Les médias grand public ont réalisé un autre tour de magie : la Palestine a disparu des journaux télévisés et des unes des quotidiens, dans une tentative de faire oublier, de faire disparaître et de nier les massacres ordonnés par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. En somme, il s’agit de dissimuler le génocide de plus de 60 000 Palestiniens.
La relation entre les guerres et les médias est complexe et multiforme : ils jouent un rôle crucial dans la couverture, l’interprétation et la perception des conflits, tant pour le grand public que pour ceux qui y sont directement impliqués. La manière dont les guerres sont rapportées peut influencer l’opinion publique, la politique internationale et même le développement du conflit lui-même.
Ce n’est pas nouveau : depuis Napoléon, les dirigeants politiques et militaires ont cherché à désinformer leurs adversaires pour dissimuler les maux et fabriquer un consensus social afin de maintenir le moral. La désinformation est facile à documenter rétrospectivement, mais très difficile à détecter sur le moment, surtout lorsqu'elle est relayée par la presse écrite et les médias audiovisuels grand public.
La relation entre la vérité et la guerre est complexe et souvent conflictuelle. La guerre implique tromperie, propagande et suppression de l’information. La vérité devrait viser l’objectivité et la transparence. Malgré ces tensions, la vérité demeure un objectif important en temps de guerre, tant pour les parties en conflit que pour la communauté internationale.
La découverte de l’énorme valeur économique de l’information est due à l’arrivée du grand capital dans les médias et à la nécessité de manipuler de vastes marchés pour faciliter les affaires, ainsi que le blanchiment d’argent provenant de la vente d’armes et de drogues.
Dans les conflits armés postmodernes, depuis la guerre du Golfe, on a assisté à un déplacement rapide du centre de gravité, du pouvoir des armes vers le pouvoir de l’information. Grâce aux avancées technologiques et à la participation des entreprises privées, la forme de la guerre a changé. Les élites ont élaboré de nouvelles stratégies de communication, ont favorisé la centralisation des médias et le journalisme sensationnaliste, ainsi que le « journalisme de recyclage ».
Tout cela résulte du renforcement du complexe militaro-industriel-médiatique, c’est-à-dire de l’engrenage entre le pouvoir politique et militaire, les industries de l’armement et les maîtres de la presse hégémonique, au détriment de la crédibilité des médias.
Ces changements se sont d’abord fait sentir lors de l’opération Tempête du désert et des guerres des Balkans, puis lors des guerres d’Afghanistan et d’Irak, à travers l’intégration de journalistes dans les forces armées des belligérants afin de mieux contrôler le flux d’informations et de renforcer les mécanismes de propagande.
Aujourd’hui, le discours propagandiste s’impose comme la seule vérité, tandis que les journalistes qui adoptent une approche critique et mènent des enquêtes sont pointés du doigt, persécutés, discrédités, voire assassinés. Bien que les liens directs avec les champs de bataille aient amené la guerre dans les foyers et que le conflit soit devenu un spectacle, l’information est pauvre et stérile. Les grands médias reproduisent le discours du pouvoir politique sur les « guerres humanitaires », les « armes intelligentes » et les « dommages collatéraux », alors qu’en réalité, le nombre de civils tués a été multiplié par rapport à celui des combattants armés.
La vérité est la première victime de la guerre. La vérité – ou plutôt certains aspects de la vérité – est supprimée ou déformée par la propagande et la censure. « Si les gens savaient vraiment [la vérité], la guerre s’arrêterait demain », déclara le Premier ministre britannique Lloyd George au directeur du Manchester Guardian pendant la Première Guerre mondiale, à une époque où les nouvelles étaient transmises par télégraphe.
La décision du gouvernement américain d’engager une guerre indéfinie contre « le terrorisme », après l’attentat du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles de New York, a servi de levier pour faire accepter à l’opinion publique américaine l’équation « plus de sécurité ».
Invisibiliser le génocide
Je disais que la Palestine a disparu des journaux télévisés. Les médias grand public veulent nous imposer l’imaginaire selon lequel les méchants seraient les Iraniens, et que Donald Trump aurait bien fait de les bombarder, sous prétexte de leur programme nucléaire. Attention : ce prétexte pourrait demain servir à attaquer l’Argentine ou le Brésil.
Loin de susciter le rejet unanime de la communauté internationale face à la soif de sang et aux méthodes du Premier ministre Benjamin Netanyahou, les agressions ont eu l’effet pervers – et sûrement calculé par le régime de Tel-Aviv – de détourner l’attention mondiale du génocide perpétré contre le peuple palestinien au cours des vingt derniers mois.
Mais le massacre contre les Gazaouis et la spoliation des terres en Cisjordanie occupée se poursuivent au même rythme, voire s’accélèrent, tandis que les yeux du monde regardent ailleurs.
Les techniques de désinformation des médias grand public ressemblent à celles utilisées lors de la guerre contre l’Irak. Jusqu’à la semaine dernière, Israël avait tué 56 000 personnes et blessé 131 138 autres dans la bande de Gaza, dont au moins 70% étaient des civils. À cela s’ajoutent les assassinés et les kidnappés en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, en Iran et au Yémen.
Mais voilà qu’on ne parle pas non plus du conflit en Ukraine, sauf pour rappeler de temps à autre que le président russe Vladimir Poutine (qu’on qualifie parfois même de « communiste ») est un assassin et que le pauvre Volodymyr Zelensky réclame de l’aide, laquelle, fournie par les États-Unis et l’Europe, serait insuffisante.
Parler de paix est démodé. Ce n’est pas rentable non plus, alors que la guerre, elle, l’est. Si on investissait dans la nourriture et les médicaments la moitié du budget que les pays centraux consacrent à l’armement, on ferait un grand pas contre la faim dans le monde. Si l’on examine la presse internationale (et ses relais locaux), on n’aperçoit que de rares manifestations pour la paix, contre la remilitarisation, en solidarité avec Gaza.
Le refrain selon lequel « l’Iran est sur le point de fabriquer sa propre arme nucléaire » est répété par les autorités israéliennes depuis plus de vingt ans, alors qu’en Iran vit une importante communauté juive et qu’il n’existe pas, dans la société iranienne, de division entre juifs et perses : ils sont tous Iraniens.
Mais les États-Unis et Israël mènent une guerre dont l’objectif n’est pas seulement le renversement d’un gouvernement souverain, mais la destruction de l’Iran, en le fragmentant en régions selon des critères ethniques, comme le « monde civilisé » a l’habitude de le faire ailleurs.
Ce qui est en jeu, c’est l’élimination du dernier gouvernement du Moyen-Orient qui ne s’est pas soumis à l’Occident ; tout le reste n’est que discours. Le bloc de pouvoir composé des États-Unis, de leurs alliés militaires, financiers et technologiques, et de l’État d’Israël en tant qu’enclave opérationnelle de premier ordre, a défini comme priorité de freiner l’ascension structurelle de la Chine.
Cette décision d’attaquer l’Iran, qui a conduit Trump à risquer une procédure de destitution en s’impliquant pleinement sans l’autorisation du Congrès, tout en se proclamant « vainqueur », est un exemple clair de la manière dont la pression militaire, avec une technologie de pointe et sur plusieurs fronts, devient un outil de diversion et surtout de dissimulation du génocide, dans lequel les États-Unis apparaissent intimement liés au gouvernement israélien.
Traduction Bernard Tornare
Aram Aharonian est un journaliste et analyste politique uruguayo-vénézuélien. Il a étudié le droit et la diplomatie et a commencé à travailler dans le journalisme en 1964, dans des journaux, des hebdomadaires et des magazines. Il a un Master en intégration et est fondateur de Telesur. Il dirige actuellement le portail d'information et d'analyse latino-américain Centro Latinoamericano de Análisis Estratégico (CLAE).
/image%2F0018471%2F20160525%2Fob_752977_hugo-chavez.jpg)
/image%2F0018471%2F20250627%2Fob_fd9f24_blog1.png)
/image%2F0018471%2F20250627%2Fob_94bf8b_aram-aharonian.jpg)



Haut de page