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Venezuela : les manifestations pour Maduro et ce que les médias ne veulent pas voir

par Bernard Tornare 21 Janvier 2026, 15:01

Image générée par IA à des fins d'illustration uniquement.

Image générée par IA à des fins d'illustration uniquement.

Par Alex Márquez

Les manifestations du Venezuela – ignorées par les médias – témoignent d'un soutien à Maduro, fils de luttes sociales et ethniques. Ce n'est pas l'innocence du régime, mais le reflet d'un bloc social qui a conquis droits et visibilité. L'illusion occidentale ignore les classes, l'histoire et la réalité.

 

Le Venezuela, les rues et Maduro

Depuis plusieurs jours, les rues du Venezuela se remplissent de cortèges et de manifestations réclamant la libération de Nicolás Maduro, prisonnier aux États-Unis après avoir été enlevé par les forces armées américaines. Des images qui franchissent rarement les frontières médiatiques occidentales – comme si elles appartenaient à un univers parallèle – laissent entrevoir un pays vivant, divisé et complexe, bien loin de la narration monochrome de la presse dominante.

 

Mais que racontent vraiment ces cortèges ? Il ne s'agit ni d'une célébration du régime, ni d'un retour miraculeux à une « démocratie bolivarienne » immaculée, mais plutôt d'une mosaïque sociale stratifiée, où s'entrecroisent des ethnies, des classes et des histoires partagées.

 

De nombreux commentateurs occidentaux semblent incapables de comprendre le fait le plus évident : le soutien populaire à Maduro n'est pas synonyme d'innocence gouvernementale ni d'absence de répression. Il représente plutôt la manifestation d'un bloc social qui, grâce à la révolution bolivarienne, a accédé à une certaine visibilité et à une protection minimale. Avant Chávez, des milliers d'autochtones vénézuéliens ne possédaient même pas de carte d'identité, symbole d'une exclusion systémique. Les bénéfices concrets – accès à l'éducation, aux soins, aux syndicats et aux services sociaux – ont tissé des liens profonds avec le pouvoir, des liens qui échappent aux manuels de géopolitique occidentale.

 

La polarisation sociale comme clé d'analyse

Pour comprendre réellement ce qui se passe au Venezuela, il ne suffit pas d'étiqueter les manifestations de « propagande » ou d'« illusion ». Ignorer les fractures sociales et ethniques revient à nier la réalité concrète de millions de citoyens confrontés à des décennies d'exclusion, de précarité et d'identité niée par la stagnation économique et politique.

 

La Révolution bolivarienne, inaugurée par Hugo Chávez à la fin des années 1990, a cherché à construire un socle de soutien populaire radical grâce à des politiques de redistribution de la rente pétrolière, à des programmes d'alphabétisation, de santé gratuite et de « missions » sociales dans les quartiers les plus pauvres. Ces initiatives, malgré leurs limites et leurs contradictions, ont transformé la composition politique du pays et intégré les secteurs marginalisés jusquelà exclus des réseaux de protection de l'État.

 

Le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), fondé par Chávez et aujourd'hui dirigé par Nicolás Maduro, a maintenu et étendu ces structures d'intégration politique, permettant à des centaines de milliers de travailleurs informels et de populations urbaines pauvres et périphériques de s'incorporer à un projet collectif qui les reconnaissait comme acteurs politiques, et non plus comme marginaux.

 

Cependant, cette inclusion a eu ses coûts : la crise économique, la chute du prix du pétrole et la perte de pouvoir d'achat ont progressivement érodé la qualité de vie, transformant ces « partisans » en une base sociale plus fragile et moins monolithique qu'il n'y apparaît en première vue.

 

En parallèle, la classe moyenne vénézuélienne – plus vaste et enracinée qu'on ne le pense en Occident – ​​s'est appauvrie sous l'effet de la contraction économique, de l'inflation galopante et de la fuite des capitaux et des compétences.

 

Cette classe, plus proche des modèles occidentaux de consommation et de représentation politique, a souvent adopté une position critique envers tout contrôle étatique fort, alimentant ainsi une polarisation extrême. Le clivage ne s'établit pas simplement entre « le peuple » et « le régime », mais entre des groupes sociaux porteurs d'histoires divergentes d'inclusion, d'exclusion et de visions contrastées de la justice et de la démocratie.

 

Ignorer les dynamiques de classe et d'identité revient à simplifier à outrance un phénomène profondément enraciné et historiquement construit.

 

L’illusion occidentale face à une société en ébullition

Le récit dominant des médias occidentaux tend à réduire le Venezuela à une caricature de dictature ou à une tragédie humanitaire aisée à classer. En réalité, la situation est infiniment plus complexe, ancrée dans des processus historiques et sociaux internes au pays.

 

La Loi fondamentale bolivarienne, l'usage d'outils tels que le Carnet de la Patria pour accéder aux politiques sociales, et la construction d'un bloc politicopopulaire ont permis de donner une et des droits matériels aux secteurs jusquelà marginalisés.

 

Mais ces mêmes instruments ont été prononcés par l'opposition comme des outils de clientélisme politique, révélant que les tensions essentielles ne se jouent pas simplement entre démocrates et autoritaires, mais entre différentes visions de la participation populaire et de la justice sociale.

 

La fracture sociale s'exprime autant dans la rue que dans l'économie : l'effondrement des prix du pétrole, la pénurie de biens essentiels et la chute de la production pétrolière ont exacerbé les inégalités existantes, poussant de larges pans de la population à manifester pour des raisons économiques plutôt qu'idéologiques.

 

La perception occidentale d'un pays « écrasé entre autoritarisme et misère » passe ainsi à côté de l'essentiel : au cœur du Venezuela, la lutte pour le pain quotidien, pour l'accès à la santé et pour la reconnaissance politique est indissociable de l'histoire des classes sociales.

 

Nier la dimension de classe revient à se réfugier dans une lecture rassurante du monde : celle où les catégories sociales auraient disparu et où tout conflit se réduirait à une opposition entre bons et méchants. Or la réalité, plus brûlante, est celle d'une société en ébullition, où les nostalgies pour des acquis sociaux perdus se mêlent à l'expérience concrète de l'exclusion, de l'appauvrissement et de l'identité refusée.

 

Une société où l'illusion d'une démocratie libérale extérieure sert surtout à masquer sa propre myopie politique, plutôt qu'à comprendre les véritables fractures qui traversent la vie quotidienne des Vénézuéliens.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en italien

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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