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Le Pentagone confirme des « frappes de décapitation » contre le Venezuela alors qu’une armada se déploie

par Bernard Tornare 3 Novembre 2025, 16:23

Le Pentagone confirme des « frappes de décapitation » contre le Venezuela alors qu’une armada se déploie
Par Gary Wilson

Une immense armada navale et aérienne, la plus imposante dans les Caraïbes depuis une génération, se rassemble au large des côtes du Venezuela. Le Pentagone parle d’un « déploiement de sécurité régionale ». Mais tout, dans son apparence, son bruit et ses mouvements, évoque la guerre.

 

Ce que Washington construit n’est pas une simple démonstration de force : c’est une posture offensive visant à briser la résistance de la République bolivarienne et à instaurer à Caracas un ordre docile, favorable aux États-Unis. Le changement de régime n’est pas un effet collatéral de cette mobilisation ; il en est l’objectif central.

 

Le changement de régime au cœur de l’opération

Des enquêtes du Wall Street Journal et du Miami Herald confirment ce que les observateurs et les responsables vénézuéliens dénoncent depuis longtemps : le Pentagone et la Maison-Blanche ont établi des listes de cibles à l’intérieur du Venezuela et discuté de « frappes de décapitation » destinées à éliminer la direction du pays.

 

Le déploiement fonctionne à la fois comme guerre psychologique et comme préparation militaire. Son but est d’intimider les officiers vénézuéliens, de fracturer les loyautés au sein des forces armées et de présenter un fait accompli que les plus faibles préféreront subir plutôt que combattre.

 

Comme l’a résumé Christopher Hernandez-Roy, chercheur principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, toute cette mise en scène « est conçue pour faire trembler le régime Maduro ».

 

En d’autres termes : Washington espère effrayer les généraux au point qu’ils trahissent leur gouvernement, ou disposer de la puissance de feu nécessaire si l’intimidation échoue. C’est là une pratique impérialiste classique : déstabiliser de l’extérieur en attendant des fissures internes.

 

Une force massive aux portes du Venezuela

Au centre de l’opération se trouve l’USS Gerald R. Ford, le porte-avions le plus récent et le plus coûteux jamais construit. Avec son groupe d’escorte et ses unités de soutien, le Ford amène près de 10 000 militaires dans la région. Il est accompagné de plusieurs destroyers lance-missiles, d’un sous-marin nucléaire et du MV Ocean Trader, un navire-base des forces spéciales capable de déployer hélicoptères et équipes amphibies.

 

La puissance aérienne, elle, s’étend à l’échelle du continent : les chasseurs furtifs F-35 opèrent depuis la Floride et Porto Rico ; les bombardiers B-1B effectuent des patrouilles longue portée depuis le Texas et le Dakota du Nord ; et les avions de surveillance P-8 Poseidon réalisent presque quotidiennement des missions de renseignement au-dessus des Caraïbes. L’architecture logistique et de commandement mise en place pourrait soutenir des frappes aériennes et navales prolongées sur l’ensemble du nord de l’Amérique du Sud.

 

Même le sol se transforme en plateforme de guerre. Le complexe naval de Roosevelt Roads à Porto Rico — fermé depuis 2004 — est réhabilité comme base de lancement des opérations régionales. Des aéroports civils à Porto Rico et à Sainte-Croix sont militarisés : nouveaux dépôts de munitions, tours de contrôle mobiles, pistes allongées. Tout indique l’intention d’assurer une projection de puissance permanente dans l’hémisphère.

Ce n’est pas un exercice. C’est un réseau opérationnel avancé.

 

Menaces contre la souveraineté régionale

Les autorités vénézuéliennes ont dénoncé ces déploiements comme un acte d’agression. Le président Nicolás Maduro a averti que l’administration Trump « fabrique une nouvelle guerre éternelle contre le Venezuela ». Pour de nombreux gouvernements d’Amérique latine — de Caracas à La Havane, de Managua à Bogotá, et dans tout le bassin caribéen — l’armada constitue une menace directe contre la souveraineté régionale.

 

Cuba, qui résiste depuis plus de soixante ans aux blocus et aux tentatives d’invasion des États-Unis, a condamné la mobilisation comme une nouvelle étape dans la campagne visant à étouffer les nations indépendantes du continent. Le gouvernement cubain a averti que cette escalade « ravive les plus sombres traditions de la diplomatie de la canonnière ».

 

Le Nicaragua, cible historique des interventions et des sanctions américaines, a tenu le même discours. Le président Daniel Ortega y voit « une menace non seulement pour le Venezuela, mais pour toute l’Amérique latine qui refuse de s’incliner devant l’empire », estimant qu’il s’agit d’une tentative américaine de « renverser les gouvernements » de la région, selon un reportage d’Al‑Mayadeen English.

 

Le président colombien Gustavo Petro a dénoncé la présence américaine comme une violation de l’autonomie latino-américaine, déclarant : « L’agression vise toute l’Amérique latine et les Caraïbes », selon l’agence Reuters. Dans les îles, les dirigeants craignent qu’un simple prétexte, réel ou fabriqué, n’enflamme un conflit régional.

 

Le contrôle des vastes réserves pétrolières du Venezuela reste évidemment en toile de fond. Depuis longtemps, les stratèges américains cherchent à ramener ces ressources sous domination impériale. Après l’échec, en 2019, du projet d’installer Juan Guaidó, protégé de Washington, les États-Unis ont recouru aux sanctions, à l’isolement diplomatique, puis, désormais, à la militarisation ouverte.

 

L’opération de Guaidó en 2019 s’était elle-même appuyée sur Los Rastrojos, groupe narco-paramilitaire colombien lié au trafic de drogue frontalier. Des photos publiées par la presse colombienne et internationale ont montré Guaidó posant aux côtés de membres du gang qui l’avaient aidé à franchir la frontière lors de la mascarade d’« aide humanitaire » soutenue par les États-Unis. L’épisode a révélé à quel point le projet de coup d’État américain s’enracinait dans les réseaux criminels du narcotrafic régional.

 

Les nouveaux déploiements marquent la poursuite de cette même stratégie : lorsque la pression politique et économique échoue, la coercition ouverte prend le relais.

 

Les coûts de l’empire

Le tribut humain et financier est déjà considérable. Faire fonctionner un groupe aéronaval et des missions de bombardiers longcourrier coûte au moins 18 millions de dollars par jour, soit plus de 600 millions depuis le début du déploiement. Des milliards ainsi détournés vers la domination, alors que des dizaines de millions d’Américains subissent des coupes dans l’aide alimentaire, le logement ou les soins de santé.

 

La violence a suivi ce dispositif. Au moins 14 frappes aériennes et navales américaines dans les Caraïbes et le Pacifique ont tué quelque 61 personnes — pour la plupart non identifiées — que le Pentagone a qualifiées d’« hostiles ». Des familles de plusieurs îles affirment pourtant que les morts étaient des pêcheurs, non des combattants.

 

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a condamné ces attaques, déclarant :

« Ces attaques — et leur coût humain croissant — sont inacceptables. Les États-Unis doivent y mettre fin et prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter les exécutions extrajudiciaires de personnes à bord de ces bateaux. » (Al Jazeera)

 

Ces tragédies ne sont pas des accidents isolés. Elles sont le produit prévisible d’une politique militaire qui transforme des mers entières et des peuples entiers en champs de bataille dans une campagne de réaffirmation impériale.

 

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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