Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Burkina Faso reprend-il la voie de Thomas Sankara ?

par Bernard Tornare 2 Septembre 2025, 15:45

Image d’illustration : Ouagadougou, Burkina Faso © Sunday Yameogo / AFD

Image d’illustration : Ouagadougou, Burkina Faso © Sunday Yameogo / AFD

L’exemple africain nous rappelle une chose essentielle : il n’y a pas de salut à l’intérieur du système.

L’histoire du Burkina Faso agit comme un miroir gênant pour les élites néolibérales. Alors que le capitalisme mondial cherche de nouveaux déguisements pour masquer sa crise structurelle, un petit pays africain rappelle que la souveraineté ne se mendie pas, elle se conquiert. L’héritage de Thomas Sankara semble renaître dans la figure d’Ibrahim Traoré, et avec lui, cette question essentielle : est-il possible d’affronter le capital sans céder à ses chantages ?

 

Par Aday Quesada

En 1983, Thomas Sankara rompt avec la logique du néocolonialisme français et rebaptise son pays Burkina Faso, la terre des hommes intègres. Ce n’était pas un simple geste symbolique : il nationalise les mines, impulse la réforme agraire, interdit les pratiques oppressives envers les femmes et fait passer le taux d’alphabétisation de 13 % à 73 %. Sa « révolution démocratique et populaire » sera brutalement interrompue par un coup d’État mené avec la complicité française, mais elle laissera une trace indélébile.

 

Aujourd’hui, Ibrahim Traoré reprend ce chemin. Il expulse les troupes françaises, récupère les mines d’or pour l’État et consacre des ressources à l’agriculture paysanne ainsi qu’à l’industrialisation locale. Sur un continent assiégé par les multinationales, le FMI et les armées étrangères, ce geste est bien plus qu’une politique : c’est un cri de souveraineté.

 

Néolibéralisme et recolonisation rénovée

Alors que le Burkina Faso cherche de l’oxygène dans la coopération Sud-Sud, le néolibéralisme poursuit son extension de la logique de pillage global. La délocalisation et la financiarisation furent des stratégies délibérées pour restaurer le taux de profit, au prix de la destruction des droits des travailleurs et de la soumission de peuples entiers. L’Afrique fut et reste un terrain d’expérimentation. Si le Chili sous Pinochet fut le « laboratoire sanglant » du néolibéralisme, le Burkina Faso et ses voisins sont aujourd’hui le théâtre du test de la phase néocoloniale du capital : bases militaires déguisées en « lutte antiterroriste », dette extérieure comme nœud coulant perpétuel, ONG et organismes internationaux imposant des « réformes structurelles ».

 

La résistance de Traoré et de l’Alliance des États du Sahel, en imaginant leur propre monnaie et en expulsant les troupes occidentales, est un défi direct à cette machine.

 

Un exemple qui dérange l’Occident

Le renouveau panafricaniste rappelle au monde une chose que le néolibéralisme tente d’occulter : la domination n’est jamais éternelle. La France, qui contrôle encore la monnaie de 14 pays africains, voit avec inquiétude le Burkina Faso, le Mali et le Niger briser leurs chaînes. Ce n’est pas un hasard si, tout comme avec Sankara, l’Occident cherche à renverser Traoré. N’est-il pas révélateur qu’un gouvernement africain qui se soumet au FMI soit célébré comme « responsable », mais que lorsqu’il expulse les troupes étrangères, il devienne subitement « dictatorial » ? La mesure de la démocratie s’écrit dans les temples du capital financier.

 

L’enjeu, ce n’est pas le Burkina Faso en soi, mais ce qu’il symbolise. Si l’Afrique brise ses chaînes, qu’est-ce qui empêcherait l’Amérique latine, l’Asie ou même la classe ouvrière européenne d’emprunter la même voie ?

 

Le capitalisme mondial est en crise : inflation, guerres, précarité, migrations massives. Et l’exemple africain rappelle l’essentiel : il n’y a pas de salut dans le système – seulement en le confrontant.

 

Une question ouverte

Le néolibéralisme mondial traverse son épuisement historique : crise climatique, guerres pour les ressources, inégalités obscènes. Le Burkina Faso et le Sahel proposent un horizon alternatif : souveraineté, justice sociale, coopération régionale.

 

Reste à savoir si ces projets réussiront à se consolider avant que le capital n’aiguise à nouveau ses griffes. Car, comme le disait Sankara, on peut tuer les révolutionnaires, mais jamais leurs idées. Et ces idées, aujourd’hui, traversent l’Afrique et défient l’ordre néolibéral.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page