À la veille de l’élection présidentielle du 29 juillet 2024 au Venezuela, les correspondants du Guardian, Tiago Rogero (basé à Rio de Janeiro) et Sam Jones (basé à Madrid), prédisaient que le scrutin « pourrait mettre fin à 25 ans de pouvoir socialiste ». Ce ne fut pas le cas. Le lendemain, 30 juillet, un autre groupe de correspondants du Guardian accordait une large couverture à la politicienne vénézuélienne d’extrême droite Maria Corina Machado, citant sa déclaration selon laquelle « la sortie de Maduro était inévitable ». Pourtant, Nicolas Maduro a été investi comme président réélu pour le mandat 2025-2031 le 10 janvier 2025.
L’élection présidentielle de juillet 2024 a été suivie, le 25 mai 2025, par l’élection des députés à l’Assemblée nationale et des gouverneurs des 24 États de la structure fédérale vénézuélienne. L’opposition d’extrême droite, financée par les États-Unis et dirigée par Machado, a boycotté le scrutin. Les médias dominants – dont le New York Times, le Washington Post, Le Monde, El País, la BBC et d’autres – ont présenté l’élection comme « clivante » et ont largement relayé l’affirmation de Machado selon laquelle « 85% de l’électorat n’a pas obéi au régime et a dit non ». En réalité, elle a faussement présenté le boycott de l’opposition comme une victoire politique, laissant entendre un rejet massif des électeurs.
Contrairement à l’élection présidentielle de juillet 2024 – durant laquelle les factions d’extrême droite ont provoqué des violences de rue ayant causé la mort de 27 personnes aux mains de groupes armés, dont deux attaques contre le palais présidentiel –, les élections législatives et régionales du 25 mai 2025 (32e processus électoral du Venezuela) se sont déroulées dans le calme et la paix. Cependant, le boycott de l’extrême droite n’a jamais été une simple protestation pacifique contre une élection organisée par un gouvernement qu’elle refuse de reconnaître. Ses actions sont allées bien au-delà.
Le 28 mai, le ministre de l’Intérieur du Venezuela, Diosdado Cabello, a annoncé l’arrestation de plus de 70 personnes de diverses nationalités (vénézuélienne, colombienne, américaine, argentine, espagnole, équatorienne, serbe, albanaise et autres). Plusieurs ONG financées de l’étranger semblaient impliquées dans le complot. Les autorités ont saisi des explosifs, des fusils d’assaut et d’autres équipements militaires destinés à des attaques contre des ambassades étrangères, des hôpitaux, des services d’urgence, des sous-stations électriques, des commissariats de police et des personnalités politiques de premier plan – en particulier celles de l’opposition ayant participé à l’élection. Les suspects étaient entrés au Venezuela via la Colombie. Cabello a également révélé que les forces armées vénézuéliennes avaient déjoué près de 60 attaques contre des installations pétrolières au cours des dix jours précédents. Les preuves indiquaient que le groupe terroriste était dirigé par des leaders d’extrême droite vénézuéliens.
Ce n’était pas leur première tentative. Le gouvernement a également signalé l’arrestation de mercenaires venus de Trinité-et-Tobago liés à un réseau plus large formé en Équateur – un pays désormais réputé être une plaque tournante des exportations de cocaïne. Un simple coup d’œil à la carte révèle l’encerclement du Venezuela par des forces hostiles alignées sur les États-Unis : Guyana, Équateur, narcotrafiquants colombiens et le SOUTHCOM au nord et au-delà.
La stratégie de boycott de Machado s’est retournée contre elle, fracturant encore davantage sa coalition déjà divisée lorsque plusieurs anciens boycotteurs ont décidé de se présenter et ont appelé leurs partisans à voter. Le résultat ? Le chavisme a remporté 253 des 285 sièges de l’Assemblée nationale et 23 des 24 gouvernorats, y compris l’élection d’un gouverneur pour la Guyane Esequiba – un territoire revendiqué par le Venezuela. Le seul gouvernorat non remporté par le chavisme, Cojedes, est revenu à Alberto Galíndez, un opposant qui reconnaît la légitimité de Maduro et a accepté les résultats globaux. De plus, le chavisme a obtenu 1,3 million de voix de plus qu’aux élections de 2021, démontrant un soutien croissant. Avec cette victoire, le président Maduro et la Révolution bolivarienne détiennent désormais non seulement la présidence jusqu’en 2031, mais aussi des majorités écrasantes à l’Assemblée nationale et parmi les gouvernorats.
Les résultats des élections de mai 2025 ont constitué un triomphe retentissant pour le gouvernement bolivarien et une cuisante défaite pour l’administration Trump – en particulier avec l’élection du chaviste, l’amiral Neil Villamizar, comme gouverneur de la Guyane Esequiba. Le 23 mai, The Guardian a cité le président du Guyana, Irfaan Ali, qui a dénoncé l’élection dans cet État comme une « atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Guyana ». Pourtant, l’article a commodément omis toute mention de l’Accord de Genève de 1966, qui fonde la revendication du Venezuela.
De connivence avec le Guyana, les États-Unis ont transformé ce pays en une enclave militaire, l’utilisant comme base pour des provocations militaires régulières contre le Venezuela depuis 2021. Fait étrange, dès le lendemain de l’élection, le 26 mai 2025, The Guardian a publié un reportage longuement documenté, illustré de superbes photographies – non pas sur l’élection vénézuélienne, mais sur… le crocodile de l’Orénoque.
Au-delà de leur abstentionnisme autodestructeur, Machado et l’extrême droite ont encore plus discrédité leur camp en soutenant avec enthousiasme les sanctions américaines – plaidant ainsi pour l’étranglement économique du Venezuela – et en applaudissant les politiques brutales de déportation de Trump visant les Latino-Américains, en particulier les Vénézuéliens qu’il qualifie à tort de « criminels contrôlés par le gouvernement ».
Interrogée sur son soutien à la politique très impopulaire de Trump, qui consiste à déporter des migrants latino-américains et vénézuéliens vers la prison CECOT au Salvador – un établissement tristement célèbre pour ses actes de torture –, Machado a répondu : « Absolument ! » – reprenant sans esprit critique les allégations infondées de Trump.
Le bilan de l’opposition d’extrême droite vénézuélienne est tout simplement accablant. Non seulement elle a été fortement impliquée avec les narcotrafiquants colombiens pour commettre des actes terroristes contre son propre pays, mais son chef, Juan Guaidó, s’est même autoproclamé « président intérimaire » dans une rue de Caracas en 2019. Pire encore, cette prétention a été reconnue par l’Occident collectif dirigé par les États-Unis. Ils ont collaboré avec les puissances occidentales pour faciliter la confiscation des avoirs vénézuéliens – y compris l’or, les comptes bancaires et les biens immobiliers – dans des actions qui relèvent ni plus ni moins de la haute trahison.
Avec le soutien de l’Occident collectif, ils ont prolongé la farce de la légitimité de l’Assemblée nationale de 2015 – où ils détenaient autrefois la majorité – bien après l’expiration de son mandat en 2020. En fait, ils revendiquent encore faussement cette légitimité en 2025, cinq ans après la fin de leur mandat constitutionnel, tout en continuant à verser des « émoluments » mensuels en dollars américains à leurs parlementaires obsolètes.
Sous couvert d’une opération humanitaire visant à faire passer de la nourriture de force à travers la frontière colombienne, ils ont même tenté une incursion militaire avec des paramilitaires colombiens, dans le but de prendre le contrôle d’une ville vénézuélienne et d’y installer un « gouvernement provisoire » appelé à être reconnu par les États-Unis et l’Occident collectif.
Les actions de l’opposition vénézuélienne sont indéfendables. Elle a été liée à de multiples tentatives d’assassinat contre le président Maduro, y compris des complots visant à décapiter la direction politique et militaire du Venezuela à l’aide d’explosifs. Elle a organisé une incursion de mercenaires destinée à renverser violemment le gouvernement bolivarien, avec pour objectif explicite d’assassiner Maduro et autant de dirigeants bolivariens que possible. Elle a soutenu avec enthousiasme l’asphyxie économique imposée par le blocus américain – toujours en vigueur – tout en sabotant chaque élection depuis 2013 par des actions violentes.
À maintes reprises, elle a appelé l’armée à se soulever, exhortant au renversement des gouvernements démocratiquement élus du Venezuela (sous Chávez comme sous Maduro). Ses tactiques incluent le sabotage systématique des infrastructures, toujours synchronisé avec les élections. Elle a aggravé les sanctions américaines en favorisant la thésaurisation, l’augmentation artificielle des prix et l’organisation de pénuries de produits de base – infligeant délibérément de graves difficultés à la population. Pire encore, elle a manipulé la crise monétaire vénézuélienne via DolarToday, une plateforme qui publiait quotidiennement des taux de change gonflés pour alimenter l’hyperinflation.
Les dérives de l’opposition vont encore plus loin. À plusieurs reprises, elle a fait appel aux services du mercenaire Erik Prince, lançant même une campagne de financement participatif (« Ya Casi Venezuela ») pour financer son projet de renversement violent du gouvernement Maduro. Elle fait actuellement l’objet d’une enquête du FBI pour corruption à grande échelle, accusée d’avoir détourné près d’un milliard de dollars d’aide humanitaire destinée aux Vénézuéliens à l’étranger – dont seulement 2% auraient été correctement attribués. Pire encore, elle a géré de façon frauduleuse plus de 40 milliards de dollars d’actifs vénézuéliens via des contrats douteux avec des sociétés basées à Miami, échangeant des ressources nationales contre des pots-de-vin personnels. Sa tentative de reproduire le système DolarToday a été rapidement écrasée par le gouvernement, qui a agi de manière décisive pour y mettre fin.
Cette subversion éhontée s’inscrit dans la continuité des ambitions impérialistes plus larges des États-Unis. Dans une réaffirmation flagrante de la doctrine Monroe, le commandant de SOUTHCOM, l’amiral Alvin Holsey, a déclaré devant la commission des forces armées du Sénat (le 13 février 2025) que les États-Unis devaient l’emporter dans la « compétition stratégique avec la Chine dans l’hémisphère occidental » et contrer « l’agenda malveillant de la Russie » – citant Cuba, le Venezuela et le Nicaragua comme leurs relais. Ainsi, Washington présente désormais ouvertement son attaque contre la Révolution bolivarienne comme une composante de sa rivalité géopolitique avec la Chine et la Russie. Le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a renforcé cette position le 6 juin 2025 en déclarant sans détour : « Nous nous préparons à la guerre contre la Chine. »
Pourtant, malgré douze années d’agression incessante depuis la disparition du commandant Chávez, le peuple vénézuélien a fait preuve d’une résilience extraordinaire, déjouant toutes les prédictions d’effondrement inévitable. La réponse du gouvernement ? Approfondir la démocratie. À l’approche des prochaines élections municipales et des maires (27 juillet 2025), le Venezuela intensifie son modèle de démocratie participative, en donnant plus de pouvoir aux comunas – ces conseils de base autogérés où les communautés décident et mettent en œuvre directement des projets pour améliorer leur niveau de vie : une démocratie directe.
Le président Maduro a annoncé la « création du Fonds de portefeuille communal du budget national », qui allouera directement des ressources aux projets développés par les communautés locales. Ces fonds seront gérés à travers des circuits communaux, avec des priorités de dépenses décidées démocratiquement par les habitants des communes eux-mêmes.
Dans une interview révélatrice (7 juin 2025), Jesús Faría, vice-ministre de l’Économie productive du PSUV, a souligné l’urgence d’accélérer l’expansion de la démocratie directe communale et de consolider le pouvoir populaire. Faría a fait une observation critique : le PSUV doit prendre l’initiative pour faire avancer le système des communes. Avec des dizaines de milliers d’organisations de base à travers le Venezuela, le PSUV maintient une hégémonie gramscienne – non par l’imposition, mais en articulant de manière organique cet écosystème social dynamique en une force cohérente pour le socialisme. Ses liens structurels avec ces organisations lui permettent d’harmoniser et de mobiliser cet univers social riche vers la construction socialiste.
Ainsi, alors même que l’impérialisme états-unien redouble d’efforts dans sa croisade fanatique pour détruire la Révolution bolivarienne, le Venezuela consolide ses fondations socialistes. En renforçant les communes, en approfondissant la démocratie participative et en consolidant le rôle d’avant-garde du PSUV, la révolution construit une résilience inébranlable, prouvant que c’est le pouvoir populaire, et non l’agression impériale, qui façonnera l’avenir du Venezuela.
Traduction Bernard Tornare
Francisco Dominguez est un universitaire et militant britannique spécialisé dans l’Amérique latine. Il dirige le Groupe de recherche sur l’Amérique latine à l’Université de Middlesex (Royaume-Uni) et occupe également le poste de secrétaire national de la Venezuela Solidarity Campaign, une organisation qui milite pour la solidarité avec la Révolution bolivarienne et contre l’ingérence étrangère au Venezuela.
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