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Le Venezuela sous un nouveau panorama : que pouvons-nous attendre ?

par Bernard Tornare 27 Février 2026, 11:48

Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela, devant le Palais législatif à Caracas, le 15 janvier 2026. Bureau de presse de la présidence vénézuélienne

Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela, devant le Palais législatif à Caracas, le 15 janvier 2026. Bureau de presse de la présidence vénézuélienne

Par Ociel Alí López

Les événements du 3 janvier au Venezuela ont eu un impact profond sur la politique, tant en Amérique latine qu’à l’échelle mondiale. Mais, au cœur de la tempête, le gouvernement chaviste conserve une marge de manœuvre importante. Le scénario le plus probable est que, dans les mois à venir, il continue à consolider son pouvoir, affrontant des pressions considérables tout en gagnant du temps, affaiblissant ses adversaires politiques et cherchant des alternatives pour renforcer sa position politique et économique.

 

L’impact du 3 janvier

Quand on observe la récente escalade envers Cuba, l’attaque militaire contre le cartel le plus puissant du narcotrafic au Mexique avec la coopération du renseignement américain, les sanctions contre des fonctionnaires chiliens pour avoir avancé dans l’installation d’un câble sous-marin vers la Chine, ou encore la prise de contrôle par le gouvernement du Panama de ports appartenant à des entreprises chinoises — autant d’actions survenues ces derniers jours — on peut déduire que les opérations menées au Venezuela au début de l’année ont servi de catalyseur au plein développement du « corollaire de Trump » (dérivé de la doctrine Monroe) à travers toute l’Amérique latine. Même dans la manière dont s’installe l’encerclement militaire en Iran, on perçoit le parfum de « victoire anticipée » que Washington a senti dans les Caraïbes.

 

Si la région est ainsi, les tensions sont à leur comble dans ce qui fut la cible des bombardements de janvier. Tous les acteurs politiques vénézuéliens ont été profondément affectés, comme on pouvait s’y attendre, et le terrain symbolique s’en trouve transformé. Pourtant, le scénario de stabilisation du gouvernement chaviste, dans un climat de pacification générale, s’impose progressivement. Des responsables américains de haut rang se rendent à Caracas toutes les deux semaines pour rencontrer des figures politiques officiellement inscrites sur les listes noires de l’OFAC et du Département de la justice des ÉtatsUnis. Pendant ce temps, le blocus s’allège, et le pétrole vénézuélien recommence à irriguer des marchés auparavant interdits.

 

Dans un pays qui, depuis cent ans, vit de la rente pétrolière mais qui subit depuis une décennie crises, émeutes et blocus financiers, cette nouvelle situation alimente un optimisme inattendu pour une économie en croissance depuis 2022.

 

C’est dans ce contexte qu’arrive la Loi d’amnistie.

 

L’amnistie

La Loi d’amnistie constitue la voie la plus rapide par laquelle la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, avec l’appui du chavisme et de l’opposition parlementaire, a initié un tournant politique — une transformation interne du gouvernement visant à « tourner la page » des conflits intenses des dernières années.

 

Les forces politiques internes au Venezuela conservent le contrôle total du pays et gagnent en confiance pour prendre de futures décisions souveraines.

 

Selon le député chaviste Jorge Arreaza, président de la commission parlementaire chargée de la mise en œuvre de cette loi, plus de 4 000 demandes d’application ont été reçues et plus de 3 000 personnes soumises à un régime de présentation ont recouvré leur liberté pleine et entière. Par ailleurs, les conférences de presse des partis d’opposition ont repris : un changement de climat politique s’est installé de facto. Cette nouvelle atmosphère atténue la polarisation, tandis que Washington retire son soutien aux acteurs appelant à une occupation prolongée des ÉtatsUnis. Pour l’heure, l’option María Corina Machado s’essouffle, car elle ne garantit pas l’ordre interne qu’exige la nouvelle géopolitique.

 

C’est un aspect crucial : la mise en place, le 3 janvier, de tout l’appareil technologique, informatique et militaire ayant permis une action éclair — très différente de ce à quoi nous avaient habitués les Américains ailleurs dans le monde — présente aussi une faiblesse majeure : les forces d’occupation n’ont pas pu s’imposer durablement sur le territoire. Cela permet aux forces politiques internes de conserver, bien que sous menace, le contrôle complet du pays et de renforcer leur confiance pour des décisions souveraines à venir.

 

Ainsi, la Loi d’amnistie vise à dissiper le climat d’incertitude apparu après l’élection présidentielle de 2024. Elle cherche aussi à amener les acteurs politiques dissidents à reconnaître l’ordre établi actuel, marginalisant les figures les plus radicales basées à l’étranger, qui faisaient des prisonniers politiques leur principal cheval de bataille. En somme, cette loi favorise une gouvernance accrue et recentre le débat sur les dynamiques internes du Venezuela plutôt que sur les agitations extérieures, où subsistent encore des acteurs nostalgiques d’une réédition du 3 janvier.

 

Une stabilité fragile mais durable

À moyen terme, le scénario ne devrait pas profondément changer au Venezuela. Bien sûr, tout dépendra de l’évolution du conflit en Iran : une nouvelle victoire rapide des ÉtatsUnis et un éventuel contrôle sur le pétrole iranien pourraient raviver leur agressivité envers le pays caribéen. Mais pour l’instant, la figure de Rodríguez fait consensus dans un large éventail politique — des faucons de Washington aux chavistes les plus orthodoxes —, garantissant une paix relative qui semble s’enraciner.

 

À long terme, l’évolution dépendra en grande partie de la politique intérieure des ÉtatsUnis. Depuis le 3 janvier, les gouvernements de gauche latinoaméricains disposent de peu de marge de manœuvre : ils n’ont guère d’autre choix que de concéder certains points et de négocier avec la MaisonBlanche, tout en attendant un essoufflement du trumpisme débridé. L’attention se déplace donc vers le nord, notamment vers les élections de mi-mandat de novembre, qui pourraient provoquer un séisme politique au sein de l’administration actuelle.

 

Les tensions internes montent : le Parti républicain perd en cascade plusieurs scrutins locaux et régionaux ; la Cour suprême, malgré sa majorité conservatrice, commence à adopter des décisions contraires au gouvernement ; et les manifestations qui secouent le Minnesota contraignent ce dernier à reculer. Ce cocktail explosif ouvre la voie à des scénarios troubles, à une forte confrontation politique, voire à une possible destitution — comme l’a luimême reconnu Trump. Tout cela évoque les événements du Capitole de janvier 2021.

 

Dans ce contexte, pour une Amérique latine secouée par la bellicosité de l’administration Trump, la stratégie la plus sensée reste la patience et la prudence : gagner du temps, observer — pop-corn à la main — comment évolue la politique intérieure américaine.

 

Pendant des décennies, les ÉtatsUnis ont incarné la stabilité alors que l’Amérique latine vivait dans le tumulte. Aujourd’hui, la situation s’est inversée : les tensions les plus fortes se trouvent désormais à Washington, et ce qui s’y joue affectera immanquablement les équilibres à travers toute la région.

 

Il faut savoir attendre.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Le Venezuela sous un nouveau panorama : que pouvons-nous attendre ?

Ociel Ali Lopez est sociologue, analyste politique et professeur à l'Université centrale du Venezuela. Il a reçu le Prix municipal de littérature 2015 pour son ouvrage Dale más gasolina et le Prix CLACSO/ASDI 2004 pour les jeunes chercheurs. Il collabore avec divers médias en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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