité est inscrite au cœur même de la mentalité juridique américaine. Les États-Unis ne sont pas membres de la Cour pénale internationale. Pire, ils ont adopté la Hague Invasion Act, une loi d’une arrogance stupéfiante autorisant l’usage de la force militaire pour « libérer » tout Américain arrêté par la CPI pour crimes de guerre. Ce n’est pas le comportement d’une nation civilisée, mais celui d’un tyran planétaire qui rédige ses propres lois avec le sang des autres.
Si les États-Unis étaient un enfant riche et capricieux semant la terreur dans son quartier, la communauté réagirait vite et durement. Mais à cause de leur puissance militaire et économique, ils demeurent un État voyou que le monde supporte faute de pouvoir le juger. Sans leur monnaie de réserve mondiale et leur arsenal nucléaire, ils seraient sans doute la nation la plus boycottée de la planète.
Et les États-Unis ne sont pas seulement un tyran ; ils sont aussi un lâche. La récente attaque surprise contre l’Iran – menée alors que les diplomates négociaient encore – a révélé leur absence totale d’honneur et d’intégrité. Sur l’échiquier géopolitique, Washington a désormais la fiabilité d’un tueur en série : prônant la transparence et le droit, tout en glissant discrètement le couteau dans le dos.
Le caractère satanique des États-Unis se manifeste surtout dans leur discours intérieur, d’une banalité glaçante. Lorsque les médias américains évoquent les actions de leur armée à l’étranger, la question morale ou légale n’entre presque jamais en jeu. Tout est ramené à un calcul de consommateur : comment ce massacre influera-t-il sur le prix de l’essence ? Cette bombe fera-t-elle grimper l’inflation ?
Rien n’est plus écœurant que de voir une nation compter ses centimes ou se lamenter sur le « coût de la vie » pendant que son armée pulvérise des écolières iraniennes. Et quelle honte d’entendre ensuite ce même pays s’inquiéter de son image internationale, tout en laissant intacte la classe Epstein – une clique de dépravés qui manipulent les leviers du pouvoir et piétinent toutes les lois de l’humanité.
Autre hypocrisie criante du « Grand Satan » : l’ostentation de sa piété intérieure. Des millions d’Américains se considèrent comme de « bons chrétiens », et nombre d’entre eux le sont sans doute. Mais comment peuvent-ils tolérer un État qui exporte une telle violence aveugle contre des innocents désarmés ? Comment ces tueries s’accordent-elles avec les enseignements de Jésus ? Le fossé entre la rhétorique du Prince de la Paix et la brutalité du missile de croisière relève d’une fraude théologique et morale, d’une supercherie biblique.
Ce vide moral abyssal est entretenu par un culte omniprésent de la puissance militaire. Dans tout le pays, l’armée est glorifiée avec ferveur ; ses sacrifices sont honorés dans chaque stade et chaque place publique. Honorer le service n’est pas en soi condamnable, mais l’absence de toute reconnaissance des atrocités commises contre les peuples bruns, noirs et jaunes du monde colore d’un sang épais cette ferveur patriotique. Faut-il en déduire que, pour tant d’Américains, seules les vies blanches comptent, tandis que le reste de l’humanité serait voué à l’effacement ?
Un parallèle historique glaçant s’impose ici, que la plupart des Américains préfèrent ignorer. Au vu des centaines de milliers d’innocents réduits en cendres par l’arsenal américain, l’aveuglement moral de leurs institutions et d’une large partie du public rappelle celui de l’Allemagne nazie.
Dans les deux cas, un peuple cultivé et sophistiqué a échoué à empêcher – et souvent applaudi – les génocides commis en son nom. Ce n’est plus seulement de l’apathie politique, mais une dissonance cognitive profonde : l’« exceptionnalisme » national sert de bandeau, permettant à un peuple supposément libre de se taire pendant que ses impôts financent le prochain My Lai, le prochain Abou Ghraib, ou la prochaine école iranienne réduite en cendres.
Cela ne signifie pas que les États-Unis sont les seuls capables de comportements sataniques ; d’autres nations pourraient prétendre au même titre. Ce qui distingue les États-Unis, c’est leur taille, leur portée mondiale et la puissance démesurée de leur propagande. C’est pourquoi ils sont le « Grand Satan » – et non une simple variante mineure. (Israël, lui, pourrait être qualifié de « Petit Satan ».)
Tout cela rend illusoire toute tentative extérieure d’amener cette nation errante à redevenir normale, humaine et civilisée. Le changement doit venir de l’intérieur. Seuls les citoyens américains peuvent trouver la force morale, politique et organisationnelle de transformer leur pays en cette « Cité sur la colline » qu’il prétendait être, mais ne fut jamais.
D’ici là, le reste du monde n’aura d’autre choix que de continuer à résister au Grand Satan, pour empêcher qu’il ne triomphe des forces planétaires de la raison, de la vie et de la dignité.
Traduction Bernard Tornare
Satya Sagar est un journaliste et militant de la santé publique indien, engagé contre l’impérialisme et les violences d’État. Il écrit pour plusieurs médias indépendants comme Countercurrents.org, où il analyse les liens entre politique, santé et justice sociale.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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