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Le devoir de défendre le Venezuela

par Bernard Tornare 10 Octobre 2025, 11:53

Image d’illustration : Getty Images

Image d’illustration : Getty Images

Par Sacha Llorenti

Il ne s’agit pas d’une figure de style que de dire que les canonnières impériales pointent leurs armes contre le Venezuela. C’est exactement ce qui se passe, avec le déploiement militaire sans précédent des États-Unis : des navires de guerre armés de missiles, des avions et des hélicoptères de combat, des drones, un sous-marin nucléaire et des milliers de soldats concentrés dans la mer des Caraïbes. 

 

Pour démontrer la brutalité de sa puissance guerrière, Donald Trump a ordonné la destruction de trois embarcations qui, selon lui, transportaient de la drogue à destination des États-Unis. Le 2 septembre, le premier bombardement fit 11 morts ; le 15 septembre, quatre autres personnes furent tuées. Rien n’a filtré sur le troisième assaut, si ce n’est la déclaration de Trump : « Nous avons abattu en réalité trois bateaux, pas deux, mais vous n’en avez vu que deux. » 

 

Ces attaques ont été commises dans des zones non déclarées en état de guerre, contre des civils ne représentant aucune menace, sans procès ni procédure judiciaire. Ce n’est que le 2 octobre 2025, bien après ces frappes, que Trump a envoyé un mémorandum au Congrès américain affirmant que son pays se trouvait engagé dans un « conflit armé non international avec les cartels de la drogue ». Ces exécutions sommaires sont des crimes de guerre, en violation flagrante du droit international et, très probablement, des lois américaines elles-mêmes. 

 

Plus récemment, la chaîne NBC a révélé que Washington prépare plusieurs scénarios d’attaques militaires contre le Venezuela. En prévision de cette éventualité, le gouvernement du président Nicolás Maduro s’organise pour défendre sa souveraineté, mobilisant forces armées et citoyens. Le 29 septembre, il a signé un décret d’« état d’urgence extérieure », prêt à être activé en cas d’agression. 

 

L’arsenal rhétorique 

Depuis l’ère de George W. Bush, toutes les administrations américaines déploient leur arsenal rhétorique contre le Venezuela. Les accusations se succèdent : défense de la démocratie, terrorisme, liens supposés avec les guérillas colombiennes des FARC et de l’ELN… Jusqu’à cette déclaration emblématique de Barack Obama présentant le Venezuela comme une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité intérieure de la plus grande puissance militaire que l’humanité ait connue. 

 

Sous la première présidence Trump, ce discours fut reconduit, mais agrémenté de la carte de « l’aide humanitaire », véritable cheval de Troie destiné à justifier des actions militaires depuis la frontière colombienne. Sous Joseph Biden, à la rhétorique de la « défense de la démocratie » s’ajouta celle du narcotrafic. Dans son second mandat, Trump a intensifié les attaques, mêlant à tout cela une prétendue croisade antidrogue, une offensive raciste contre les migrants et une campagne visant à réduire la présence chinoise en Amérique latine. 

 

Par tous les moyens 

Depuis 26 ans de Révolution bolivarienne, les États-Unis et l’oligarchie vénézuélienne ont financé, organisé et exécuté quantité de plans pour renverser les gouvernements d’Hugo Chávez et de Nicolás Maduro : tentatives de coups d’État, sabotages de l’industrie pétrolière, du réseau électrique, projets d’assassinats politiques, recrutement de mercenaires pour mener des incursions armées et des attentats sur le sol vénézuélien, tentatives de division au sein des Forces armées afin de provoquer des soulèvements. 

 

Les centaines de mesures coercitives unilatérales — de véritables mesures d’extorsion — ont infligé des dommages dont peu de nations auraient pu se relever. Avant leur application, le Venezuela tirait plus de 56 milliards de dollars de revenus pétroliers ; après, ce chiffre chuta à 700 millions, soit à peine 1 %. La guerre économique, commerciale et financière visait à briser l’économie et, avec elle, les structures de cohésion sociale et politique du pays. Même la pandémie fut utilisée comme une arme pour atteindre ces objectifs. 

 

Les échecs impériaux 

Depuis l’époque d’Hugo Chávez, ces efforts ont échoué. Washington pensait qu’après sa mort, la cohésion civico-militaire se désagrégerait. C’était sans compter sur Nicolás Maduro, qui non seulement maintint la continuité du processus révolutionnaire, mais sut aussi résister aux attaques venues de Washington, éviter l’isolement international, diversifier l’économie, en relancer la croissance, vaincre les campagnes de stigmatisation et renforcer l’unité du peuple vénézuélien. 

 

C’est le pétrole, mon ami 

Dans son livre The Threat, l’ex-directeur par intérim du FBI, Andrew McCabe, rapporte qu’en juillet 2017, lors d’une réunion, Donald Trump demanda : « Pourquoi ne sommes-nous pas en guerre avec le Venezuela ? Ils ont tout ce pétrole, et ils sont juste à notre porte. » 

 

Plus tard, en 2023, alors qu’il n’était plus au pouvoir, Trump déclara à une foule : « Nous rachetons du pétrole au Venezuela ; quand j’ai quitté la présidence, le pays était sur le point de s’effondrer. Nous aurions pu nous en emparer et garder tout ce pétrole. » 

 

Nul doute : s’emparer du pétrole vénézuélien est une obsession de toutes les administrations américaines. Mais ce n’est pas la seule. Le Venezuela est l’un des pays les plus riches du monde : ses ressources naturelles, renouvelables et non renouvelables, sont immenses, et sa position géographique stratégique. 

 

Les ÉtatsUnis et leurs alliés se sont déjà emparés par la force du pétrole irakien en 2003, au prix de plus d’un million de morts. En Libye, leur intervention de 2011 a causé plus de 120 000 morts ; le pays demeure plongé dans le chaos, avec deux banques centrales gérant deux pôles pétroliers destinés à garantir des prix avantageux pour les marchés européens. 

 

En Syrie, en 2024, avec le soutien des ÉtatsUnis, de la France et du RoyaumeUni, le chef d’AlQaïda, Al Sharaa, a pris le pouvoir après une guerre ayant coûté la vie à plus de 500 000 personnes. Il n’est pas anodin de rappeler qu’avant la chute du gouvernement syrien, les gisements pétroliers étaient déjà tombés entre les mains de ceux qui ont sponsorisé la montée d’Al Sharaa. Ces mêmes puits furent d’ailleurs les premières cibles de l’offensive impériale contre ce pays. 

 

Aujourd’hui, alors que se poursuit le génocide contre le peuple palestinien, dont ce même empire est complice, la puissance déclinante des ÉtatsUnis dirige de nouveau ses canons vers les côtes vénézuéliennes. Les conséquences d’une guerre imposée seraient désastreuses pour toute la région. Il suffit de se souvenir de ce qu’il advint des pays d’Asie occidentale et du Sahel après les crimes impériaux en Irak, en Libye et en Syrie. 

 

Les leçons de l’histoire sont claires : défendre le Venezuela est un devoir. 

Pour celles et ceux qui croient aux principes de la Charte des Nations Unies, défendre le Venezuela est un devoir. 

Pour celles et ceux qui défendent le droit international, défendre le Venezuela est un devoir. 

Pour celles et ceux qui adhèrent à la Proclamation de la CELAC déclarant l’Amérique latine et les Caraïbes zone de paix, défendre le Venezuela est un devoir. 

Pour celles et ceux qui croient à l’égalité souveraine des États, défendre le Venezuela est un devoir. 

Et pour celles et ceux qui croient en la libre détermination des peuples, défendre le Venezuela est un devoir.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Le devoir de défendre le Venezuela

Sacha Llorenti est un homme politique et diplomate bolivien. Il a exercé d'importantes fonctions au sein du gouvernement de Bolivie, notamment comme ministre de l’Intérieur sous Evo Morales, puis comme représentant permanent de la Bolivie auprès des Nations Unies de 2012 à 2019.

Depuis décembre 2020, il est secrétaire général de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique—Traité de commerce des peuples (ALBA-TCP). Il est également auteur, universitaire et militant anticolonialiste actif, reconnu pour ses prises de position contre l’interventionnisme et l’impérialisme international en Amérique latine.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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