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Le Venezuela, au cœur du combat pour un monde nouveau

par Bernard Tornare 15 Août 2025, 12:32

Une femme passe devant une fresque d'Hugo Chavez à Caracas, au Venezuela, le 29 mai 2022. Jimmy Villalta / ZUMA Press Wire / Legion-Media

Une femme passe devant une fresque d'Hugo Chavez à Caracas, au Venezuela, le 29 mai 2022. Jimmy Villalta / ZUMA Press Wire / Legion-Media

Par Carmen Parejo Rendón

« Nous défendrons notre indépendance par tous les moyens à notre disposition et élèverons notre protestation devant la nation espagnole et son peuple intelligent, que nous croyons ne pas contester la légalité de nos revendications », affirmait Abd el-Krim, chef révolutionnaire rifain, qui résista à l’occupation coloniale française et espagnole au début du XXe siècle. Ces mots, qui distinguent le pouvoir oppresseur du peuple capable de comprendre et de résister, résonnent aujourd’hui plus que jamais depuis le Venezuela. Car le Venezuela n’est pas seulement un pays assiégé par l’impérialisme : il incarne une tranchée éthique, politique et culturelle au cœur d’un monde qui vacille, pris dans les guerres, les génocides, la résurgence des fascismes et les marchés qui dévorent les peuples.

 

Soutenir le Venezuela n’est pas un simple geste de solidarité lointaine : c’est un acte d’affirmation politique. C’est prendre parti : être aux côtés des peuples qui façonnent la vie malgré le blocus, ou se placer du côté de ceux qui monnayent la dignité.

 

Dès ses débuts, la Révolution bolivarienne a été pointée du doigt comme menace par le pouvoir impérialiste. Non pas en raison de ses erreurs, ni même de ses réussites (qui n’ont guère eu le temps de s’exprimer), mais pour sa hardiesse : évoquer le socialisme et, surtout, tenter de le bâtir, non seulement en Amérique latine — continent historiquement pillé — mais dans un monde qui, après la victoire du capitalisme lors de la Guerre froide et l’effondrement du bloc socialiste, se vantait du « fin de l’histoire ».

 

Alors que seule subsistait comme îlot de résistance Cuba, encerclée et assiégée, c’est la mer des Caraïbes qui s’est faite le trait d’union révolutionnaire entre l’exemple cubain et un nouvel élan pour transformer le monde.

 

Dès le départ, la Révolution bolivarienne fut dénoncée comme une menace par l’empire, non pour ses erreurs, mais bien pour son audace : celle de parler de socialisme.

 

Face à cela, le coup d’État de 2002 contre Hugo Chávez a marqué le début d’une guerre longue, multiforme et continue, faite de sabotages, de blocus économique, de guerre médiatique, de terrorisme financier, de violences de rue instrumentalisées, de remise en cause d’élections légitimes et de l’instauration d’un « gouvernement parallèle » sans aucune légitimité. Ainsi, depuis plus de vingt ans, le Venezuela subit un siège destiné à étouffer son processus populaire et à avertir le reste du monde de ce qui arrive à ceux qui osent désobéir.

 

Mais à chaque assaut impérialiste, c’est non seulement l’État mais aussi le peuple organisé qui a résisté, à la base, au sein du tissu social vivant. Là où le marché étouffait sous le blocus, là où les institutions étaient délégitimées par la machine médiatique et politique mondiale, sont apparus des circuits de souveraineté locale, d’autogestion et de vie communautaire.

 

Ce qui fait la force disruptive du processus vénézuélien, c’est qu’il implique un sujet politique populaire, bien au-delà des institutions, profondément enraciné dans la vie quotidienne, et de ce fait plus difficile à éliminer. Les communes ne produisent pas seulement des biens essentiels : elles produisent aussi une conscience, une solidarité et un pouvoir réel. S’y ajoute l’union civico-militaire — grande rupture stratégique du chavisme — qui a rendu impossible, au Venezuela, la répétition du scénario golpiste subi par Salvador Allende au Chili. Sous le siège, le peuple vénézuélien a prouvé qu’une révolution ne tient ni par décret ni par discours, mais par l’appropriation populaire du destin collectif. Avec toutes les contradictions propres à toute dynamique vivante, ce peuple garde debout une utopie concrète, animé non par la nostalgie du passé, mais par une intuition claire de l’avenir. Et c’est cela, l’exemple, que l’on ne pardonne pas, et que l’on ne pardonnera jamais au Venezuela.

 

Le coup d’État de 2002 contre Chávez a marqué le début d’une guerre multiforme : sabotages, blocus, campagne médiatique, terrorisme financier, violences de rue, délégitimation des élections.

 

Récemment, nous assistons à une nouvelle escalade contre la République bolivarienne : Donald Trump vient d’augmenter la prime pour la capture de Nicolás Maduro à 50 millions de dollars, doublant la somme fixée précédemment sous Joe Biden — une somme record contre un chef d’État étranger. Ce n’est pas une simple provocation symbolique, mais une criminalisation opérationnelle : le Département de la Justice, sous la direction de la procureure générale Pam Bondi, accuse Maduro d’être « l’un des plus grands narcotrafiquants au monde ». Ce récit s’inscrit dans une version élargie de la « doctrine antidrogue » visant à « légitimer », sous prétexte de sécurité, une éventuelle intervention militaire extraterritoriale.

Le président vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas, le 28 juillet 2025. Jésus Vargas / Gettyimages.ru

Le président vénézuélien Nicolás Maduro à Caracas, le 28 juillet 2025. Jésus Vargas / Gettyimages.ru

Mais au-delà du cynisme, ce qui frappe, c’est la nature de cette rhétorique belliqueuse – enrichie de primes, de « cartels » et de déploiements militaires – qui émane d’un pays connaissant sa propre crise de drogue, alimentée par la misère, la pauvreté et la crise sociale. Plutôt que d’affronter les racines structurelles de la consommation massive d’opioïdes ou de fentanyl, le gouvernement américain instrumentalise la souffrance de son propre peuple pour légitimer ses ingérences extérieures, voire durcir la répression intérieure. Un jeu sordide où la tragédie domestique n’est pas résolue, mais utilisée à des fins sinistres.

 

Nous vivons une époque de confrontation mondiale entre un centre acharné à préserver son pouvoir déclinant et une périphérie en quête de souveraineté et de coopération inédites. Cette guerre ne vise pas seulement le Venezuela, mais tout ce qui ose sortir de la subordination établie.

 

Dernièrement, c’est aussi le Brésil qui en a fait les frais, avec l’instauration par les États-Unis de droits de douane de 50 %, sanction économique et politique directe. Espérons que ce coup porté à sa souveraineté pousse le gouvernement de Lula à lever, une bonne fois pour toutes, le honteux veto à l’entrée du Venezuela dans le BRICS.

 

L’Inde apprend aussi la leçon, frappée à son tour par des taxes douanières et désormais tenue de reconsidérer ses alliances : résorber ses tensions avec la Chine et s’intégrer sans ambiguïté dans un monde multipolaire devient moins une option qu’une nécessité pressante. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement l’hégémonie économique, mais le droit de bâtir des modèles propres de développement et de justice sociale.

 

En élargissant le panorama, on constate que l’ordre global chancelle dans un contexte inquiétant : une Europe qui recycle la pire part de son histoire avec le retour du militarisme et du fascisme ; l’impuissance face à un génocide télévisé, comme celui du peuple palestinien ; et l’arrogance sans fard de leaders comme Trump et ses affidés, s’affichant sans complexe en ennemis de la vie.

 

Défendre le Venezuela aujourd’hui va bien au-delà de frontières ou d’affinités idéologiques avec son processus révolutionnaire. Il s’agit en réalité de choisir le sens même du monde à construire. Lorsqu’on persécute, bloque ou criminalise une expérience populaire au nom de son projet alternatif, ce n’est pas seulement un pays qui est en jeu, mais la possibilité d’un futur. L’enjeu n’est pas uniquement la domination économique, mais un ordre international édifié sur la nécessité d’avoir des subalternes.

 

Revenant à Abd el-Krim, par-delà les États, les peuples du monde ont le devoir de comprendre et de résister. Sinon, nous continuerons à vivre dans un monde qui célèbre la guerre, retransmet les génocides en direct, et met un prix sur la dignité. Défendre le Venezuela, c’est aussi nous défendre, nous, en tant que partie d’une humanité commune.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Le Venezuela, au cœur du combat pour un monde nouveau

Carmen Parejo Rendón est une rédactrice et analyste espagnole dans différents médias audiovisuels et écrits. Directrice du média numérique Revista La Comuna. Collaboratrice d'HispanTV et de Telesur. Elle se consacre à l'étude et à l'analyse de la réalité latino-américaine et ouest-asiatique.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.​​​​​​​

 

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