Quels intérêts se dissimulent derrière le supposé « défenseur de la liberté » qui promeut blocus et famine à Cuba, au Nicaragua et au Venezuela ?
Marco Rubio est devenu l’un des visages les plus agressifs de l’interventionnisme américain en Amérique latine. Depuis le Congrès, il a impulsé sanctions, blocus et campagnes médiatiques contre tout gouvernement qui ose défendre sa souveraineté. Cette biographie politique révèle son obsession anticommuniste, ses liens avec le pouvoir impérial, et les ombres qui hantent sa croisade idéologique. Car il n’existe pas plus grand danger qu’un opérateur de l’empire déguisé en « héros latino ».
Par Máximo Relti
S’il est un homme politique nord-américain qui a fait de la persécution systématique des gouvernements souverainistes en Amérique latine sa principale bannière, c’est bien Marco Rubio.
Sénateur de Floride, il est bien plus qu’un législateur conservateur. Rubio est devenu le visage visible de l’offensive impériale qui tente d’écraser toute tentative de d’autodétermination populaire sur le continent.
Son nom surgit sans cesse derrière les sanctions, blocus, listes noires et campagnes internationales de diffamation contre Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et tout autre pays qui oserait sortir du scénario imposé par Washington.
Rubio a pour unique « vertu » de ne jamais dissimuler ses intentions. Ses interventions au Sénat et ses déclarations publiques sont traversées par une rhétorique belliqueuse, proche du fanatisme. Sa croisade contre ce qu’il nomme le « communisme latino-américain » ne se limite pas à de simples divergences politiques : c’est une haine viscérale, idéologique, totale. Pour lui, toute expérience visant à bâtir un modèle social différent du « libre marché » représente un ennemi à éliminer.
Et pour y parvenir, il emploie tous les outils à sa disposition : lobbying, pression médiatique, sanctions économiques, opérations clandestines et même alliances avec les secteurs les plus obscurs de la politique régionale.
La guerre contre Cuba : le centre névralgique de son obsession
Le cas cubain est, sans aucun doute, le centre de sa campagne de haine. Rubio ne cesse d’exiger des mesures toujours plus sévères contre l’île. En 2025, avec le retour de Trump à la présidence, il a joué un rôle décisif pour que les États-Unis réinscrivent Cuba sur la liste des « pays soutenant le terrorisme » — une accusation sans fondement juridique international, mais aux conséquences dévastatrices. Banques, entreprises et investisseurs se sont retirés du pays, aggravant la crise déjà alimentée par le blocus et la pandémie.
Rubio a justifié cette mesure par une théorie toute personnelle, absolument intenable : selon lui, Cuba faciliterait le trafic de stupéfiants entre le Venezuela et l’Amérique centrale, en soutien au régime de Maduro. Sans présenter de preuves, il a affirmé que Cuba était un « État criminel », se contentant de l’amalgame entre terrorisme et drogue pour justifier davantage de sanctions, une asphyxie économique accrue et un isolement diplomatique renforcé.
Cette stratégie — rendre la vie impossible au peuple cubain afin de provoquer l’effondrement du gouvernement — n’a rien de nouveau, mais Rubio l’a poussée à ses extrêmes. Au Congrès, il a bloqué toute initiative de rapprochement, promu des restrictions sur les transferts familiaux, fait pression sur les entreprises technologiques pour qu’elles limitent leurs services à l’île, et a été la voix principale exigeant que tout pays dialoguant avec Cuba soit également puni. En d’autres termes, il veut non seulement isoler Cuba : il veut que plus personne n’ose l’approcher.
Le Nicaragua dans le viseur : même scénario, même violence
Le Nicaragua est son deuxième grand objectif. Depuis le retour du sandinisme au pouvoir en 2007, Rubio a pris la tête des campagnes de délégitimation, l’accusant de dictature et promouvant un paquet de sanctions économiques qui ont frappé directement la population nicaraguayenne.
Encore une fois, il ne s’agit pas du bien-être de quiconque, mais d’en finir avec une expérience politique qui — malgré ses limites — tente de préserver un certain contrôle national sur les ressources, et refuse de se soumettre au FMI ou au Département d’État.
Rubio a été l’architecte de la loi NICA Act et de son extension ces dernières années, impliquant blocages de crédits internationaux, interdictions d’assistance technique et veto diplomatiques. Tout cela sous prétexte de « restaurer la démocratie », alors qu’en réalité, il vise à provoquer une crise institutionnelle ramenant le pays dans l’orbite du capital international.
Ce n’est pas une défense de la démocratie, mais la punition de toute tentative de gouvernement refusant d’être la marionnette de Washington.
Le Venezuela : scène d’une opération de guerre froide
Dans le cas du Venezuela, Rubio a joué un rôle encore plus périlleux. Il a été l’un des principaux initiateurs du soutien américain à la tentative de coup d’État de 2019, visant à imposer Juan Guaidó comme président sans élection. L’opération a échoué, mais Rubio n’a pas mis fin à sa campagne. Au contraire, il a exigé davantage de sanctions, de gels d’avoirs, de blocages de médicaments et d’isolement financier.
Sous son influence, le Venezuela a subi un siège ayant provoqué pénuries, hyperinflation, migrations massives et dégradation des services publics. Il le sait, et il s’en est même réjoui publiquement.
Pour Rubio, le Venezuela ne représente pas une menace en raison de sa situation interne — à laquelle les États-Unis n’ont jamais accordé d’intérêt réel —, mais par sa puissance symbolique : un pays ayant cherché à utiliser sa richesse pétrolière pour financer des programmes sociaux, promouvoir l’intégration régionale sans tutelle américaine et prouver que le Sud peut penser par lui-même. Ce défi symbolique est impardonnable pour Rubio.
Jusqu’à présent, Marco Rubio continue d’exercer son rôle d’opérateur politique majeur du néo-interventionnisme américain au Venezuela. Notamment, il joue un rôle central dans la narrative justifiant l’intensification du déploiement naval américain dans les Caraïbes et au large des côtes vénézuéliennes.
Se basant sur un discours de « lutte contre le narcotrafic », Rubio a poussé à une nouvelle escalade militaire sous prétexte d’intercepter des narcolanchas, ces supposés bateaux transportant de la drogue depuis les ports vénézuéliens vers l’Amérique centrale et le sud des États-Unis.
Sans apporter la moindre preuve vérifiable, il insiste sur le fait que le gouvernement de Nicolás Maduro est complice direct de ces réseaux, ce qui sert de base pour réactiver les opérations de la IVème flotte américaine et justifier des exercices militaires conjoints dans la région.
Derrière cette façade se cache une opération de guerre hybride : une tentative de pression territoriale et symbolique contre un pays qui a su résister à de multiples tentatives de déstabilisation. Le véritable objectif n’est pas d’interrompre les routes du narcotrafic — qui, en majorité, partent de Colombie — mais bien d’expérimenter une nouvelle forme d’intervention indirecte, d’encercler géopolitiquement le Venezuela et de maintenir une menace militaire latente comme outil de chantage permanent contre le gouvernement bolivarien.
Sous les ombres : réseaux de pouvoir, famille et narcotrafic
Derrière le discours éthique avec lequel Rubio justifie ses campagnes contre les gouvernements latino-américains se cache un réseau d’intérêts troubles qui le soutient. Bien qu’il construise son image publique comme un prétendu croisé moral contre la corruption et le crime organisé, la réalité est que son entourage n’est pas exempt de suspicion.
L’un des cas les plus notoires fut celui de son beau-frère, Orlando Cicilia, condamné dans les années 80 pour trafic de drogue lors de l’un des plus grands coups de filet fédéraux de l’époque.
Selon les archives judiciaires, Cicilia a été reconnu coupable d’appartenance à un réseau qui importait de la cocaïne à grande échelle aux États-Unis. Rubio n’avait alors que seize ans, mais l’affaire n’a jamais disparu du cercle familial : Cicilia a épousé sa sœur et, après avoir purgé sa peine, a repris sa vie de famille normalement.
En 2015, alors que Rubio était déjà sénateur, le sujet est revenu au centre du débat, non pas pour le crime — qui bien sûr ne lui était pas imputable — mais pour le signal donné par ses décisions. Cicilia a reçu un pardon présidentiel de Donald Trump lors de son premier mandat, et plusieurs médias ont révélé que Rubio avait fait pression officieusement pour faciliter cette décision. En somme, l’homme qui s’indigne contre la « corruption communiste » en Amérique latine, a usé de son influence pour libérer un narcotrafiquant avéré de sa propre famille.
Ce n’est pas un détail anodin. Cette contradiction morale expose le véritable mécanisme de pouvoir à l’œuvre : accuser sans preuve les gouvernements souverainistes de complicité avec le narcotrafic, tout en protégeant ou couvrant les véritables responsables au sein du système américain.
Le narcotrafic devient alors un outil rhétorique : on accuse les autres de ce qu’on pratique soi-même, utilisant l’accusation comme prétexte pour agresser des pays entiers.
La guerre psychologique : peur, fake news et construction de l’ennemi
Rubio n’a pas seulement impulsé sanctions, blocus et mesures coercitives. Il a aussi joué un rôle-clé dans la conception d’une stratégie de guerre idéologique et médiatique, visant à associer toute expérience souverainiste au crime, à la misère et à la menace mondiale.
Chacune de ses interventions — sur les réseaux sociaux, au Sénat ou à la télévision — obéit à un scénario bien rodé : Cuba, Venezuela et Nicaragua sont présentés comme « États criminels », « exportateurs de drogue », « centres d’opérations terroristes », « refuges de dictateurs », « nids d’espionnage chinois ou iranien ». Tout cela, sans autre base que ses propos. Mais dans la logique impériale, cela suffit.
Les campagnes de Rubio sont structurées comme une véritable guerre psychologique. Elles reposent sur la peur, la haine idéologique et la manipulation émotionnelle des communautés latines aux États-Unis. Il leur parle dans leur langue, se présente comme l’un des leurs, tout en travaillant à perpétuer la soumission de leurs pays d’origine.
Il tire profit de la nostalgie, du traumatisme de l’exil et des frustrations économiques pour construire un ennemi imaginaire qui justifie l’ingérence permanente.
Il n’est pas surprenant que ses campagnes les plus agressives ciblent les gouvernements qui ont tenté de redistribuer la richesse, élargir les droits sociaux ou limiter le pouvoir des grandes entreprises. Car Rubio ne combat ni la pauvreté ni la violence : il combat la possibilité que les peuples puissent prendre leur destin en main.
Une pièce dans la structure impériale : Rubio comme opérateur stratégique
Marco Rubio n’agit pas seul. Il fait partie d’un réseau bien plus large monté par des groupes de réflexion, agences de renseignement, fondations de lobbying, groupes médiatiques et secteurs militaires. Son rôle ? Son rôle est celui d'un opérateur régional : légitimer publiquement ce dont le capital a besoin qu’on croie moral.
Depuis cette position, il a promu des lois empêchant les organismes multilatéraux d’accorder des financements aux pays « sanctionnés ». Il a exigé que les entreprises technologiques bloquent les plateformes numériques à Cuba, établi des listes noires pour universitaires et journalistes défendant les positions souverainistes, et travaillé avec des fondations évangéliques pour infiltrer des discours religieux justifiant le néolibéralisme comme « ordre naturel ».
En résumé, il n’est pas qu’un sénateur conservateur. Il est un acteur stratégique de l’offensive impériale visant à empêcher l’émergence d’une Amérique latine libre, unie et autonome.
Son objectif ne se limite donc pas à punir des gouvernements. Il s’agit de semer la peur, discipliner les peuples.
Un projet de soumission régionale, à visage latin
Pour toutes ces raisons, Marco Rubio est l’un des personnages les plus dangereux du moment politique continental. Car il n’opère pas en marge, mais depuis le cœur même du pouvoir, non en uniforme militaire, mais avec cravate, sourire et patronyme latino.
Son rôle de bourreau politique contre Cuba, le Nicaragua et le Venezuela fait partie d’une stratégie à long terme : empêcher l’Amérique latine de retrouver la souveraineté que lui ont volée des siècles de colonialisme et de néocolonialisme. Il le fait avec une sinistre particularité : se présenter en porte-parole de la liberté, tout en semant misère, faim et guerre.
Ce n’est pas un hasard si c’est un Latino qui tient ce rôle. C’est une pièce du dispositif idéologique : domestiquer le dominé et en faire une arme contre les siens. C’est Rubio qui bloque les transferts à sa propre communauté. Rubio qui promeut des sanctions accroissant la faim à Cuba. Rubio qui célèbre les opérations de guerre hybride contre le Venezuela. Ce rôle a une valeur symbolique pour l’empire.
Mais cela comporte aussi une limite.
L’histoire de l’Amérique latine est une histoire de résistances. Et des personnages comme Narco Rubio ne seront qu’un pied de page quand les peuples reprendront la parole.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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