Les Caraïbes ! Rien de tel que leurs eaux cristallines pour inspirer une bonne dose de stratégies géopolitiques. Oubliez les plages paradisiaques, les cocktails exotiques, les croisières au large des îles caribéennes et la promesse d’une retraite tranquille les pieds dans le sable. Aujourd’hui, notre belle mer sert de décor à la superproduction la plus absurde du monde : la énième menace de l’Oncle Sam contre le Venezuela rebelle et pétrolier.
Évidemment, un tel scénario a besoin d’un titre épique. Quoi de mieux que « Pirates des Caraïbes » ? Mais attention, ce n’est pas la version Disney avec Johnny Depp et ses effets spéciaux convenables. C’est plutôt une version façon film d’horreur, avec un scénario braillé par un illuminé richissime et puissant, et un casting qui donne l’impression d’avoir été recruté dans une émission de télé-réalité de survie.
Dans le rôle principal, nous retrouvons la toute-puissante Armée Impérialiste de la « Liberté », alias le Commandement Sud des États-Unis, avec ses navires plus grands qu’un centre commercial. Des navires qui ne naviguent pas, mais paradent, inondant la mer d’acier, de radars et de marines au visage fermé, sous le noble prétexte de la « Lutte contre le narcotrafic ».
Quel altruisme, que celui de l’impérialisme ! C’est touchant de voir la première puissance militaire de la planète, équipée de drones de dernière génération et de chasseurs supersoniques, se mobiliser à la hâte pour intercepter quelques vedettes rapides. On les imagine presque crier : « Vite, Capitaine, un paquet de drogue présumée s’approche de nos côtes ! Déployez le destroyer armé de missiles guidés ! Il serait terrible qu’un citoyen américain se retrouve privé de sa dose d’héroïne, de cocaïne ou de fentanyl… pardon, de sa justice ! ».
Le véritable coffre au trésor, bien sûr, n’est pas la drogue, mais le pétrole. Et l’obsession d’imposer au monde la manière de gérer ses problèmes internes de santé publique, quitte à organiser un cirque militaire en eaux internationales. C’est la diplomatie de la guerre portée à son paroxysme, sauf que désormais le canon ne tire pas seulement des tweets et des communiqués dégoulinants de morale.
Face à eux, se dressent les vaillants défenseurs de la Révolution bolivarienne, menés par le président Nicolás Maduro et les peuples libres des Caraïbes. Tandis que les navires américains s’entraînent au débarquement amphibie à Porto Rico, à quelques encablures de là, Caracas répond avec ses propres manœuvres : la mobilisation de la Milice nationale bolivarienne.
Cette Milice, composée d’hommes et de femmes volontaires aguerris sur le terrain, se prépare au combat avec une foi inébranlable et les armes des libérateurs de cinq nations. Leur simulation nationale combine l’évacuation en cas de séisme avec la défense contre une invasion : « D’abord, s’accroupir et se mettre à couvert face au tremblement de terre ! Ensuite, prendre le fusil pour repousser l’envahisseur ! ».
Et voici la scène clé : un destroyer de la marine américaine, valant plusieurs milliards de dollars, croise une barque de pêcheurs. Le capitaine yankee, scrutant avec ses jumelles high-tech, aperçoit un milicien brandissant une pancarte artisanale où l’on peut lire : « Yankee go home ! ». C’est le choc de deux mondes : la haute technologie militaire face à la culture caribéenne, le tout baigné par le soleil tropical.
La tragédie vire au grotesque. Les Caraïbes, autrefois théâtre de batailles navales et de légendes de corsaires, deviennent aujourd’hui le terrain de jeu de l’ego impérial, enflé par la prétendue « supériorité raciale » : celle de l’hégémon qui refuse un simple « non » comme réponse. À la fin, les seuls perdants sont l’écosystème marin – pauvres animaux obligés de subir tant de sonars – et les habitants de toute la région, réduits à regarder ce ballet de navires de guerre comme un divertissement imposé, digne d’une croisière ratée.
La nouvelle saison de Pirates des Caraïbes est toujours en diffusion. Espérons que l’audience baisse vite, avant que le tournage ne se transforme en véritable désastre. Mais, soyons honnêtes : qui a besoin de logique quand on peut avoir tant de drame ? Le show doit continuer ! Que la cocaïne, l’héroïne et le fentanyl continuent d’entrer librement par le Pacifique, l’Atlantique et par le sud de la frontière yankee : la société américaine, accro jusqu’à la moelle, en a besoin pour sa dose quotidienne.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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