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Venezuela : en première ligne du Sud global

par Bernard Tornare 4 Novembre 2025, 17:40

Ivan Mc Gregor / Anadolu / Gettyimages.ru

Ivan Mc Gregor / Anadolu / Gettyimages.ru

Par Oleg Yasinsky

Derrière les menaces renouvelées des États-Unis contre le Venezuela se cache une vieille histoire d’arrogance impériale, soutenue par une série de mythes diffusés à la fois par l’extrême droite et par des secteurs qui osent encore se prétendre « de gauche ».

 

Plus choquant encore que cette offensive permanente, c’est le silence complice du soi-disant « progressisme démocratique ». Où sont passées leurs voix alors que les Caraïbes connaissent un harcèlement militaire quotidien de la part des forces armées américaines ? Ces « gauches » fabriquées dans les laboratoires de Soros et de ses disciples, qui ont troqué le marxisme-léninisme contre un pseudo-humanisme pasteurisé à la sauce Iglesias ou Boric, se sont scandalisées devant une prétendue « fraude électorale » au Venezuela, mais ne trouvent rien à redire à une nouvelle guerre préparée contre les peuples de notre continent.

 

Quant au prétexte de la « lutte contre le narcotrafic », il ne trompe plus personne. Même les institutions occidentales reconnaissent que seules 5% des drogues latino-américaines partent des côtes vénézuéliennes, et que 70% de cette infime quantité sont interceptées par les autorités du pays. En somme, on parle de 2 à 3% du trafic mondial : un chiffre ridicule pour justifier une menace militaire. Mais à l’ère de la « post-vérité », Washington ne se fatigue même plus à rendre ses mensonges crédibles.

 

Les États-Unis n’ont pas découvert hier le pétrole du Venezuela, ni le fait que Caracas refuse depuis longtemps de jouer le rôle de chien fidèle de l’empire. Alors pourquoi cette escalade maintenant ? Parce que le pouvoir américain, en perte de vitesse, cherche à resserrer son emprise sur les ressources vitales du monde avant la grande confrontation qu’il prépare contre la Chine.

 

Cette guerre annoncée contre Pékin n’est pas seulement dirigée contre la Chine : elle vise tout ce qui échappe encore à l’hégémonie impériale. Et dans ce contexte, le contrôle du pétrole vénézuélien devient un objectif stratégique de premier ordre.

 

Washington réactive donc sa doctrine de domination sur le bassin caraïbe et la façade pacifique de l’Amérique du Sud pour contenir la présence chinoise. C’est dans cette logique qu’on voit revenir les bases américaines, les régimes fantoches à l’image d’El Salvador ou de l’Équateur, et la multiplication des menaces à peine voilées contre Cuba, le Nicaragua et bien sûr le Venezuela.

 

La récente remise du prix Nobel de la paix à María Corina Machado en dit long. Ce geste ne symbolise pas la reconnaissance d’une « opposante démocratique », mais l’inauguration officielle d’une nouvelle phase d’agression concertée entre les différents pôles du pouvoir occidental. Trump a beau dire qu’il ne sait pas qui elle est, le message est clair : le Nobel de la paix devient aujourd’hui un signal de guerre.

 

Pendant que les médias ôtent leurs masques pour parler ouvertement d’une « intervention militaire inévitable », les experts de plateaux s’agitent, multiplient les « analyses » et fabriquent du bruit pour masquer la réalité : Washington se prépare à lancer une nouvelle guerre coloniale.

 

Si les États-Unis osent franchir cette ligne, quatre conséquences sont certaines :

Le peuple vénézuélien résistera avec une détermination que les stratèges impériaux sont loin d’imaginer. Toute tentative de prise de contrôle se paierait par de lourdes pertes pour l’envahisseur, et Trump devrait rendre des comptes devant son opinion publique.

 

Une intervention mettrait le feu à toute l’Amérique latine. Les réactions anti-impérialistes, les sabotages, les attaques contre les symboles de l’empire et surtout l’éveil d’une conscience continentale donneraient naissance à une nouvelle unité populaire.

 

Les voisins du Venezuela savent que, quel que soit leur gouvernement, ils figurent, eux aussi, sur la liste du Département d’État. Cette fois, il ne s’agit plus de corrompre des marionnettes locales, mais de liquider la souveraineté nationale du Río Grande à la Patagonie, tout en démantelant l’État comme institution, exactement ce que tente Javier Milei en Argentine.

 

Au-delà du pétrole, le véritable objectif de Washington est de faire peur à tout le Sud global et d’imposer une vérité brutale : aucun pays ne peut affronter le monstre seul.

 

L’histoire approche d’un point de bascule. Il ne s’agit plus de contempler l’horloge : il faut agir, comprendre que la défense du Venezuela dépasse les frontières et qu’elle incarne la résistance du Sud global tout entier face à l’empire.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Venezuela : en première ligne du Sud global

Oleg Yasinsky est un journaliste chilien-ukrainien, contributeur de médias indépendants latino-américains tels que Pressenza.com, Desinformemonos.org et autres, chercheur sur les mouvements indigènes et sociaux en Amérique latine, producteur de documentaires politiques en Colombie, en Bolivie, au Mexique et au Chili, auteur de plusieurs publications et traducteur de textes d'Eduardo Galeano, Luis Sepúlveda, José Saramago, Subcomandante Marcos et d'autres en russe.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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