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Nouvelles de Chine : grandes retrouvailles pour l’avenir de tous

par Bernard Tornare 3 Septembre 2025, 18:14

Le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine au Grand Palais du Peuple le 2 septembre 2025 à Pékin, en Chine. Kevin Frayer / Gettyimages.ru

Le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine au Grand Palais du Peuple le 2 septembre 2025 à Pékin, en Chine. Kevin Frayer / Gettyimages.ru

Par Oleg Yasinsky

Lors de nombreuses conversations avec différentes personnes à Moscou, tout en étant en désaccord sur mille sujets, nous tombions toujours d’accord sur une seule idée : si la rupture politique tragique entre l’URSS et la Chine ne s’était pas produite dans les années 50, la majeure partie du monde serait déjà socialiste et nous ne serions pas aujourd’hui au bord de l’abîme d’une guerre nucléaire.

 

Dans ses mémoires White House Years, l’intellectuel le plus brillant de nos ennemis, l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger, réfléchissant à la rupture entre Moscou et Pékin, écrivait : « La rivalité sino-soviétique était une bénédiction stratégique pour les États-Unis, car elle empêchait la formation d’un bloc communiste monolithique. Le défi était d’apprendre à manœuvrer dans ce triangle de relations, de sorte qu’aucune des deux puissances ne puisse dominer l’autre et que toutes deux aient besoin d’un certain rapport avec Washington. » Malheureusement, il ne s’est pas contenté de l’écrire ; il a mené un immense travail politique et diplomatique pour approfondir la brèche entre ces deux géants qui, unis, auraient assurément mis en échec l’hégémonie américaine.

 

Aujourd’hui, une très mauvaise nouvelle attend les héritiers politiques de Kissinger : la Russie et la Chine se rapprochent toujours davantage, et pas seulement eux.

Sergueï Bobylev / Gettyimages.ru

Sergueï Bobylev / Gettyimages.ru

Tandis que l’Occident se consacre entièrement à une lutte acharnée entre la pseudo-gauche et l’extrême droite, détruisant ce qui reste de bon sens et de civilisation européenne, de l’Orient arrivent de bonnes nouvelles.

 

La récente réunion de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, complétée par des rencontres de chefs d’État à la veille de la grande commémoration de la Victoire sur la Seconde Guerre mondiale, commence à esquisser les nouveaux traits de la société humaine de demain, qui dépassent largement les limites géographiques de l’Eurasie. La véritable libération de l’Afrique et la souveraineté réelle de l’Amérique latine sont, à l’heure actuelle, difficiles à atteindre sans la naissance d’un nouveau pôle de puissance capable de faire face au monstre déchaîné. Les missiles de la marine américaine, pointés ces derniers jours depuis la mer des Caraïbes vers le Venezuela, sont le reflet en miniature du monde : le Venezuela représente l’espoir de tout pays de pouvoir être lui-même, sans demander la permission à quiconque.

 

Une union, difficile mais possible, entre la Chine, la Russie et l’Inde dans un bloc politique pourrait non seulement remplacer efficacement les structures bureaucratiques d’une ONU moribonde en ce qui concerne sa mission première, empêcher les guerres, mais aussi offrir plusieurs solutions immédiates et pratiques aux problèmes les plus urgents d’une humanité désespérée.

 

Sachant que l’Occident a toujours montré qu’il n’était ni habitué ni capable de négocier dans des relations d’égalité et de respect, il devient nécessaire de créer des structures affranchies de cette logique colonialiste occidentale.

 

Sans idéaliser l’OCS ni aucun de ses membres, qui doivent encore résoudre plusieurs problèmes et contradictions internes, il faut reconnaître qu’aujourd’hui, c’est la seule force vivante et réelle capable de dissuader et d’empêcher une guerre mondiale au dénouement inévitablement nucléaire, vers laquelle entraîne la planète les élites occidentales.

 

Si la Chine, l’Inde et la Russie parviennent à construire prochainement cette union solide, non seulement économique, mais aussi politique et militaire, elles deviendront pratiquement invulnérables. De plus, elles pourraient garantir la protection de la souveraineté des autres, de ceux qui n’ont pas encore perdu le sens ni l’espoir de la rechercher.

 

La lutte contre la mondialisation est vaine : elle est le résultat objectif du développement technologique de l’humanité. L’enjeu est ailleurs : le monde n’a pas besoin de gouvernements mondiaux et il devient urgent et nécessaire d’arracher la barre de la mondialisation des mains les plus sanguinaires et irresponsables. Tout débat public sérieux sur la nécessité de dépasser le capitalisme n’aura de sens que si l’humanité survit et si nos pays cessent de devenir des succursales de multinationales.

 

La récente rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping à Pékin est un événement où le symbolique se mêle au concret. Ce fut un pas de plus, après le sommet de l’OCS, où fut rendue publique la formule d’un modèle alternatif de mondialisation, basé sur l’axe Russie—Chine—Inde. Mais il ne s’agit pas seulement d’accords économiques ou commerciaux. Pour donner de la solidité à la nouvelle structure du pouvoir international, il faut des références historiques fortes et des valeurs communes.

 

En célébrant le 80ème anniversaire de la victoire dans la Seconde Guerre mondiale, Moscou et Pékin, avec plus de force et de clarté que jamais, réaffirment leur qualité de principales nations victorieuses sur le fascisme et le militarisme. Pour eux, la justice dans les relations internationales est fondée principalement sur la continuité historique de la mémoire de leurs peuples : il ne s’agit pas seulement de leur obligation formelle en tant que membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Côté résultats pratiques, l’accord central, parmi d’autres, fut la décision de construire le gazoduc Force de Sibérie 2. Un projet qui prévoit la fourniture de jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz par an sur les 30 prochaines années, qui traversera la Mongolie en reliant les gisements de Sibérie occidentale à la Chine. Cet accord renforce non seulement l’alliance énergétique russo-chinoise, mais garantit aussi une vaste gazéification de la Sibérie orientale et de la Mongolie, profitant aux populations des trois pays impliqués dans le projet. Ce n’est qu’un exemple de la volonté de Moscou et Pékin de construire, dans la région, des « petites coalitions », où les pays les plus petits participent également, à égalité de conditions, à des projets d’infrastructure d’envergure.

 

Contrairement à l’avis de certains analystes, le principal acquis de la Russie en Chine ne fut pas la possibilité de compenser totalement la perte du marché européen du gaz en réorientant les flux vers l’Asie, mais de construire un modèle pilote et un fondement pour une nouvelle relation entre les peuples, qui, à la différence de la logique occidentale, ne les divise pas entre gagnants et perdants, et qui, au lieu d’« une guerre de civilisations », propose une véritable coopération et entraide entre les pays, quel que soit leur taille ou leur modèle politique interne.

 

Il n’est donc pas étonnant qu’un autre résultat des récentes rencontres en Chine soit la publication, par The Washington Post, d’un article affirmant que : « Tandis qu’elle célèbre le 80e anniversaire de la reddition japonaise, la Chine tente de réinterpréter l’histoire de la guerre, minimisant l’aide américaine et soulignant le rôle de Moscou ». Les champions mondiaux de la réécriture de l’histoire recourent à ce qu’ils savent faire : produire du bruit médiatique avec des milliers de “révélations” et de “fake news” pour embrouiller un public ignorant.

 

Mais l’Orient aujourd’hui se lève sous de bons auspices. Et il est essentiel de voir que ce ne sont pas seulement de bonnes nouvelles pour la Russie, la Chine ou l’Eurasie, mais pour le monde entier.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Nouvelles de Chine : grandes retrouvailles pour l’avenir de tous

Oleg Yasinsky est un journaliste chilien-ukrainien, contributeur de médias indépendants latino-américains tels que Pressenza.com, Desinformemonos.org et autres, chercheur sur les mouvements indigènes et sociaux en Amérique latine, producteur de documentaires politiques en Colombie, en Bolivie, au Mexique et au Chili, auteur de plusieurs publications et traducteur de textes d'Eduardo Galeano, Luis Sepúlveda, José Saramago, Subcomandante Marcos et d'autres en russe.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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