Entretien avec l’ambassadeur du Venezuela en Turquie.
Tentatives de coup d’État, sanctions économiques, ingérence électorale… Désormais, les États-Unis semblent préparer une nouvelle attaque contre le Venezuela, mais cette fois, avec leurs propres armes.
Nous avons été reçus par Freddy Molina, ambassadeur du Venezuela à Ankara, dans sa résidence, au cœur de la capitale turque. L’ambassadeur nous a exposé les objectifs américains et les contre-mesures vénézuéliennes.
« Journée de la Solidarité »
De nombreuses personnes visitent votre ambassade aujourd’hui à l’occasion de la Journée de la Solidarité avec le Venezuela. Que représente cette journée pour vous ?
Cette Journée de la Solidarité, que nous avons fixée au 19 septembre, ne concerne pas uniquement le Venezuela ; c’est aussi un jour de solidarité avec tous les États qui, comme le nôtre, subissent les pressions impérialistes.
Comme vous pouvez le constater ce jour-ci, le monstre impérialiste est à l’agonie. Son élimination de l’histoire pourrait survenir à tout instant, bien qu’il s’efforce de survivre, braquant son regard vers les pays voisins comme un dernier espoir. Les citoyens, nos ambassades du monde entier et diverses plateformes affichent leur soutien au Venezuela. Ce soutien ne s’adresse pas qu’à notre pays, il symbolise aussi la solidarité avec d’autres nations d’Amérique latine et des Caraïbes.
Le gouvernement israélien meurtrier a également lancé un ultimatum au peuple palestinien, lui enjoignant de quitter Gaza. Ce fait confère à cette journée une importance supplémentaire. Il est essentiel de manifester notre solidarité envers toutes les nations opprimées, telles que le Venezuela et la Palestine. Aujourd’hui, la solidarité planétaire n’a jamais été aussi cruciale. Ainsi, cette journée revêt une double signification. Beaucoup de gens, institutions et classes sociales différentes de toute la Turquie viennent nous soutenir. Nous leur en sommes profondément reconnaissants.
Prétexte de la drogue
Récemment, nous avons vu les États-Unis brandir des accusations liées à la drogue. À quoi correspond ce dossier ? Que veulent réellement les États-Unis avec la question des stupéfiants au Venezuela ?
Pour y répondre, permettez-moi un bref rappel historique. Durant cent ans, le Venezuela dépendait d’un seul produit, vendu à un seul client. Nous produisions du pétrole, et tout partait vers les États-Unis. Mais avec la révolution, nous avons décidé de reconquérir notre indépendance et d’affirmer notre souveraineté totale sur nos ressources naturelles. Auparavant, tous les bénéfices du pétrole étaient siphonnés par les États-Unis, sans retombée bénéfique pour le peuple vénézuélien. Dès le début de la révolution, nous avons subi des attaques et interventions incessantes et croissantes. Pendant des années, ils ont tenté de nous intimider avec des sanctions. Lorsque cela n’a pas suffi, ils ont cherché à passer au niveau militaire.
À présent, ils mènent des opérations régionales sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue. Selon eux, ces stupéfiants ne transitent pas seulement par le Venezuela : ils prétendent qu’ils y sont produits, ce qui est totalement faux. Se servant de ce prétexte, ils ont déployé huit destroyers, un sous-marin nucléaire et une multitude d’autres navires de guerre le long de nos côtes.
Or, voilà la vérité : selon les données de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, 87 % du trafic de drogue provient directement de Colombie et emprunte la route du Pacifique vers les États-Unis. Encore 8 % proviennent aussi de Colombie, mais via la Caraïbe. Seuls les 5 % restants – d’après eux – transitent par le Venezuela et des pays voisins. Et ces chiffres ne sont pas les nôtres, ils viennent des institutions internationales, dont des sources américaines. Ils sont actualisés cette année.
Le véritable objectif : les ressources naturelles du Venezuela
Il est évident que ces interventions n’ont aucun rapport avec le trafic de drogue. Alors quelle est la véritable motivation ? La saisie des ressources naturelles de notre pays. Nous l’avons toujours affirmé : le Venezuela possède les plus grandes réserves pétrolières au monde. Outre le pétrole, nous sommes troisièmes mondiaux pour le gaz naturel et l’or. De plus, sur 16 « terres rares », 13 se trouvent au Venezuela. Notre pays se distingue également par ses ressources en eau douce, que nous pensons devenir un enjeu de conflits dans l’avenir. Bref, le Venezuela présente une cible de choix pour les États-Unis.
Par exemple, il faut entre 43 et 48 jours pour qu’un pétrolier chargé dans les pays du Golfe atteigne une raffinerie de Houston, au Texas. Mais depuis le Venezuela, les tankers peuvent arriver à cette raffinerie en seulement 4 à 6 jours. Depuis 200 ans, les États-Unis considèrent l’Amérique latine comme leur « arrière-cour ». Aujourd’hui, incapables d’exercer leur influence dans des régions éloignées du globe, ils portent à nouveau leur regard sur les terres voisines : l’Amérique latine.
Comme ils l’ont fait pour Kadhafi
Ces idées mijotent depuis longtemps aux États-Unis, et maintenant, on passe à l’exécution, ce qui est franchement inquiétant. Des menaces d’intervention militaire se font jour, et nous avons déjà vu ce qu’ils sont capables de faire ailleurs dans le monde. Par exemple, en Iran, ils ont affirmé que le pays possédait des armes nucléaires, sans qu’aucune preuve ne soit apportée. Auparavant, ils ont renversé Kadhafi en Libye, colportant des rumeurs en tout genre, dont presque aucune n’a été confirmée.
Quelles mesures le Venezuela prend-il pour contrer la menace militaire américaine ? Et sur le plan diplomatique, quelles démarches sont entreprises en termes de solidarité avec d’autres pays ?
Depuis le tout début de notre révolution, nous avons anticipé un tel scénario : cette puissance impérialiste chercherait inévitablement à nous renverser. Notre peuple est pleinement conscient des évolutions actuelles, car nous avons tiré les leçons de l’histoire récente. Dès les premiers jours de la révolution, nous avons compris qu’une guerre conventionnelle, à armes égales, contre l’armée la plus puissante et la mieux équipée du monde était impossible.
Huit millions de volontaires pour l’armée
Bien que les États-Unis préparent des plans d’attaque contre nous, nous élaborons sans relâche nos propres stratégies et plans de défense depuis les premiers jours de la révolution. Nous mettons toujours l’accent sur l’aspect défensif, car nous sommes résolument engagés en faveur de la paix. La révolution bolivarienne est une révolution pacifique, mais nous ne sommes pas naïfs. Le Commandant Chávez disait : « C’est une révolution pacifique, mais aussi armée. » Toutefois, ces armes ne servent jamais à attaquer d’autres pays : elles sont strictement destinées à notre défense. Face à cette mobilisation américaine, le peuple a fait preuve d’une très grande vigilance, et l’unité entre citoyens s’est nettement renforcée.
Lorsque le président Nicolás Maduro a lancé cet appel, il a suscité un énorme engouement au sein de la population. Des citoyens de tous horizons, jeunes comme âgés, se sont inscrits, exprimant leur volonté de recevoir, au moins, une formation de base. Espérons qu’il ne sera jamais nécessaire de s’en servir, mais bien sûr, le but est de se préparer à se défendre en cas d’éventuelle attaque.
À côté de nos forces armées existantes, cette initiative a recueilli l’adhésion de plus de 8 millions de personnes. Considérant que notre pays compte environ 30 millions d’habitants, ce chiffre de 8 millions est remarquable et sans doute très rare dans l’histoire mondiale. Les États-Unis restent aujourd’hui la force militaire la plus puissante et la plus armée qui soit. Par conséquent, en plus de notre armée régulière, nous prévoyons de réagir principalement par la résistance et la guérilla. Les Vénézuéliens sont intrinsèquement prêts à tout pour défendre la terre qu’ils aiment. S’ils tentaient une intervention militaire sur notre sol, il serait très improbable qu’ils repartent indemnes.
« Nous avons surmonté les sanctions grâce à la Turquie, la Russie, la Chine et l’Iran »
Quels obstacles attendraient les États-Unis en cas d’attaque contre le Venezuela ?
Il est très difficile, voire impossible, de prévoir les agissements d’une bête qui frappe avec une telle violence. Face à toute agression potentielle des États-Unis, le gouvernement bolivarien et le peuple sont fortement unis. Dans le passé, ils ont mené des guerres contre nous par d’autres moyens, par exemple via les sanctions. Ces sanctions nous ont presque conduits à la faillite. Même avec notre argent et notre pétrole, nous n’avions pas la possibilité d’acheter le strict nécessaire, car le monde entier nous avait tourné le dos. À l’époque, nous avons pu résister grâce à des pays comme la Turquie, la Russie, la Chine et l’Iran : le soutien de ces nations amies et alliées nous a permis de surmonter les difficultés imposées par les sanctions.
« Nous ne sommes plus le Venezuela d’il y a dix ans »
Mais nous ne sommes plus le Venezuela d’il y a dix ans : nous avons changé. Avant les sanctions, nous étions presque totalement dépendants des importations pour notre consommation. Maintenant, cela a changé : nous pouvons produire localement près de 100 % de nos biens de base. Parfois, de tels obstacles poussent un peuple à avancer : le Venezuela affiche aujourd’hui les taux de croissance économique les plus élevés de la région. Au cours des dix-huit derniers trimestres, notre pays connaît une croissance continue. Ce ne sont pas que nos chiffres : ils proviennent du Fonds Monétaire International.
Il existe aujourd’hui une plus grande solidarité au sein de la population, et une conviction largement partagée s’est installée : « En tant que pays, nous avons tous le droit de décider de notre destin. » Si un problème se présente, il est résolu en interne, via des outils comme les élections, entièrement au sein du pays.
Chaque nation a droit à l’autodétermination et à l’indépendance. Pourtant, les puissances impérialistes continuent, bien sûr, d’ignorer le rôle crucial des milices bolivariennes. Comme si elles n’avaient rien appris du Vietnam… Elles vont jusqu’à se moquer, entre elles, de la mobilisation de Vénézuéliens très âgés ; il y avait pourtant des leçons à tirer de la guerre du Vietnam, mais il semble que beaucoup les aient oubliées.
« Nous faisons face au régime sioniste »
Quelle est la position du Venezuela sur la question palestinienne ?
Comme vous le savez, le gouvernement israélien vient d’exiger que le peuple palestinien évacue ses terres. Toutes les formes d’impérialisme sont terrifiantes. Nous ne sommes pas ennemis des peuples, mais nous nous opposons fermement à ce régime expansionniste, impérialiste et sioniste.
Aujourd’hui, qu’il s’agisse de pays d’Amérique latine, d’Europe ou du reste du monde, la quasi-totalité partage le même point de vue au sujet de la Palestine : ce qui s’y passe est un massacre épouvantable, un véritable génocide. Au XXe et au XXIe siècle, de telles atrocités sont inconcevables. Rien ne peut justifier de tels massacres inhumains, et nous pensons que tous les pays doivent s’unir et élever la voix contre cette barbarie.
Ils vont jusqu’à utiliser des bombes au phosphore blanc contre des enfants en Palestine. D’un autre côté, ils déploient des sous-marins nucléaires pour attaquer de simples embarcations au Venezuela. Ce monstre impérialiste, aujourd’hui au bord de l’effondrement et de l’extinction, intensifie sa violence dans ses derniers soubresauts. Il est devenu, en quelque sorte, une créature qui se nourrit de sang.
Traduction Bernard Tornare
Adnan Türkkan est un journaliste turc actif principalement à Ankara, où il travaille comme correspondant pour la chaîne Ulusal Kanal. Il se spécialise dans les questions de politique internationale, notamment les relations entre la Turquie et l’Amérique latine, le Venezuela, ainsi que les enjeux géopolitiques et de solidarité avec les pays sous sanctions.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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