Pourquoi les autoritarismes se renforcent-ils alors que l’on parle de liberté ? Qui profite du désordre mondial ?
Le récit d’un monde ordonné et prévisible s’efface progressivement. À sa place, émergent des conflits, des révoltes et un profond mécontentement. Que se cache-t-il derrière la « fin des certitudes » ?
Pendant des décennies, on nous a enseigné que le monde progressait vers un horizon plus ou moins stable. On nous a raconté qu’après la chute du Mur de Berlin, avec la fin des grandes utopies du XXe siècle, une ère de consensus allait s’ouvrir. Que la démocratie libérale et l’économie de marché s’imposeraient comme modèle universel.
Mais nous voilà, au milieu du chaos et sans repères, entourés de conflits et de décomposition. Une idée ne cesse de se répéter : il n’y a plus de certitudes. Mais, y en a-t-il vraiment jamais eu ?
C’est une époque de contradictions. Non pas parce que le monde serait soudainement devenu fou, mais parce que le système qui le soutient montre de plus en plus clairement ses limites. Ce qui semblait solide – la croissance économique, les alliances politiques, les institutions internationales – vacille désormais. Nous ne sommes pas face à un phénomène conjoncturel, mais face à l’épuisement d’un modèle qui, depuis des décennies, alimente les inégalités, pille les ressources et promeut des guerres sous le masque de l’ordre et du progrès.
Les nouvelles guerres, les mêmes mensonges
L’un des traits les plus marquants de cette époque est la façon dont se reconfigure le conflit mondial. On ne parle plus seulement de guerres conventionnelles entre États. Ce qui prédomine à présent, c’est une logique d’intervention, de changement de régime et de déstabilisation, souvent camouflée sous le discours des « droits humains » ou de la « démocratie ». Le résultat est généralement le même : des pays dévastés, des populations déplacées et une économie de guerre qui continue de profiter aux mêmes qu’avant.
« Le système qui promettait la stabilité s’effondre sous le poids de ses propres contradictions. »
Le monde unipolaire né après la Guerre froide commence à se fissurer. Des puissances émergentes remettent en question la domination traditionnelle des États-Unis et de l’Europe, et ce, dans un contexte de lutte féroce pour les ressources stratégiques, les marchés et les routes commerciales. La lutte pour l’hégémonie se dissimule derrière des narrations morales, mais au fond, elle répond aux lois implacables de la compétition capitaliste.
Un exemple clair est la manipulation du langage politique. Les grandes puissances se présentent comme défenseuses d’un « ordre international fondé sur des règles », alors qu’elles déclenchent des sanctions, des blocus ou des guerres pour leurs propres intérêts. Le plus grave, c’est qu’elles parviennent à imposer ces mensonges comme s’il s’agissait de vérités, même au sein de sociétés qui finissent par normaliser l’injustice comme faisant partie du quotidien.
Démocratie sans démocrates
Tandis qu'on bombarde au nom de la liberté, chez soi, on réduit les droits au nom de la sécurité. La surveillance numérique, la criminalisation de la protestation, la concentration médiatique et l’affaiblissement des formes de participation effective sont les symptômes d’une démocratie qui, en réalité, fonctionne comme une façade. On vote, oui, mais souvent entre des options qui ne représentent aucun changement de fond.
La montée de l’extrême droite n’est pas un accident. Elle fait partie d’une réaction globale contre les effets du modèle néolibéral : chômage, précarité, déracinement et frustration. Et c’est dans ce vide que fleurissent les discours autoritaires qui promettent l’ordre, l’identité et la punition. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que cet ordre s’impose toujours contre les secteurs les plus vulnérables, que cette identité exclut, et que la punition ne fait que perpétuer la logique de la peur.
Les mouvements qui ne renoncent pas
Mais même au milieu de la confusion, il y a des signes d’espoir. Dans différentes parties du monde, les peuples s’organisent et luttent. Des révoltes de jeunes dans les villes aux résistances indigènes pour la défense du territoire, en passant par de nouvelles formes d’organisation communautaire, syndicale ou de quartier, ce qui émerge est une force qui n’a pas encore dit son dernier mot.
Ces mouvements n’ont pas toujours une forme définie, ni une idéologie unifiée. Mais ils partagent quelque chose de fondamental : la conviction que le système actuel n’a pas d’issue, et que ce n’est qu’en partant d’en bas, du commun, du collectif, que l’on peut imaginer un autre avenir.
Il n’y a pas de certitudes, mais il y a des chemins
Il est vrai que nous vivons une époque où les certitudes se sont effondrées. Mais il n’est pas moins réel que ces certitudes étaient construites sur des mensonges commodes. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est le résultat d’une longue histoire de contradictions accumulées que le système ne peut plus contenir. Le défi n’est pas de s’accrocher au passé ni de chercher des solutions magiques, mais de reconnaître qu’il faut recommencer, avec d’autres priorités.
Parce que lorsque tout vacille, il ne reste plus qu’à penser depuis les marges. Et dans les marges, ce qui pousse, ce ne sont pas des certitudes, mais des possibilités.
Traduction Bernard Tornare
Martín Álvarez est un journaliste expérimenté qui a exercé dans plusieurs médias espagnols et internationaux. Il possède une formation en journalisme (Master de la Fundación UAM-EL PAÍS) et en histoire (Universidad Complutense de Madrid).
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