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La relation tendue de Trump avec l’Amérique latine

par Bernard Tornare 18 Juillet 2025, 14:25

Image d’illustration : le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprimant lors de la Conférence d'action politique conservatrice 2025 (CPAC) au Gaylord National Resort & Convention Center à National Harbor, dans le Maryland. Gage Skidmore/flickr.

Image d’illustration : le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprimant lors de la Conférence d'action politique conservatrice 2025 (CPAC) au Gaylord National Resort & Convention Center à National Harbor, dans le Maryland. Gage Skidmore/flickr.

Par Pablo Meriguet

 

Droits de douane, menaces et sanctions économiques

L’approche de Trump envers l’Amérique latine s’inscrit dans la continuité et l’intensification de sa première mandature, alors même que la région est aujourd’hui dominée par des chefs d’État à tendance progressiste.

 

Le second mandat du président américain Donald Trump a été marqué par une avalanche de commentaires – officiels ou non – sur d’autres nations, laissant souvent deviner l’orientation de son administration sans déclaration formelle de politique étrangère. Ainsi, chaque fois que Trump s’en prend à un gouvernement, ses propos font immédiatement la une et suscitent débats et parfois incertitudes dans les pays concernés.

 

L’Amérique latine a été une de ses cibles favorites. On se souviendra qu’au cours de sa première campagne, il a qualifié le Mexique, le Guatemala, le Salvador et le Honduras de viviers de criminels. De même, il a désigné Cuba, le Venezuela et le Nicaragua comme la « troïka de la tyrannie », tout en intensifiant le blocus économique contre Cuba.

 

Durant son second mandat, sa stratégie diplomatique envers l’Amérique latine et les Caraïbes reste cohérente, résumée par ses propres mots, le 22 janvier 2025 : « Ils ont bien plus besoin de nous que nous n’avons besoin d’eux. Nous n’avons pas besoin d’eux. Ils ont besoin de nous – tout le monde a besoin de nous. »

 

Aussi discriminatoire que puisse paraître la rhétorique de Trump, elle ne doit pas être interprétée comme de l’indifférence. Des analystes relèvent que l’implication du président d’extrême droite auprès des dirigeants latino-américains et caribéens montre une intensification des démarches diplomatiques lors de ce second mandat, la région restant essentielle dans la stratégie géopolitique des États-Unis.

 

Panama

Le 20 janvier, lors de son discours d’investiture, Trump a annoncé son intention de reprendre le contrôle du canal de Panama : « Nous ne l’avons pas donné à la Chine. Nous l’avons donné au Panama et nous allons le reprendre. »

 

Ces propos, considérés par certains comme burlesques, se sont vite concrétisés en objectifs politiques lorsque la nouvelle administration a commencé à exercer une forte pression sur le gouvernement panaméen. Les États-Unis ont exigé que Panama annule ses accords économiques avec la Chine, accepte des échanges de renseignements plus poussés avec Washington, et ont proposé l’installation de quatre bases militaires américaines dans le pays.

 

Cuba

Sans surprise, Cuba a été réinscrite sur la liste des États soutenant le terrorisme par Washington, effet qui entraîne de lourdes conséquences pour les pays répertoriés : toute entreprise commerçant avec eux peut être considérée comme associée à des soutiens du terrorisme. Trump, allié des Cubains anticommunistes exilés aux États-Unis, a célébré cette décision, prise une semaine seulement après que l’administration Biden ait retiré Cuba de cette liste.

 

L’espoir d’une amélioration des relations diplomatiques avec La Havane s’est vite dissipé : Trump a annoncé son renforcement du blocus financier, l’atteinte aux transferts d’argent (remesas), et de nouvelles sanctions contre des « entités restreintes ».

 

Mexique

Trump a également multiplié les échanges virulents avec la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum. Le président cherche à pousser le Mexique à renforcer le contrôle migratoire. Si la proposition de rebaptiser le Golfe du Mexique en « Golfe d’Amérique » a attiré les regards, l’objectif sous-jacent est d’accentuer la pression sur la politique intérieure mexicaine.

 

En janvier 2025, Trump a désigné les cartels mexicains comme « organisations terroristes étrangères », ce qui, selon plusieurs analystes, lui donnerait le pouvoir d’ordonner des attaques contre ces groupes, y compris sur le territoire mexicain : « Sous les ordres que je signe aujourd’hui… nous désignons aussi les cartels comme organisations terroristes étrangères. »

 

Suite à ces déclarations, Sheinbaum a exigé le respect de la souveraineté du Mexique, mais la controverse ne s’est pas arrêtée là. En février 2025, Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 25 à 30% sur les produits mexicains si le Mexique ne réduisait pas le flux de fentanyl à la frontière et n’intensifiait pas ses contrôles migratoires.

 

Finalement, ces droits de douane n'ont pas été appliqués après un entretien téléphonique au cours duquel Sheinbaum s’est engagée à augmenter de 10 000 le nombre de gardes nationaux à la frontière. Pourtant, cette semaine, Trump a annoncé des droits de douane de 30% sur les importations mexicaines.

 

Venezuela

Trump s’est également attaqué au gouvernement chaviste du Venezuela. Non seulement il a reconnu Edmundo González comme vainqueur de l’élection présidentielle du 28 juillet 2024 – ignorant tacitement le gouvernement Maduro, qui, selon le Conseil national électoral, aurait pourtant battu le candidat de droite –, mais il a également imposé de nouvelles sanctions économiques contre Caracas.

 

Le gouvernement américain a en outre décidé de ne pas renouveler la licence d’exploitation de Chevron au Venezuela : « Nous refusons au Venezuela tout financement susceptible de conduire à l’oppression du peuple vénézuélien », a déclaré Mignon Houston, porte-parole du département d’État.

 

Par ailleurs, l’administration Trump a choisi de retirer les permis de voyage et de sanctionner plusieurs hauts cadres du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), ainsi que plusieurs membres de leurs familles proches.

 

Le Venezuela continue aussi de réclamer le rapatriement de plus de 200 de ses ressortissants expulsés des États-Unis et actuellement incarcérés (sans procès ni condamnation définitive) dans une prison de haute sécurité au Salvador, suite à un accord entre le gouvernement de San Salvador – étroitement aligné sur la politique étrangère de Trump – et Washington. Ce dernier continue de qualifier ces Vénézuéliens emprisonnés de « terroristes », alors que Caracas nie catégoriquement cette accusation.

 

Colombie

La politique migratoire de Trump a largement indisposé plusieurs gouvernements progressistes d’Amérique latine. La Colombie, notamment, a dénoncé les mauvais traitements infligés à des centaines de déportés dont l’expulsion par l’administration Trump était célébrée comme une « réussite ».

 

Face à cela, le gouvernement de Gustavo Petro a annoncé qu’il refuserait de recevoir les déportés colombiens dans des conditions jugées inhumaines par Bogotá. Trump a immédiatement menacé d’augmenter les droits de douane sur les produits colombiens à 25% si la Colombie persistait à refuser l’entrée de ses ressortissants. Finalement, le conflit s’est résolu après que les autorités américaines se sont engagées à ne pas menotter les déportés colombiens, ce qui a permis à Bogotá d’accepter les vols en provenance d’Amérique du Nord.

 

Cependant, les tensions ont tourné à la crise diplomatique en juillet 2025, lorsqu’El País a révélé que l’ex-ministre colombien des Affaires étrangères, Álvaro Leyva, aurait rencontré le congressiste américain Mario Diaz-Balart pour planifier la « sortie anticipée » du gouvernement Petro. Face à ces allégations, la Colombie a exigé des explications, tandis que le département d’État américain a choisi de rappeler provisoirement son chargé d’affaires à Bogota. Petro a répliqué en retirant à son tour son propre chargé d’affaires à Washington.

 

Par ailleurs, après l’attentat contre le droitier Miguel Uribe Turbay, le secrétaire d’État Marc Rubio a imputé l’événement notamment à la « rhétorique gauchiste violente » émanant du « plus haut niveau de l’État colombien ». Cette déclaration a fortement indigné l’administration de Bogota, marquant un niveau de tension inédit entre les deux pays depuis des décennies.

 

Brésil

Un autre pays récemment entré en conflit avec Trump est le Brésil. Lors d’un sommet des BRICS à São Paulo, Trump a dénoncé ce qu’il qualifie de « persécution judiciaire » à l’encontre de son « ami personnel », l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro, accusé par la justice brésilienne d’avoir conspiré pour empêcher la prise de fonctions de Lula da Silva, victorieux d’une élection très serrée. Des milliers de partisans de Bolsonaro avaient envahi les sièges des trois pouvoirs à Brasilia, provoquant la proclamation de l’état d’urgence.

 

Trump a dénoncé le procès comme une chasse aux sorcières et menacé d’augmenter à 50% les droits de douane sur les produits brésiliens si le procès contre Bolsonaro n’était pas interrompu. Bolsonaro a accueilli ce soutien avec enthousiasme. Lula a répondu que la souveraineté et les décisions judiciaires du Brésil devaient être respectées, ajoutant qu’en cas de hausse tarifaire à 50% par les États-Unis, le Brésil appliquerait la réciprocité.

 

Un nouveau modèle de pression diplomatique ?

Les critiques de l’approche de l’administration Trump affirment que l’objectif constant de toutes ses actions est d’aligner les pays d’Amérique latine et des Caraïbes sur les ambitions et intérêts géopolitiques des États-Unis. Reste à savoir jusqu’où Washington est prêt à aller pour parvenir à ses fins.

 

Pour l’instant, il n’y a pas eu d’intervention militaire, même s’il est difficile d’évacuer totalement le risque, vu les projets de Washington d’installer de nouvelles bases dans la région, notamment à Panama et en Équateur.

 

La menace tarifaire est devenue un outil récurrent – la Chine accusant les États-Unis d’utiliser ce levier pour punir ou isoler leurs « adversaires ». Le Brésil, par exemple, est convoqué à la table des négociations sous la menace d’un tarif douanier de 50%.

 

Pour le moment, malgré la brutalité affichée de l’approche Trump, la plupart des gouvernements latino-américains semblent privilégier des accords visant à résoudre rapidement toute crise diplomatique ou économique.

 

Mais combien de temps ce modèle pourra-t-il durer avant d’altérer profondément les relations États-Unis–Amérique latine ? Trump continue de jouer ce pari incertain.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en anglais

La relation tendue de Trump avec l’Amérique latine

Pablo Meriguet est un historien, philosophe et écrivain équatorien. Il est également poète et a publié plusieurs recueils. Il est co-fondateur et co-éditeur d'une revue de poésie intitulée Cuando E.P. Thompson se hizo poeta.

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