Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Pourquoi Washington cible l’Iran et le Venezuela : empire, énergie et idéologie

par Bernard Tornare 21 Juin 2025, 13:25

Pourquoi Washington cible l’Iran et le Venezuela : empire, énergie et idéologie
Par Roger D. Harris

Le Venezuela et l’Iran détiennent respectivement les plus grandes et les troisièmes plus grandes réserves de pétrole au monde. Tous deux ont également été la cible de tentatives de changement de régime orchestrées par Washington. Ces deux points communs ne sont pas sans lien.

 

Bien sûr, l’hégémon mondial souhaiterait mettre la main sur tout leur pétrole. Mais il serait simpliste de penser que ce n’est que pour des raisons purement économiques. Le contrôle des flux énergétiques, en particulier en provenance de pays disposant de vastes réserves, est central pour maintenir une influence globale. Washington a besoin de contrôler les ressources stratégiques pour conserver sa position d’hégémon mondial, guidé par sa doctrine officielle de « domination totale ».

 

Pour le Venezuela et l’Iran, le contrôle souverain de vastes ressources en hydrocarbures est une condition préalable à l’exercice d’un minimum d’indépendance, voire d’une certaine influence régionale et mondiale dans un paysage géopolitique dominé par les États-Unis et leurs alliés. Mais leur quête d’autodétermination est animée par une troisième caractéristique commune, essentielle : la dimension politique ; les deux pays sont dirigés par des gouvernements révolutionnaires.

 

La Révolution bolivarienne au Venezuela et la Révolution islamique en Iran ont toutes deux été, par nécessité, anti-impérialistes. Et c’est pour cette raison politique, plus encore que pour des motifs économiques, qu’ils se sont attiré l’hostilité de Washington. Inversement, la relation politique entre l’Iran et le Venezuela s’enracine dans un soutien mutuel face à l’agression américaine et dans un engagement en faveur de la souveraineté et de la non-ingérence.

 

Relations Iran-Venezuela

Le Venezuela a été à l’avant-garde de l’engagement de l’Iran en Amérique latine. Les deux nations ont été membres fondateurs de l’OPEP, l’alliance des pays producteurs de pétrole, en 1960.

 

Le président vénézuélien Hugo Chávez a effectué sa première visite en Iran en 2001. Depuis, les deux pays ont noué des relations étroites, notamment dans la production énergétique, la coopération industrielle et le développement économique. Chávez a décoré le président iranien en visite, Mohammad Khatami, de l’Ordre du Libérateur, le saluant comme un anti-impérialiste. Le Venezuela et l’Iran « sont fermes face à toute agression », affirmait Chávez.

 

Avec l’élection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence iranienne en 2005, lui et Chávez se sont rendus visite à plusieurs reprises, formant ce qu’ils ont appelé un « axe d’unité » contre l’impérialisme américain. Des centaines d’accords bilatéraux ont été conclus entre les deux États producteurs de pétrole. Chávez a soutenu le programme nucléaire iranien, promettant en 2006 de « rester aux côtés de l’Iran à tout moment et en toute circonstance ».

 

Dans un discours prémonitoire à l’université de Téhéran, Chávez avertissait : « Si l’empire américain parvient à consolider sa domination, alors l’humanité n’a pas d’avenir. Par conséquent, nous devons sauver l’humanité et mettre fin à l’empire américain. » Après la disparition de Chávez et l’élection de Nicolás Maduro, les relations Iran-Venezuela ont continué de se renforcer.

 

En 2015, le président américain Barack Obama a qualifié le Venezuela de « menace extraordinaire » pour la sécurité nationale des États-Unis, prétexte à l’imposition de mesures coercitives unilatérales contre Caracas. Dès 2017, le président Donald Trump a intensifié la guerre hybride contre le Venezuela avec une campagne de « pression maximale ».

 

Face à des sanctions américaines paralysantes, l’Iran a envoyé en 2020 plusieurs cargaisons de pétroliers pour aider à stabiliser l’approvisionnement en carburant du Venezuela. L’Iran, avec la Chine, a également envoyé des techniciens pour réparer les raffineries. Il n’est pas exagéré de dire que l’aide iranienne a été une bouée de sauvetage pour le Venezuela.

 

Des projets conjoints ont inclus des usines de munitions, le montage automobile (Venirauto), une cimenterie, l’usine de tracteurs Venirán et la modernisation de raffineries. Une chaîne de supermarchés iranienne a même ouvert des magasins au Venezuela.

 

Le président iranien Ebrahim Raïssi a signé en 2020 un accord de coopération de 20 ans avec le Venezuela. Outre le tourisme, la production alimentaire et l’ouverture de liaisons aériennes, l’accord portait sur la défense mutuelle, y compris la poursuite du transfert de technologie de fabrication de drones. Raïssi a félicité Caracas pour sa « résistance exemplaire face aux sanctions et aux menaces des ennemis et des impérialistes ».

 

En 2022, des accords ont été signés pour restaurer la raffinerie d’El Palito au Venezuela et explorer une collaboration en nanotechnologies. Cette année, les deux pays ont mis en place une usine de fibres optiques. De plus, de nombreux échanges culturels et éducatifs ont eu lieu.

 

Dans le viseur de Washington

Le refus du Venezuela et de l’Iran de s’aligner sur l’agenda géopolitique des États-Unis est un facteur clé de la stratégie coercitive de Washington. Cela reflète la tendance plus large de l’hégémon à cibler les États riches en ressources qui résistent à leur intégration dans son « ordre mondial ».

 

Les deux pays ont rejeté la domination occidentale et nationalisé leurs importants secteurs pétroliers. Le Premier ministre Mohammad Mossadegh a créé la NIOC en Iran en 1951, ce qui a précipité le coup d’État de la CIA/MI6 qui l’a renversé. Le président vénézuélien Carlos Andrés Pérez a créé la PDVSA en 1976, entreprise ensuite élargie et réorientée par le président Chávez après 2002.

 

Les sanctions américaines actuelles contre l’Iran et le Venezuela limitent leur capacité à vendre librement leur pétrole. Cela restreint les marchés énergétiques alternatifs qui pourraient concurrencer les fournisseurs alignés sur les États-Unis, comme les États du Golfe. Cela réduit aussi la diversification du pétrodollar. Les deux pays ont tenté de commercer leur pétrole en dehors du système du dollar, notamment par le troc avec des alliés.

 

En outre, le Venezuela et l’Iran ont été ciblés pour leur politique étrangère non alignée. L’Iran occupe une position centrale dans la résistance au sionisme. Il soutient le Hezbollah, l’ancien gouvernement syrien, Ansar Allah (Houthis), et surtout la lutte palestinienne. De même, le Venezuela a été l’un des principaux soutiens en Amérique latine du droit des Palestiniens à l’autodétermination, ayant rompu ses relations avec Israël en 2009. Caracas s’oppose également aux blocs régionaux soutenus par les États-Unis et soutient les mouvements socialistes et anti-néolibéraux (par exemple, l’ALBA, les liens avec Cuba et le Nicaragua).

 

Confrontés à l’hostilité agressive des États-Unis et de leurs alliés, l’Iran et le Venezuela se sont tournés vers la Chine, la Russie et la coalition des BRICS+ comme alternatives. Les sanctions imposées par les États-Unis et leurs partenaires ont accéléré la création de systèmes financiers, logistiques et diplomatiques alternatifs, échappant au contrôle de Washington (par exemple, INSTEX, le troc, les cryptomonnaies, les banques régionales).

 

Dans une récente interview, le diplomate iranien Ali Faramarzi a affirmé que le Venezuela et l’Iran sont liés par des affinités profondes. Ils ont considérablement approfondi ce que TeleSUR qualifie de relation « symbiotique », forgeant une alliance qui englobe la solidarité politique, la coopération économique, la collaboration militaire et des positions idéologiques communes. Les deux nations, confrontées à une pression et à des sanctions intenses de la part des États-Unis, ont trouvé une cause commune dans la résistance à l’hégémonie occidentale et la promotion d’un ordre mondial multipolaire.

 

Un changement de régime en Iran pourrait avoir de graves conséquences négatives pour le Venezuela. Le rétablissement d’un État client des États-Unis, comme ce fut le cas sous le Shah d’Iran, signifierait la perte du soutien diplomatique pour Caracas, la fin probable de la coopération énergétique, une plus grande vulnérabilité en matière de défense, et une cascade de répercussions économiques et commerciales défavorables.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en anglais

Pourquoi Washington cible l’Iran et le Venezuela : empire, énergie et idéologie

Roger D. Harris fait partie du Task Force on the Americas et du US Peace Council. Il a accompagné la récente investiture présidentielle vénézuélienne et a assisté au Festival mondial antifasciste qui s'est tenu simultanément.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page