Le président Nicolás Maduro lors de la remise de la « Croix de première classe de la médaille de la milice » aux officiers militaires et policiers servant dans l'opération Catatumbo Lightning en avril 2025 (Photo : Últimas Noticias)
Au début de l’année 2010, un terrible tremblement de terre frappa Haïti et provoqua l’une des plus grandes catastrophes humanitaires de l’histoire. Aussitôt, des mécanismes d’aide furent activés ; parmi ceux dont je me souviens, se distingua la brigade 51 de médecins latino-américains organisée par Cuba et le Venezuela, les groupes de sauvetage mexicains (les Topos) et la Protection civile vénézuélienne, aux côtés de notre corps de pompiers. Mais, en même temps, dans les médias internationaux, une hémorragie de discours venant des grandes puissances et de leurs ONG caritatives rivalisait à coup de promesses d’aide, dont la plupart ne furent jamais tenues.
Ces jours-là, à Port-au-Prince (capitale d’Haïti), un ami haïtien, leader social d’un vaste refuge précaire, me donna une leçon que je n’ai jamais oubliée. Il me demanda : « Sais-tu quel est le pays qui nous a envoyé le plus d’aide effective ? »
Je fis mentalement l’inventaire des centres de collecte, des équipes de secours, des hôpitaux de campagne, des missions internationales présentes à ce moment-là, mais je ne sus dire de quel pays il parlait.
Alors, il me répondit : « Le pays qui nous a le plus aidés, nous autres Haïtiens, c’est Haïti. »
Et c’était parfaitement vrai. Des campagnes haïtiennes affluèrent en silence des tonnes de nourriture acheminées vers la capitale, là où le besoin était le plus criant. Même la production destinée à servir de semence pour la prochaine saison de culture fut envoyée pour nourrir les réfugiés, et ce flux se maintint, alors que les missions internationales, elles, avaient déjà quitté le pays. Je ne romantise rien, je l’ai vécu et je veux le partager, parce que cela n’a jamais été reconnu : c’est Haïti, le peuple haïtien avec toutes ses grandes vulnérabilités d’alors et d’aujourd’hui encore, qui mena la véritable bataille pour affronter cette circonstance, au-dessus de toute mission internationale.
Aujourd’hui au Venezuela, nous faisons face à un blocus naval de forces militaires nord-américaines pointées vers nos côtes, à une menace d’agression directe, avec sous-marins, avions et destroyers rôdant dans les Caraïbes. Mais nous ne sommes pas seuls, parce que nous sommes avec nous-mêmes, nombreux et aguerris dans l’art de lutter et d’affronter les difficultés, un domaine où notre expérience est vaste, en partie du fait du sabotage constant venu des États-Unis au cours de la dernière décennie, sans aucune trêve, pas même durant la pandémie.
Ce ne seront pas les vendepatria, ni les paramilitaires à gages, ni les gouvernements agenouillés devant le trumpisme, ni les narco-blonds de Miami, ni leurs cyber-supplétifs sur les réseaux sociaux qui écriront cette histoire. Et certainement pas avec le conte du « narco-État », inventé par le gouvernement des États-Unis : le pays qui, rappelons-le, consomme et contrôle le plus de drogue au monde, et le seul dont l’armée a lancé deux bombes atomiques sur des populations civiles dans toute l’histoire de l’humanité, en plus d’un lourd casier d’interventions et d’attentats. Voilà la puissance qui prétend donner des leçons dans la lutte contre la drogue et le terrorisme, quand ce qui saute aux yeux n’est autre que la faim désespérée de pétrole d’un empire en déclin. Il est important de garder cela en mémoire, et de ne prêter ni attention ni crédit à l’avalanche de bots et de bobots que le techno-fascisme a lâchés sur les réseaux sociaux pour tenter de conquérir le terrain des esprits confus ou manipulables.
La défense du territoire face à la menace extérieure, réelle et concrète, est aujourd’hui la tâche principale. Et la défense de la patrie passe toujours de préférence par la politique et la diplomatie de paix, mais en sachant que, si l’on nous impose un autre scénario, nous serons là, ensemble, appliquant ce que nous avons appris, de la manière la plus efficace possible, avec organisation, méthode, tactique et, surtout, une conscience aiguë de notre histoire. Car c’est elle la clé avec laquelle les peuples ont résisté face à des ennemis puissants. Ce n’est pas un slogan, c’est une identité historique posée, sereine, c’est le fil chronologique où nous retrouvons Bolívar, Zamora, Chávez et toutes les batailles menées au cours de deux siècles et durant ces dernières années, dans l’union civico-militaire. Sans précipitation ni désespoir, car des contingences et des révolutions nous en savons quelque chose. Avec le président Nicolás Maduro comme commandant en chef de la FANB, milice incluse, et les différents leaderships de chaque secteur et communauté convoquant et agissant sur le terrain, comme il sied lorsque l’épreuve est prolongée, irrégulière et populaire.
Comme ce 13 avril 2002, il est des jours qui valent des années. Aujourd’hui, nous sommes dans une antichambre qui peut ou non ouvrir sur des scénarios insoupçonnés, et si jamais survenait l’assaut que nous ne souhaitons pas, nous ne serons ni seuls ni pris au dépourvu : il y aura la solidarité de peuples frères de la grande patrie et du monde. Oui. Mais ce sera la force d’un Venezuela bolivarien uni qui constituera l’appui principal des Vénézuéliens pour résister, lutter et vaincre.
Traduction Bernard Tornare
Ángel Palacios est un cinéaste vénézuélien de renom, auteur de documentaires extrêmement importants pour comprendre les moments de plus grande tension politique au Venezuela au cours de la première décennie du XXIe siècle, notamment : Asedio a una embajada (2002), Puente Llaguno, claves de una masacre (2004) et la série Injerencia : la herida silenciosa (2006-2007).
⚠ Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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