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Venezuela, territoire de la guerre néocorticale

par Bernard Tornare 13 Janvier 2026, 16:34

Un groupe d'évangéliques prie lors d'un rassemblement de soutien à l'ancien président vénézuélien Nicolás Maduro et à son épouse Cilia Flores, place Bolívar à Caracas. Photo AFP

Un groupe d'évangéliques prie lors d'un rassemblement de soutien à l'ancien président vénézuélien Nicolás Maduro et à son épouse Cilia Flores, place Bolívar à Caracas. Photo AFP

La guerre néocorticale a trouvé au Venezuela son laboratoire. Les services de renseignement, les agences de contreinformation et les groupes de réflexion occidentaux sont en pleine effervescence.

 

Par Marcos Roitman Rosenmann

 

Les nouvelles fabriquent l’opinion. Après les affrontements et l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, les forces d’assaut étatsuniennes, selon les données disponibles, auraient abattu un total de 80 personnes, dont 32 membres des forces armées cubaines. Les informations diffusées par la MaisonBlanche et ses agences de presse recréent une épopée où les expéditionnaires ne subissent aucune perte. Le succès de l’opération met en avant l’efficacité et la trahison des cercles les plus proches du président, sans oublier le rôle de la CIA et de ses infiltrés.

 

Dans le même temps, on remet en question la loyauté des forces armées bolivariennes, accusées de ne pas avoir opposé de résistance. Dans la foulée, Trump annonce sa décision de reconnaître comme interlocutrice légitime la viceprésidente Delcy Rodríguez, déjà soupçonnée de déloyauté envers la révolution bolivarienne. Il lui accorde ainsi le placet pour être désignée « présidente par intérim ». Ses secrétaires d’État et à la Guerre, Marco Rubio et Pete Hegseth, déclarent contrôler le gouvernement vénézuélien, son pétrole et la direction de ses investissements. Dans un geste inattendu, Trump désavoue la figure d’extrême droite et prix Nobel vénézuélienne María Corina Machado comme représentante de l’opération.

 

Sous le prétexte de « contrôler le Venezuela, son gouvernement et ses institutions », Washington convoque les grandes compagnies pétrolières à une réunion pour investir dans l’extraction du pétrole et du gaz, désormais sous son administration directe. Et pour couronner le tout, il invite la Chine et la Russie à ne pas s’en mêler, tout en leur proposant de continuer à acheter le pétrole, désormais sous main américaine. Parmi cette avalanche d’annonces, on laisse entendre que le prétendu cartel des Soles n’existe pas. On parle à peine du communiqué chinois condamnant l’agression et l’enlèvement, ni des sanctions décidées contre les ÉtatsUnis.

 

Des questions ? Aucune. Dossier clos. Les médias internationaux couvrant les faits valident et reproduisent le récit officiel. Ce n’était pas une invasion, mais une « opération d’extraction éclair ». Ce n’était pas un enlèvement, mais « la capture d’un dictateur ». Et l’on met en avant, comme note d’espoir, un projet de « transition démocratique » à moyen terme.

 

Pourtant, cette version soulève de nombreuses zones d’ombre :

Les soldats qui ont résisté tiraientils leurs projectiles en l’air, tandis que les forces d’occupation visaient le corps ? Les assaillants n’auraientils subi aucune perte ? La trahison estelle la véritable explication ou une manœuvre de diversion pour brouiller l’analyse ? Trump pouvaitil imposer un président, ou bien l’enlèvement du chef d’État activetil l’article 233 de la Constitution, qui confère le pouvoir à la viceprésidente ? Pourquoi impliquer María Corina Machado dans l’équation ? Le Venezuela interdisaitil le commerce pétrolier avec les compagnies étrangères, ou bien subissaitil simplement les sanctions ? Les prisonniers politiques l’étaientils de façon arbitraire ? Et la reprise des relations diplomatiques avec les ÉtatsUnis, estce une revendication unilatérale ?

 

Toutes ces questions, et d’autres encore, sont balayées d’un revers de main. Les déclarations de Trump, de ses secrétaires d’État et à la Guerre et des membres du personnel de la MaisonBlanche sont prises pour argent comptant. Agences de presse, youtubeurs, influenceurs et commentateurs les relaient sans détour.

 

« Qu’on se réjouisse ! », clameton, « le dictateur a été capturé ! ». La violation du droit international devient un détail mineur, qu’on pourra toujours justifier plus tard, surtout pour les pays qui ne condamnent pas l’enlèvement et ne réclament pas la libération immédiate des détenus. L’Union européenne, par exemple, se contente d’un communiqué. N’auraitil pas été possible, au contraire, que les pays européens déclarent les ambassadeurs américains personae non grata et rappellent les leurs pour consultation ?

 

Et pendant ce temps, silence sur l’essentiel : que pensent les dirigeants vénézuéliens, les leaders syndicaux, les mouvements sociaux ? Quelle est la position du Parti socialiste uni du Venezuela ? Quelles réflexions traversent les mouvements populaires, les forces armées et le pouvoir communal ? Certes, le choc des bombardements et de l’enlèvement a d’abord paralysé le pays, mais les décisions prises par le gouvernement vénézuélien semblent aller à rebours du récit de la MaisonBlanche et en démentent les fondements.

 

La guerre néocorticale a son laboratoire au Venezuela. Les services de renseignement, les agences de contreinformation et les groupes de réflexion occidentaux s’y activent sans relâche. La faculté de penser, constitutive de l’être humain, est devenue une cible. Les sciences sociales, instrumentalisées par les centres de pouvoir, construisent des scénarios prospectifs de contrôle social destinés à détruire la résistance cognitive face aux décisions qui violent la dignité humaine — comme on le voit dans le génocide en Palestine et l’agression contre le Venezuela.

 

L’Occident est en crise. Nous vivons une époque de guerre mondiale déclarée unilatéralement par la puissance dominante, les ÉtatsUnis, qui refusent de perdre leur contrôle face à l’émergence de nouveaux acteurs internationaux — les BRICS et la Chine — capables, sous de nouveaux paramètres d’échange, de redéfinir l’ordre mondial. L’agression contre le Venezuela, la volonté d’acheter ou d’envahir le Groenland, la menace d’intervenir sur le territoire mexicain : tout cela, pour Washington, relève d’une logique de survie. Les pays alliés, tout comme leurs populations, deviennent à leur tour des cibles à neutraliser et à soumettre.

 

La guerre néocorticale est une guerre globale. La psychologie comportementale, les neurosciences, les technologies de l’information — cybernétique et théories de la complexité — ainsi que l’intelligence artificielle produisent désormais des armes destinées à « réguler la conscience, les perceptions et la volonté de leadership de l’adversaire ». Son objectif : paralyser chez l’ennemi le cycle d’observation, d’orientation, de décision et d’action — en somme, annihiler sa capacité de comprendre.

 

Ainsi se brise la volonté, jusqu’à la défaite mondiale de la pensée critique. Dans ce contexte, les temps sont bien mauvais pour la dignité, la démocratie et la paix mondiale.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

 Venezuela, territoire de la guerre néocorticale

Marcos Roitman Rosenmann est un docteur en sciences politiques et sociologie chilenoespagnol. Il est professeur titulaire de sociologie à l’Université Complutense de Madrid, où il enseigne notamment la structure sociale de l’Amérique latine.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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