Titre original : Trump déclare la guerre aux idées : l’anticapitalisme sera considéré comme un « pré-crime »
Avec la « Loi sur l’insurrection », il pourra déployer des troupes militaires sur l’ensemble du territoire national. Le prochain objectif de l’État sera-t-il la pensée critique ?
Les États-Unis changent, mais pas pour le meilleur. Les dernières décisions et déclarations de Donald Trump, entre menaces de militarisation et persécution des idées, ont déclenché l’alarme, même chez ceux qui le soutenaient autrefois. Assistons-nous à la naissance d’une nouvelle forme d’autoritarisme made in USA ?
Aux États-Unis, quelque chose que l’on croyait enseveli sous des décennies de démocratie formelle et de droits constitutionnels se réveille avec une force plus qu’inquiétante. Comme un spectre mal enterré, des pratiques autoritaires — que beaucoup pensaient dépassées — font leur retour, mais cette fois non sous le prétexte d’une guerre ou d’une urgence nationale, mais comme une partie d’un projet politique systématique. Un projet qui a un nom, un visage, et qui rassemble des millions de partisans : Donald Trump.
Depuis des années, Trump flirte avec les limites de ce qui est permis. Mais ce que beaucoup voyaient comme une simple fanfaronnade populiste commence aujourd’hui à se consolider en un programme politique aux accents répressifs de plus en plus explicites.
Ce qui n’était autrefois que rhétorique incendiaire semble désormais se traduire en mémos, discours militaires et menaces d’intervention directe contre des citoyens et des mouvements sociaux.
Trump n’est pas une anomalie, c’est le symptôme d’une classe dominante en crise
À présent, même nombre d’Américains, dont certains avaient voté pour lui, commencent à réaliser que ce qui est en jeu n’est plus seulement une élection. C’est la démocratie libérale telle qu’ils la connaissaient et l’interprétaient.
Un nouvel ennemi intérieur : l’anticapitalisme
Le premier signe révélateur de ce virage répressif est arrivé avec un document tout juste publié, digne d’une dystopie : un mémorandum de sécurité nationale dans lequel l’anticapitalisme est catalogué non comme un courant idéologique légitime, mais comme un « pré-crime », une menace à surveiller, traquer et neutraliser.
Selon le mémorandum de sécurité nationale signé par Trump, l’anticapitalisme figure parmi les « indicateurs de violence politique naissante » que le gouvernement doit « détecter, prévenir et protéger ».
Le texte affirme que cette violence politique « n’est pas une série d’incidents isolés…, c’est le résultat de campagnes sophistiquées et organisées… destinées à faire taire le discours opposé ».
Par de telles formulations, Trump vise directement la pensée critique qu’il considère dangereusement suspecte. Faire de l’idéologie anticapitaliste un « pré-crime politique », c’est plus qu’une provocation rhétorique : c’est poser les bases légales pour surveiller, poursuivre et censurer les idées.
Dit sans détour, la dissidence contre le système économique, même purement verbale, n’est plus vue comme une opinion, mais comme un délit en puissance.
Ce type d’opération n’est pas nouveau dans l’histoire du pouvoir. Quand les grands intérêts économiques sentent leur hégémonie culturelle et politique menacée, leurs mécanismes de défense s’activent, et historiquement, ils sont généralement brutaux.
Qualifier l’anticapitalisme de délit, ce n’est pas simplement s’attaquer à une idéologie. C’est surtout un avertissement sérieux à des millions de travailleurs, étudiants, intellectuels, activistes et mouvements qui depuis des décennies dénoncent la montée fulgurante des inégalités aux États-Unis.
Le message est clair : quiconque remet en question le système économique sera considéré comme une menace pour la nation.
La loi sur l’insurrection comme bouton de panique
Ce qui alarme le plus une large part de la société américaine, c’est la volonté de Trump d’utiliser la Loi sur l’insurrection pour déployer des troupes militaires sur le territoire national. Non pas contre des bandes armées ou des groupes paramilitaires, mais contre des citoyens, des manifestants et même contre des gouverneurs qui ne respecteraient pas sa ligne politique.
Et cela n’a rien d’exagéré. Trump a publiquement affirmé qu’il pourrait recourir à cette loi si les tribunaux bloquaient ses projets de militarisation des villes. Il a également insinué qu’il n’hésiterait pas à « rétablir l’ordre » dans les zones dans lesquelles les gouvernements locaux, surtout les démocrates, s’opposent à ses interventions.
Autrement dit, on prépare un modèle d’intervention fédérale fondé sur l’usage des forces armées pour écraser la protestation sociale, tout cela au nom de la sécurité. Parce que lorsque le pouvoir se sent menacé, le langage de la liberté devient un piège.
Le Venezuela comme « laboratoire d’essai »
Pendant qu’il se prépare à déployer des troupes contre sa propre population, Trump se vante publiquement des « succès » de ses missions militaires à l’étranger. Il a récemment déclaré, lors d’un événement, qu’il n’y a « plus de bateaux » dans les eaux du Venezuela, faisant référence à une opération navale supposée destinée à combattre les cartels de la drogue.
Derrière cette formule, exprimée avec l’orgueil qui le caractérise, se cache une logique bien connue : utiliser des opérations militaires extérieures comme répétition générale pour justifier ensuite l’usage de la force à l’intérieur, légitimer l’armée comme outil politique interne et construire le récit de l’ennemi extérieur qui permet ensuite la répression interne.
En d’autres termes, ce qui est expérimenté hors des frontières sert de test pour ce qu’on veut appliquer à l’intérieur. Et dans cette logique, le peuple américain pourrait être, sans le savoir, entraîné à accepter une nouvelle normalité : celle de vivre sous surveillance, menace et contrôle permanent.
Lorsque le pouvoir a besoin de classer des idées comme des crimes, c’est qu’il ne lui suffit plus de croire avoir raison
Ordre ou autoritarisme ?
Ce que l’on observe n’est ni un accident isolé ni un coup de sang de campagne. C’est une partie d’un projet autoritaire qui, sous couvert du nationalisme et de la légalité, prétend reformuler le contrat social américain.
Trump sait qu’il ne peut freiner la vague croissante d’insatisfaction par de simples discours. C’est pourquoi il mise désormais sur la militarisation, la criminalisation de la dissidence et la création d’ennemis intérieurs, comme l’anticapitalisme, pour justifier le durcissement de l’appareil d’État.
Le plus préoccupant est que ce virage répressif ne vise pas seulement à consolider un gouvernement fort, mais à reconfigurer le sens même de la citoyenneté. Une citoyenneté à laquelle dissidence rime avec suspicion, protester devient subversif et s’organiser, dangereux.
Un futur sous surveillance
Beaucoup pensaient que l’histoire avançait en ligne droite vers plus de liberté, plus de droits, plus de démocratie. Mais, comme souvent, l’histoire, bien qu’elle semble avancer, tourne parfois en rond. Occasionnellement, elle revient avec un masque de modernité sur des scènes déjà connues. Aujourd’hui, cet autoritarisme ne se présente pas sous la forme d’un coup d’État militaire, mais, dans le cas des États-Unis, comme une stratégie électorale.
Trump n’est pas une anomalie. Il est le symptôme manifeste d’une classe dominante américaine soumise à de graves tensions économiques et géopolitiques, dans un monde où d’autres puissances de même nature socio-économique l’acculent sur un ring où, jusqu’à récemment, elle n’avait pas de concurrents sérieux.
Le nouveau contexte mondial, défavorable, ne lui permet plus de maintenir le consensus sur l’hégémonie qu’elle avait appréciée durant des décennies. Dès lors, face à ce qu’elle considère une « situation de harcèlement » multilatéral, elle s’emploie à restaurer les anciens équilibres et n’hésite pas à recourir à la coercition, sur les fronts intérieur et extérieur.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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