Le colonialisme n’est pas mort. Il a changé de visage. Aujourd’hui, il s’habille de marchés, de dettes et de technologie, tandis que les peuples attendent ce qui ne vient jamais.
Le colonialisme n’a pas été une erreur du passé ni un chapitre clos de l’histoire. C’était un projet mondial de pillage et de soumission. Il a anéanti des cultures, désarmé des économies et tracé des frontières de sang. Il se déguise en modernité, mais il reste bien vivant. Les voiliers ne traversent plus les océans avec des canons, ce sont désormais les conteneurs, escortés de contrats, qui parcourent la planète. Les chaînes n’entravent plus les corps, elles entravent les budgets nationaux. Les armées se camouflent sous des bases militaires et des sanctions financières. L’occupation a changé d’uniforme, mais non d’objectif.
Ce n’est pas seulement l’Afrique, même si la blessure y est la plus flagrante. Le colonialisme est un virus qui a infecté la planète entière. L’Amérique latine continue d’exporter du cuivre, du lithium et du soja tout en important la pauvreté. L’Asie se partage entre usines esclavagistes et pôles technologiques sous contrôle de puissances étrangères. L’Océanie survit sous le parapluie militaire de Washington. L’Europe joue les arbitres du monde tout en portant les siècles de ses anciennes colonies pillées. Et au centre de tout, le dollar dicte la partition du pouvoir tel un fouet moderne.
Les peuples attendent. Ils attendent la souveraineté, la justice, espèrent que la modernité arrivera avec dignité et non par l’imposition. Mais ils reçoivent des dettes impayables, des promesses vides, des plans de développement rédigés dans les bureaux du Nord. Le colonialisme a muté en néocolonialisme, puis en extractivisme financier, numérique et climatique. C’est la même recette vieille de cinq cents ans, servie sur un plateau de mondialisation.
La planète reste divisée : il y a les quelques-uns qui commandent, et la multitude qui attend. Le colonialisme est le scénario qui se répète : les drapeaux changent, on maquille les discours, mais l’inégalité demeure.
« Le colonialisme n’arrive plus dans des voiliers : il arrive dans des conteneurs, des contrats, et des algorithmes. »
Avant l’arrivée des envahisseurs
Avant que les caravelles n’apparaissent sur les côtes et que les canons ne grondent depuis les montagnes, le monde était déjà peuplé de civilisations florissantes. L’Amérique n’était pas un continent vide attendant des « découvreurs ». Des millions d’habitants y étaient organisés en empires, confédérations et peuples libres. Les Mexicas avaient bâti des cités flottantes, avec leurs canaux et marchés qui émerveillaient les Européens. Les Incas administraient un territoire immense avec un réseau routier surpassant celui de Rome. Les Mayas calculaient les siècles selon des calendriers bien plus précis que les horloges des conquistadors.
L’Asie, elle non plus, n’attendait personne. L’Inde brillait comme centre de science et de spiritualité : de Nalanda à Taxila, on trouvait des universités accueillant des étudiants venus de tout le continent bien avant qu’Oxford n’existe. En astronomie, on jugeait des éclipses et des rotations, tandis qu’en Europe, on persécutait ceux qui doutaient de la Bible. La Chine n’a pas seulement inventé la poudre, le papier et la boussole : elle a bâti une économie de soie, de porcelaine et de thé qui approvisionnait la planète entière. Ses expéditions maritimes, telles celles de l’amiral Zheng He au XVe siècle, atteignaient l’Afrique de l’Est avec des navires géants qui faisaient paraître les bateaux portugais comme des jouets. Le Japon, sous le shogunat, avait développé des systèmes de gouvernement stables et une culture raffinée qui produisait de l’acier et des sabres sans égaux sur la planète.
Le cœur de l’Asie fut aussi le berceau d’empires qui ont marqué l’histoire universelle. La Perse, sous Darius et Cyrus, bâtit des routes et des systèmes administratifs qui unirent des continents entiers. Alexandre le Grand alla jusqu’en Inde avec un empire qui fusionna Grèce et Orient, prouvant que l’Asie n’était pas une périphérie mais un centre de pouvoir. De la Mésopotamie jusqu’à l’Indus, les civilisations de la région avaient déjà inventé l’écriture, les lois et les villes, bien avant que l’Europe ne rêve d’empires mondialisés.
En Afrique, s’épanouissaient des royaumes comme le Mali, avec des villes comme Tombouctou, centres de commerce et de savoir. En Égypte, Nubie et Éthiopie perduraient des millénaires d’histoire, reliées à la Méditerranée ou à la mer Rouge. L’Océanie était peuplée de navigateurs parcourant des milliers de kilomètres sur l’océan, guidés par les étoiles et les courants, sans cartes de papier ni boussole métallique.
L’arrivée des envahisseurs a rompu un équilibre millénaire. Ils ont apporté le fer et la poudre, mais aussi des épidémies et des chaînes. Ils ont détruit ce qu’ils ne comprenaient pas et convoité ce qui brillait. Le mythe d’une Europe qui aurait « civilisé » le monde est une insulte aux civilisations longtemps antérieures.
« Il existait des mondes entiers avant que les cartes de l’Europe n’arrivent. »
Les empires d’hier, les puissances d’aujourd’hui
Le colonialisme européen est né de la soif de pouvoir et de métaux. L’Espagne et le Portugal s’élancèrent les premiers, suivis par l’Angleterre, la France et les Pays-Bas. À coups de canons, de drapeaux et de croix, ils tracèrent des cartes qui déchirèrent des continents entiers. Pendant des siècles, le monde fut un échiquier dont le centre était l’Europe.
Ce colonialisme classique a laissé des cicatrices qui saignent encore. Des plantations esclavagistes des Caraïbes aux enclaves minières d’Afrique. Des vice-royautés d’Amérique aux comptoirs des Indes. Le monde fut subordonné à une poignée de métropoles qui s’enrichirent du travail et des ressources des autres. L’or et l’argent des Amériques ont financé les couronnes d’Europe, les épices d’Asie ont nourri les fortunes d’Amsterdam ou de Londres, le coton et le sucre firent tourner des empires entiers.
Aujourd’hui, les drapeaux ont changé, mais la logique demeure. Le pouvoir n’est plus aux vice-rois ni aux amiraux, mais aux banques centrales, fonds d’investissement et traités multilatéraux. Le colonialisme d’hier s’est mué en club du G7, qui concentre plus de 45 % du PIB mondial et oriente le pouls des finances globales. États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada contrôlent non seulement les marchés, mais aussi le discours : ils décident de ce qu’est le développement, de ce qu’est la démocratie, et de quel pays mérite d’être sanctionné.
La force militaire reste un ingrédient central. Les dépenses militaires mondiales dépassaient en 2023 les 2,4 mille milliards de dollars, le G7 et ses alliés représentant plus des deux tiers du total. C’est la continuité de la vieille flotte coloniale, mais aujourd’hui sous l’uniforme de l’OTAN ou de coalitions dites « humanitaires ».
Des vice-royautés à Wall Street, de la Compagnie des Indes à BlackRock, la différence n’est que technologique. Le monde reste divisé : il y a ceux qui commandent, et ceux qui attendent.
« Le colonialisme a changé de drapeau, mais jamais de maître. »
Les États-Unis : le colonialisme du dollar
Les États-Unis ont hérité du bâton du colonialisme européen et l’ont transformé en un empire financier. Leur territoire s’est étendu aux dépens des peuples autochtones et du Mexique, mais leur véritable bond en avant eut lieu après la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1945, le dollar est devenu le sang du système mondial. Ils n’avaient pas besoin de vice-rois ni de crucifix : il leur suffisait de banques, de bases militaires et de Hollywood.
Le dollar est l’arme la plus puissante des XXe et XXIe siècles. Plus de 58 % des réserves internationales mondiales sont libellées en dollars. Près de 80 % des transactions commerciales mondiales s’effectuent dans cette monnaie. Cette hégémonie fait de Washington le juge suprême de l’économie mondiale. Quiconque défie le dollar est sanctionné. Quiconque en dépend doit obéir.
Le contrôle n’est pas seulement financier. Il est aussi militaire. Les États-Unis dépensent plus de 900 milliards de dollars par an pour leur défense, soit près de 40 % des dépenses militaires mondiales. Ils entretiennent plus de 750 bases dans 80 pays : un empire étalé qui ne se nomme jamais empire. Des Caraïbes au Pacifique, du golfe Persique à l’Afrique, leurs porte-avions ont remplacé les flottes coloniales d’antan.
Le FMI et la Banque mondiale, nés à Bretton Woods sous l’égide américaine, fonctionnent comme les extensions de ce colonialisme. Ils prêtent de l’argent avec des conditions qui démantèlent les économies locales, privatisent les ressources et forcent à ouvrir les marchés. Chaque prêt est accompagné de chaînes invisibles plus lourdes que celles en fer.
Le « soft power » joue également son rôle. Netflix, la Silicon Valley et Wall Street bâtissent un imaginaire où les États-Unis semblent inévitables. Leurs séries, leurs réseaux et leurs algorithmes façonnent désirs, consommations et même choix politiques dans des pays qui se croient libres. C’est un colonialisme culturel qui accompagne le financier et le militaire.
Le constat est clair : les États-Unis n’ont plus besoin de conquérir des territoires, ils ont déjà colonisé les règles. Avec leur monnaie ils dictent l’économie, avec leurs bases ils imposent la force, avec leurs écrans ils définissent la culture. C’est un empire qui ne se proclame pas, mais qui se fait sentir à chaque recoin de la planète.
« Le colonialisme ne se signe plus à la pointe de l’épée, il s’imprime sur des billets verts. »
L’Europe est l’ancienne colonie recyclée
L’Europe fut l’épicentre du colonialisme classique. De ses ports partirent les caravelles qui découpèrent le monde en morceaux. L’Espagne, le Portugal, l’Angleterre, la France, la Hollande et la Belgique bâtirent des empires sur l’or volé, les esclaves enchaînés et des territoires fragmentés. Leur richesse s’est construite sur le pillage de trois continents.
Aujourd’hui, l’Europe ne domine plus par des flottes et des canons : elle perpétue des structures coloniales sous de nouveaux habits. L’Union européenne se présente comme un phare de démocratie et de droits, tandis que des entreprises européennes contrôlent des mines en Afrique, l’énergie au Moyen-Orient et l’agro-industrie en Amérique latine. Le continent qui prêche la liberté conserve des chaînes sous forme de contrats et de dettes.
La France est l’exemple le plus flagrant. Avec le franc CFA, elle maintient 14 pays africains dépendants, ceux-ci devant déposer une partie de leurs réserves au Trésor français. Dans le Sahel, elle déploie des troupes, justifie des interventions et sécurise de l’uranium bon marché pour ses centrales nucléaires. L’Allemagne, moteur industriel de l’Europe, dépend de l’énergie et de matières premières importées, mais impose des règles fiscales qui étranglent ses voisins les plus pauvres au sein même de l’Union.
Les chiffres parlent : le PIB de l’Union européenne représente près de 14 % du PIB mondial, mais sa dépendance aux importations énergétiques dépasse 55 % de sa consommation totale. Elle importe le gaz de Russie et d’Algérie, le pétrole du Moyen-Orient, les minerais d’Afrique et d’Amérique latine. Elle exporte de la technologie, des finances et des normes.
Le colonialisme européen s’est mué en bureaucratie communautaire et en traités commerciaux. Les anciennes colonies sont devenues des « partenaires stratégiques », mais le partage demeure inégal. L’Europe ne gouverne plus par des vice-rois, mais impose ses intérêts à travers régulations, subventions agricoles et sanctions ciblées.
« L’Europe prêche les droits, mais continue de distribuer des chaînes. »
La Chine est la nouvelle route du pouvoir
La Chine est passée du statut de victime de la colonisation à celui de puissance défiante face aux anciens empires. Au XIXe siècle, elle a subi les guerres de l’opium, les traités inégaux, les occupations étrangères. Hong Kong, Shanghai et d’autres villes furent transformées en enclaves coloniales. Aujourd’hui, un siècle et demi plus tard, la Chine investit dans des ports, des routes, des mines et des télécommunications sur tous les continents. Elle se présente comme une alternative au pouvoir occidental, mais son empreinte rappelle trop souvent l’ancien colonialisme.
L’Initiative « la Ceinture et la Route », lancée en 2013, est le plus grand projet d’infrastructures au monde. Plus de 150 pays ont signé des accords avec Pékin. Les investissements engagés dépassent 1 300 milliards de dollars, avec des ports au Pakistan, des trains en Afrique, des routes en Amérique latine et des câbles sous-marins reliant les continents. Le dragon n’a pas débarqué avec des canons, mais avec des prêts.
La Chine contrôle déjà une grande partie de la chaîne des minéraux critiques. Plus de 70 % du raffinage mondial du lithium et près de 60 % du cobalt extrait au Congo finissent dans des entreprises chinoises. Son hégémonie n’est pas militaire mais industrielle : elle sécurise les matières premières, construit des usines et offre des financements là où l’Occident impose des sanctions.
Le dilemme est double. Pour certains pays, la Chine représente un souffle d’air face au dollar et au FMI. Pour d’autres, c’est un nouveau colonisateur qui achète les gouvernements à coups de chèques et lie des générations à la dette. Le récit de la coopération Sud-Sud cohabite avec les dénonciations d’extractivisme et de manque de transparence.
Le géant asiatique n’est plus l’atelier bon marché du monde. Il dispute routes maritimes, satellites, intelligence artificielle et minerais stratégiques. L’équation a changé : le colonialisme n’est plus seulement occidental, il s’exprime aussi en mandarin.
« La Chine ne commande pas par les flottes, mais par des contrats dont le poids dépasse celui des canons. »
Russie : de l’Empire tsariste à l’empire énergétique
La Russie a toujours été un empire cherchant à s’étendre vers des mers chaudes et des frontières infinies. Du tsarisme à l’Union soviétique, puis de l’URSS à Poutine, la logique est restée la même : contrôler le territoire, l’énergie, et le pouvoir militaire. Aujourd’hui, la Russie n’offre ni prêts avantageux ni accords commerciaux comme la Chine ou les États-Unis. Son levier est ailleurs : le gaz, le pétrole, l’uranium.
L’Europe entière a dépendu durant des décennies de l’énergie russe. Avant la guerre en Ukraine, Moscou fournissait 40 % du gaz naturel consommé par l’Union européenne. Cette dépendance fut une arme silencieuse permettant d’influencer sans tirer un seul coup de canon. Il en va de même pour le pétrole : la Russie produit près de 10 millions de barils par jour, ce qui en fait l’un des trois plus grands exportateurs mondiaux.
La guerre en Ukraine a montré que le colonialisme du XXIe siècle s’écrit aussi avec des chars et des pipelines. Moscou défend ses sphères d’influence à sang et à feu, justifiant les invasions avec la même rhétorique que les empires d’antan. Il ne s’agit pas seulement de frontières, mais de pipelines, de contrats gaziers, du contrôle des corridors stratégiques.
Bien au-delà de l’Europe, la Russie s’impose comme un acteur majeur en Afrique et au Moyen-Orient. Elle exporte des armes, propose des mercenaires à travers le groupe Wagner et assure l’accès à des mines d’or, de diamants et d’uranium. La géopolitique russe se mélange à la guerre hybride : énergie, armées privées et diplomatie agressive.
Les chiffres sont éloquents : le budget militaire russe dépasse les 100 milliards de dollars par an, et ses réserves de gaz naturel sont les plus importantes du monde, avec plus de 37 000 milliards de mètres cubes. Moscou est un empire énergétique qui sait que sans son pétrole et son gaz, le monde ne tourne pas.
« La Russie n’exporte ni démocratie ni traités : elle exporte gaz, pétrole et guerres. »
Les peuples qui attendent
Pendant que les puissances dictent les règles, les peuples attendent. Ils attendent le développement, ils attendent la souveraineté, ils attendent la justice. Ce qu’ils reçoivent, ce sont des prêts qui les enfoncent davantage, un extractivisme qui ravage leurs terres et des promesses qui s’évaporent dans les discours diplomatiques. L’histoire du colonialisme n’est pas seulement celle de ceux qui commandent, c’est celle de ceux qui ont été condamnés à attendre ce qui n’arrive jamais.
L’Amérique latine en est l’exemple parfait. Elle concentre 60 % du lithium mondial, 40 % du cuivre et d’immenses ressources agricoles. Pourtant, plus de 180 millions de personnes y vivent dans la pauvreté, selon la CEPAL. Elle exporte des minéraux et de la nourriture qui soutiennent des industries étrangères, alors que des millions d’individus n’ont ni emploi digne ni sécurité alimentaire.
L’Asie du Sud et du Sud-Est portent le paradoxe d’être à la fois l’atelier du monde et des terres d’exploitation. Bangladesh, Inde, Pakistan et Vietnam produisent textiles et électroniques pour les multinationales, mais des millions d’ouvriers survivent avec des salaires de misère. La pauvreté touche plus de 400 millions de personnes dans la région, pendant que les chaînes d’approvisionnement engraissent les comptes d’entreprises occidentales et chinoises.
Le Moyen-Orient est pris au piège entre pétrole et guerres. La Palestine attend depuis 75 ans un État qui ne vient pas, le Yémen attend la fin d’un conflit oublié, la Syrie attend la reconstruction après une destruction totale. Les réserves de pétrole et de gaz y sont immenses, mais les populations vivent entre sanctions, bombardements et exodes.
L’Afrique reste le continent le plus pillé. Or, diamants, coltan, uranium et pétrole nourrissent les économies du Nord alors que des millions de personnes survivent avec moins de deux dollars par jour. Plus de 280 millions d’Africains souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, et pourtant le continent est crucial pour la transition énergétique mondiale. L’Afrique attend la justice, mais hérite d’interventions, de dettes et de miettes.
L’Océanie semble invisible sur la carte du colonialisme, mais porte ses propres chaînes. L’Australie et la Nouvelle-Zélande servent de relais à l’Occident, pendant que les peuples autochtones restent marginalisés. Les îles du Pacifique, comme Kiribati ou Tuvalu, attendent des mesures contre le changement climatique qui menace de les engloutir. Leur richesse maritime est pillée par des flottes étrangères, tandis que leurs habitants risquent purement et simplement la disparition sous les eaux.
L’Europe de l’Est et les Balkans aussi attendent. Ils espèrent être traités en égaux au sein de l’Union européenne, mais on leur assigne un rôle de périphérie bon marché. Leurs travailleurs migrent vers l’Ouest, leurs terres sont vendues à des fonds agricoles, et leur souveraineté s’émiette entre Bruxelles, Moscou et Washington.
La migration est le visage humain de cette attente mondiale. Plus de 280 millions de personnes vivent hors de leur pays d’origine (ONU, 2023). Beaucoup traversent mers et déserts pour fuir la faim ou la guerre, mais ne trouvent que des frontières verrouillées et des discours xénophobes. L’attente devient exil, et l’exil une condamnation.
« Les peuples attendent des trains de progrès et reçoivent des wagons de dettes. »
Afrique en bref
L’Afrique mérite un traité entier, pas un simple paragraphe. C’est le continent le plus pillé et le plus résilient de la planète. Or, diamants, coltan, pétrole et uranium ont financé la richesse des autres durant des siècles. Ses peuples ont subi l’esclavage, la faim provoquée, des guerres fabriquées et des dettes insoutenables.
Pourtant, cette chronique ne s’attardera pas sur l’Afrique car une série complète lui est déjà due. Il suffit ici de rappeler ce fait : l’Afrique détient plus de 30 % des ressources naturelles mondiales et pourtant concentre le taux de pauvreté extrême le plus élevé, avec plus de 460 millions de personnes vivant avec moins de deux dollars par jour.
Le colonialisme n’a jamais quitté l’Afrique, il n’a fait que changer de drapeau. La France y contrôle encore des monnaies, les États-Unis et la Chine y rivalisent pour les contrats, la Russie fournit armes et mercenaires. L’Afrique est au centre de l’échiquier, mais à la marge de la justice.
« L’Afrique mérite une bibliothèque, pas un simple paragraphe. »
Ce qui se joue à l’horizon 2050
Le colonialisme n’est pas un souvenir, c’est un présent qui façonne l’avenir. Vers 2050, la planète affrontera une tempête parfaite : croissance démographique, crise climatique, épuisement des ressources et concentration du pouvoir entre quelques mains. Les peuples continueront d’attendre s’ils ne brisent pas les chaînes, et les puissances continueront de dominer si personne ne les défie.
Les chiffres sont explicites. La population mondiale dépassera les 9,7 milliards d’habitants (ONU, 2024). La demande alimentaire augmentera de 50 %, la consommation d’eau de 30 % et le besoin d’énergie doublera (Banque mondiale, AIE). Le lithium, le cuivre, l’hydrogène vert et les terres fertiles deviendront les armes du futur. Les pays qui les possèdent seront courtisés ou sous pression ; les autres resteront subordonnés.
Le changement climatique amplifiera les inégalités. Sécheresses, inondations et perte de terres arables frapperont d’abord les pays pauvres. Pendant ce temps, les puissances investiront dans des murailles vertes, des énergies propres pour elles-mêmes et des assurances climatiques, laissant aux autres catastrophes et promesses creuses.
La technologie sera une nouvelle frontière coloniale. L’intelligence artificielle, le contrôle des données et la biotechnologie seront aux mains de quelques pays et multinationales. Qui contrôle les algorithmes décidera de la politique, de l’économie, et même de la culture du XXIe siècle. La dépendance numérique pourrait s’avérer plus forte que n’importe quelle chaîne matérielle.
À l’horizon 2050, le choix sera brutal : émancipation ou soumission. Si les peuples parviennent à conjuguer souveraineté politique, contrôle des ressources et intégration régionale, ils briseront le cycle. Sinon, le colonialisme atteindra sa forme la plus invisible et totale.
« Le colonialisme du futur ne portera pas d’uniforme, il arborera des puces, des contrats et des molécules vertes. »
Colonialisme du XXIᵉ siècle : puissances et territoires
États-Unis : financier, militaire, culturel → Amérique latine, Moyen-Orient, Asie-Pacifique → Dollar global, 750 bases militaires, contrôle de la Silicon Valley
Pays : Mexique, Colombie, Irak, Afghanistan, Japon, Corée du Sud, Philippines
Europe (UE) : commercial, monétaire, énergétique → Afrique, Amérique latine, Europe de l’Est → Franc CFA, accords agricoles, sanctions économiques
Pays : Mali, Niger, Sénégal, Algérie, Maroc, Ukraine, Pologne, Argentine
Chine : infrastructures, dette, industrie → Afrique, Asie centrale, Amérique latine → Nouvelle Route de la Soie, lithium raffiné, contrats miniers au Congo et en Bolivie
Pays : Zambie, Éthiopie, Pakistan, Sri Lanka, Bolivie, Pérou, Brésil, Argentine
Russie : énergie, militaire, extraction → Europe de l’Est, Afrique, Moyen-Orient → Exportation de gaz, Wagner, guerre en Ukraine
Pays : Ukraine, Syrie, Libye, Soudan, République centrafricaine, Niger, Kazakhstan
Le colonialisme n’a jamais disparu.
Aujourd’hui, il a simplement changé d’uniforme et se déguise en dollar, en accords de libre-échange, en corridors énergétiques et en algorithmes de surveillance. Les puissances continuent de commander, et les peuples continuent d’attendre. Mais la patience des peuples n’est pas infinie. Chaque crise, chaque pillage, chaque humiliation accumule une énergie qui tôt ou tard finit par exploser.
L’avenir n’est pas écrit. Vers 2050, le monde pourra répéter la même histoire avec de nouveaux maîtres, ou briser le cycle. L’émancipation ne se mendie pas : elle se construit par la souveraineté, l’intégration régionale, la maîtrise des ressources et la dignité collective. Il ne s’agit pas de nostalgie ou de romantisme. Il s’agit de survivre comme humanité sur une planète à bout de souffle.
Le colonialisme paraît invincible, mais les empires qui semblaient éternels se sont aussi effondrés. Les peuples qui attendent n’attendront pas toujours. L’histoire montre qu’on brise les chaînes quand la dignité finit par surpasser la peur.
« Le colonialisme peut régner aujourd’hui, mais l’histoire ne reste jamais à genoux pour toujours. »
Bibliographie résumée
ONU : Perspectives de la population mondiale 2024
Banque mondiale : Indicateurs du développement mondial 2022
FMI : Prévisions économiques mondiales 2023
SIPRI : Base de données sur les dépenses militaires 2023
AIE : Perspectives mondiales de l’énergie 2023
Traduction Bernard Tornare
Mauricio Herrera Kahn est un ingénieur civil mécanique chilien diplômé de l’Université Technique de l’État (UTE). Il est l’auteur de nombreux articles d’analyse sur les questions de politique énergétique, de souveraineté, de ressources naturelles, de transition énergétique et de géopolitique.
Mauricio Herrera Kahn est une référence dans la réflexion critique sur l’énergie et la souveraineté, à la croisée de la technique, de la politique et de l’engagement social, avec une voix forte dans les débats sur la justice énergétique mondiale et les rapports de force Nord-Sud.
⚠ Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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