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Donald Trump prix Nobel de la paix : nous prend-on encore pour des idiots ?

par Bernard Tornare 30 Juin 2025, 19:47

Donald Trump prix Nobel de la paix : nous prend-on encore pour des idiots ?

« L’État d’Israël remplit pleinement son rôle de gendarme régional »

 

Par Marcelo Colussi

« De même que les gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni ont besoin des compagnies pétrolières pour garantir le carburant nécessaire à leur capacité de guerre globale, les compagnies pétrolières ont besoin de leurs gouvernements et de leur puissance militaire pour assurer le contrôle des gisements pétroliers dans le monde entier et des routes de transport. »

James Paul, Rapport du Global Policy Forum

 

On dit, à juste titre, qu’en temps de guerre, la première victime est la vérité. Cela s’est vérifié une fois de plus avec la guerre entre l’Iran et Israël, désormais officiellement terminée. Pourquoi cette nouvelle guerre ? Les deux camps ont proclamé la victoire. Qui l’a réellement remportée ? À qui a-t-elle profité ? En définitive : qui ment ici ?

 

Commençons par examiner le comportement historique de l’État d’Israël. Il n’a pas toujours été cette machine à massacrer les populations du Moyen-Orient qu’il est aujourd’hui. À ses débuts, après sa création en 1948, il ne jouait pas le rôle qu’on lui connaît actuellement, celui de chien de garde des intérêts capitalistes occidentaux. Au contraire, il a d’abord tenté de maintenir une politique de neutralité entre les blocs de pouvoir de l’époque. Mais cela n’a pas duré ; dès le début des années 1950, il commence à s’aligner sur l’une des puissances engagées dans la Guerre froide : les États-Unis, et la doctrine de neutralité est abandonnée. Durant les années 1950, les États-Unis n’étaient pas intéressés à encourager l’instabilité au Moyen-Orient, contrairement à aujourd’hui. C’est pourquoi, à cette époque, les alliés stratégiques du militarisme israélien étaient la France et le Royaume-Uni. Après la guerre du Sinaï de 1956, la situation régionale commence à inquiéter l’administration de Washington, dirigée alors par le président Eisenhower. À ce moment-là, les régimes monarchiques soutenus par le Royaume-Uni commencent à tomber, remplacés par des projets militaires anti-occidentaux qui sollicitent l’aide militaire soviétique. John Kennedy fut le premier président américain à vendre des armes à Israël, et à partir de 1963, une alliance non officielle commence à se forger entre le Pentagone et les hauts commandements de l’armée israélienne, une alliance qui perdure et se renforce continuellement. Cette subordination des intérêts nationaux à la logique de l’affrontement entre les deux superpuissances mondiales de l’époque pour des zones d’influence et de contrôle au Moyen-Orient n’a pas seulement reproduit la logique du conflit arabo-israélien, mais a aussi, sans doute inconsciemment, repris cette tragique histoire du passage de victime à bourreau. Comme l’a dit l’ancien Premier ministre Ariel Sharon : « Les Arabes ne comprennent que la force, et maintenant que nous avons le pouvoir, nous les traiterons comme ils le méritent », « comme nous avons été traités lors de la Shoah (l’Holocauste) », a ajouté avec beaucoup de perspicacité le politologue américano-palestinien Edward Said.

 

Aujourd’hui, cet État est clairement une délégation du pouvoir américain – appuyé aussi par l’Union européenne – dans une zone particulièrement riche en pétrole (un tiers de la production mondiale provient du Moyen-Orient et du Golfe Persique, et la région abrite les plus grandes réserves de la planète, avec celles du Venezuela), une richesse que l’Occident – ou plutôt ses énormes multinationales : ExxonMobil, Chevron, Halliburton  (États-Unis), Shell (Royaume-Uni et Pays-Bas), British Petroleum (Royaume-Uni), TotalEnergies (France) – ne veut perdre à aucun prix. Cela explique qu’Israël soit une puissance militaire, le seul pays de la région à posséder l’arme nucléaire, non déclarée officiellement mais jamais démentie (environ 90 bombes atomiques), prêt à défendre ces intérêts commerciaux. Le sionisme au pouvoir ne défend pas la « terre promise » ; il défend les intérêts capitalistes occidentaux.

 

Bien que le gouvernement ne soit pas clair à ce sujet – il n’a jamais voulu signer le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires –, selon les révélations du scientifique nucléaire Mordechai Vanunu (repenti de ses actes), qui a travaillé neuf ans au réacteur nucléaire de Dimona dans le désert du Néguev, à 150 kilomètres au sud de Jérusalem, Israël possède bien des armes nucléaires, selon sa dénonciation publiée en 1986 dans le Sunday Times de Londres, sous le titre « Révélé : les secrets de l’arsenal nucléaire d’Israël ». Les fuites de Vanunu ont conduit le Mossad à le rapatrier – à l’issue d’une rocambolesque opération d’enlèvement à Rome –, puis il a passé 18 ans en prison en Israël, dont 10 en isolement total.

 

En réalité, l’aide militaire américaine la plus importante accordée à un pays est celle octroyée à Israël : environ 4 milliards de dollars par an. Pour Tel-Aviv, cela représente 70% de la coopération militaire extérieure ; le reste provient de l’Europe. De plus, Israël produit sa propre technologie militaire – toujours assisté par les États-Unis –, ce qui en fait un féroce gardien de la région, prêt à attaquer à tout moment. « Israël doit être comme un chien enragé, trop dangereux pour être dérangé », a déclaré sans aucun remords, voire avec fierté, le général israélien Moshé Dayan. Fière d’être un chien enragé ? Comme l’a dit Einstein : « Deux choses sont infinies : l’univers et la stupidité humaine ; et je ne suis pas sûr de la première. »

 

L’État d’Israël, qui ne représente pas les intérêts de toute la population juive, ni à l’intérieur du pays ni dans la diaspora, remplit parfaitement son rôle de gendarme régional. En d’autres termes, comme l’a reconnu sans vergogne le chancelier allemand Friedrich Merz, « il fait le sale boulot ». Ensuite, les puissances occidentales viennent parler de liberté, de démocratie, de droits humains, de paix et d’autres fadaises grandiloquentes du même genre. « Mensonges, mensonges, mensonges… Un mensonge répété mille fois finit par devenir une vérité », disait Goebbels. Il ne se trompait pas.

 

En parlant de mensonges, le premier à signaler est, selon le bombardement médiatique auquel nous soumet chaque jour la corporation capitaliste mondiale des grands medias, celui selon lequel les armes nucléaires américaines – et donc israéliennes – seraient « bonnes » (défendent-elles la paix, la démocratie et la liberté ?), tandis que celles que l’Iran pourrait posséder seraient « mauvaises ». Personne ne peut y croire… mais ils essaient de nous le faire croire à chaque instant !

 

Israël a attaqué l’Iran pour empêcher que le « maléfique » régime de Téhéran ne parvienne à construire des armes atomiques. Pour cela, il a bombardé sans relâche les défenses antiaériennes du pays, son arsenal de missiles, ainsi que des zones urbaines de la capitale (cette dernière action, était-ce aussi pour mettre fin au programme nucléaire ?). Comme il ne disposait pas de la technologie militaire nécessaire – des bombes pénétrantes –, avec l’aide des États-Unis, trois centrales où se développe le programme nucléaire iranien ont été attaquées. Selon le président Donald Trump, ces trois centres ont été « totalement détruits ». Immédiatement après le bombardement, un rapport de la Defense Intelligence Agency américaine, intitulé « Évaluation des dommages de bataille », a été divulgué aux médias CNN, NBC News et The New York Times. Le rapport indiquait que les bombes larguées sur les installations de Natanz, Ispahan et Fordo n’avaient réussi qu’à retarder le programme nucléaire iranien de quelques mois, précisant que l’Iran conservait le contrôle de presque tout son matériel nucléaire (406 kilos d’uranium enrichi, dont on ignore actuellement l’emplacement), ce qui signifie qu’il pourrait fabriquer une arme nucléaire relativement rapidement s’il le décidait. Cette fuite a provoqué la colère de la Maison Blanche. Encore des mensonges en perspective ? Trump, en plus d’être un bagarreur professionnel, semble être un sacré menteur. Sans aucun doute, sa décision d’autoriser ce bombardement, après être arrivé à la présidence en affirmant qu’avec lui toutes les guerres prendraient fin, ressemble fort à une concession – ou une génuflexion ? – aux intérêts du puissant lobby judéo-américain et du complexe militaro-industriel, le véritable maître de la politique étrangère des États-Unis. Cela démontre, une fois de plus, que les présidents ne décident pas, pas même celui qui a accès au bouton nucléaire.

 

Tout indique – selon les analyses les plus réalistes – que l’attaque américaine n’a pas été aussi létale que l’a affirmé le président. Avec son style particulier de cow-boy matamore, il s’est vanté de l’action, allant jusqu’à dire au principal dirigeant iranien, Ali Khamenei : « Nous t’avons donné une raclée », n’excluant pas d’ordonner de nouvelles attaques contre les installations nucléaires s’il reçoit des rapports crédibles des services de renseignement confirmant que l’enrichissement d’uranium se poursuit à des « niveaux préoccupants » (préoccupants pour qui ?). Toujours dans son style bravache et abusif, il a affirmé catégoriquement que le pays perse « a été décimé, ses trois méchantes installations nucléaires ont été détruites, et je savais exactement où se cachait [Khamenei], et je n’ai pas permis qu’Israël ni les forces armées américaines, de loin les plus grandes et puissantes du monde, lui ôtent la vie. Je l’ai sauvé d’une mort horrible et ignominieuse ». Jusqu’à quand va-t-on continuer à nous prendre pour des idiots, à nous mentir et à nous manipuler ?

 

Selon la corporation médiatique capitaliste, le vainqueur de la guerre a été Israël, soutenu par la puissance nord-américaine. Les dégâts infligés à la République islamique ont été rapidement et bruyamment relayés : 700 morts, parmi lesquels de hauts gradés militaires et des scientifiques nucléaires, ainsi qu’un grand nombre de civils, en plus de 5 000 blessés. En revanche, en Israël – selon ces mêmes sources – on ne recense que 28 morts (tous civils, sauf un) et environ 3 000 blessés. Cela paraît peu crédible, puisque les plus de 1 400 missiles et la quantité massive de drones envoyés par Téhéran ont saturé les défenses aériennes israéliennes, avec une stratégie d’escalade très réfléchie. Cela a montré que le prétendu inviolable Dôme de Fer n’est pas si inviolable : il s’est effondré, et les missiles iraniens (dont certains sont hypersoniques, ce qu’Israël ne possède pas) ont réussi à détruire des bases militaires et des installations vitales et stratégiques – le quartier général du Mossad, par exemple. La presse capitaliste occidentale a pratiquement passé tout cela sous silence, mais le journal israélien Maariv – le deuxième plus diffusé du pays, appartenant au puissant groupe Nimrodi – a reconnu que « l’Iran est sorti de la guerre renforcé ». Dans cette logique, l’ex-ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a publiquement estimé que « le résultat de la guerre contre l’Iran a été discordant et amer pour Israël ». Si l’on s’en tient à la presse capitaliste occidentale, l’Iran aurait été mis hors de combat. La réalité semble pourtant bien différente.

 

Au-delà des mensonges éhontés des grands médias capitaliste, qui a gagné cette guerre de douze jours ? Répondons par une comparaison : il se passe la même chose qu’aux États-Unis actuellement. Si le président en exercice – condamné par la justice mais qui, impunément, occupe une fonction publique – clame haut et fort qu’il faut « rendre sa grandeur à l’Amérique » (MAGA, selon son acronyme anglais), il reconnaît (aveu involontaire ?) que la puissance américaine n’est plus si grande, qu’elle est en déclin. En d’autres termes : quand on se vante autant de quelque chose (« Ne croyez surtout pas que les chiens me font peur ! », par exemple), c’est que l’on cache exactement le contraire (je ne l’avoue pas, mais les chiens m’effraient !). Dans le cas présent : « Israël a infligé une raclée au maléfique régime islamique »… Il semble que ce soit exactement l’inverse : Tel-Aviv a rapidement épuisé son stock de missiles – il n’avait plus de munitions pour poursuivre la guerre –, tandis que l’Iran dispose encore de quoi continuer les bombardements pendant plusieurs semaines, et Israël a reçu une raclée inattendue. Face à cela, il a recherché la « paix » actuelle, dans laquelle le président Trump a joué le rôle de supposé faiseur de paix, ce qui a conduit à l’infâme et absurde hypocrisie de le proposer comme candidat au prix Nobel de la paix pour cet acte. Jusqu’à quand supporterons-nous cette avalanche de mensonges et de manipulations ? On parle de paix – le mot le plus galvaudé de l’histoire – tout en glorifiant la guerre. « Je veux vous féliciter pour les quatorze énormes bombes lancées contre les installations nucléaires iraniennes », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, le Néerlandais Mark Rutte, qui n’a pas tari d’éloges envers Trump dans une attitude servile répugnante, allant jusqu’à qualifier le président-magnat d’« homme fort », « homme de paix », et même, comble du ridicule, de « papa ». Cela rappelle les « relations charnelles » du président argentin Carlos Menem.

 

Que signifiait donc cette guerre, qui s’est arrêtée pour l’instant mais peut reprendre à tout moment, puisqu’aucun document n’a été signé pour fixer un cessez-le-feu ? C’est une tentative de l’impérialisme américain, appuyé par l’OTAN et la servile Union européenne, de continuer à tout faire pour maintenir une hégémonie qu’il voit décliner peu à peu. Il s’agit peut-être de l’effort désespéré d’une puissance en chute. Enliser la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine – en la forçant peut-être à utiliser l’arme nucléaire tactique, prélude à un Armageddon généralisé –, continuer à ériger l’État d’Israël en puissance dominante du Moyen-Orient dotée de l’arme nucléaire en détruisant la capacité atomique de l’Iran et de tous les alliés de Téhéran (Hamas, Hezbollah, Houthis), continuer à provoquer la Chine à partir de la question de Taïwan – « province rebelle » pour Pékin, « territoire libre du communisme » selon Washington –, tout cela vise en fin de compte à bloquer la montée en puissance de la zone BRICS+ – avec la Chine comme principal ennemi –, en tentant d’empêcher une économie qui s’éloigne du dollar. En d’autres termes : tout faire pour stopper (ou ralentir) sa chute. Ce bloc BRICS, décidément, continue de croître, et son poids mondial est déjà significatif (plus de 40% du produit mondial, avec une puissance scientifique, technique et militaire considérable, et une population qui atteint la moitié de l’humanité).

 

Les partis communistes d’Israël et d’Iran, dans un communiqué conjoint, très réfléchi et profond, affirment que « Israël et les États-Unis – après ce qui s’est passé en Irak, en Libye et en Syrie – sont désormais décidés à saper la souveraineté iranienne et ne s’arrêteront pas avant d’avoir soumis tous les régimes de la région au même projet impérialiste d’hégémonie au Moyen-Orient, dont le but est d’écraser la volonté des peuples et leur droit à l’autodétermination. » Il est évident que toutes ces guerres locales – au Moyen-Orient, en Ukraine, celles qui se déroulent en Afrique, peut-être celle de Taïwan – constituent l’expression d’une Troisième Guerre mondiale qui se déroule déjà, pour l’instant sans armes nucléaires. Les grandes puissances n’y engagent pas directement leurs propres soldats, laissant cela, comme le dirait Frantz Fanon, aux « damnés de la terre ».

 

Ces lignes sont écrites aujourd’hui – heureusement qu’il existe des médias alternatifs comme celui-ci, où règne la vérité et non les fake news – et nous ne savons pas comment évoluera ce panorama international explosif. Entre le moment où elles sont écrites et celui où elles seront lues, des changements significatifs peuvent survenir sur la scène mondiale. Les événements s’accélèrent de façon vertigineuse. Sans aucun doute, nous sommes – l’humanité entière – assis sur un baril de poudre, une allumette allumée à la main. Ce qui est certain, c’est que le capitalisme apparaît enlisé, et que, dans l’esprit surchauffé de certains décideurs, la guerre (une Troisième Guerre mondiale ?) est envisagée comme une façon de sortir de l’impasse. La folie la plus insensée au pouvoir ? La citation précédente d’Einstein reste d’actualité.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Donald Trump prix Nobel de la paix : nous prend-on encore pour des idiots ?

Marcelo Colussi est né en Argentine, il vit aujourd'hui au Guatemala. Il a étudié la psychologie et la philosophie dans son pays natal. Il a vécu dans divers endroits d'Amérique latine. Professeur d'université et chercheur en sciences sociales, il écrit régulièrement dans divers médias électroniques alternatifs. Il a des publications dans le domaine des sciences sociales, ainsi que dans le domaine littéraire (nouvelles).

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