Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les chaînes de la colonisation espagnole au Venezuela sont-elles brisées ?

par Bernard Tornare 2 Avril 2025, 16:07

Les peuples autochtones attaquant les conquistadors espagnols au XVIe siècle - Photos d'Ann Ronan / Collectionneur d'imprimés / Gettyimages.ru

Les peuples autochtones attaquant les conquistadors espagnols au XVIe siècle - Photos d'Ann Ronan / Collectionneur d'imprimés / Gettyimages.ru

Par Nathali Gómez

En 1845, l'Espagne a officiellement reconnu l'indépendance de la République sud-américaine par la signature du Traité de Paix et d'Amitié à Madrid.

 

Ce document marquait la fin des liens coloniaux entre l'Espagne et ses anciennes colonies, près de deux décennies après la défaite espagnole lors de la bataille d'Ayacucho en 1824, considérée comme le point culminant de leur domination en Amérique.

 

Le traité, signé le 30 mars 1845, incluait des clauses telles que la renonciation de la reine aux "droits et actions" sur l'ancienne Capitainerie générale du Venezuela, l'oubli des événements passés, et une amnistie générale pour les citoyens vénézuéliens et espagnols. Cependant, malgré cette reconnaissance officielle, les relations entre le Venezuela et l'Espagne ont connu des tensions au cours des 25 dernières années. Madrid a souvent remis en question la transparence des élections vénézuéliennes et accueilli des figures politiques controversées, tandis que Caracas a accusé l'Espagne de colonialisme et d'ingérence dans ses affaires internes.

Gravure ancienne de Caracas, Venezuela, XIXe siècle - duncan1890 / Gettyimages.ru

Gravure ancienne de Caracas, Venezuela, XIXe siècle - duncan1890 / Gettyimages.ru

Pour connaître l'avis de deux experts sur la rupture de ce lien, imposé pendant la période coloniale et officiellement rompu il y a deux cents ans, RT a interviewé les historiens vénézuéliens Lionel Muñoz et Williams Mujica.

 

Un processus complexe d'émancipation

L'indépendance du Venezuela a été proclamée en 1811, mais ce n'est qu'en 1823 que les dernières troupes espagnoles ont quitté le territoire après la prise de Puerto Cabello. En 1830, le pays s'est séparé de la Grande Colombie pour devenir une république indépendante. Cependant, l'Espagne a tardé à accepter cette réalité, s'accrochant à ses droits acquis durant la colonisation.

 

Selon l’historien Lionel Muñoz, cette résistance espagnole était liée à leur difficulté à assimiler la défaite infligée par les forces patriotes. Même après la victoire décisive à Ayacucho, le roi Ferdinand VII tentait encore une reconquête de l'Amérique. Par ailleurs, au Venezuela même, les années suivant l'émancipation étaient marquées par des luttes internes pour le pouvoir et un phénomène de caudillisme, où des chefs locaux dirigeaient des armées privées dans un contexte d'État fragmenté.

Musée municipal, Madrid, Espagne Vue aérienne de Madrid depuis la Plaza de Toros, 1854 - Images d'art / Gettyimages.ru

Musée municipal, Madrid, Espagne Vue aérienne de Madrid depuis la Plaza de Toros, 1854 - Images d'art / Gettyimages.ru

Une indépendance encore contestée ?

Bien que l'indépendance ait été juridiquement reconnue en 1845, certains experts estiment que les vestiges du colonialisme persistent sous diverses formes. Le Venezuela continue de dénoncer les tentatives d'interférence étrangères dans sa politique interne. Ces tensions rappellent que les chaînes de la colonisation ne se brisent pas seulement par des traités ou des victoires militaires ; elles nécessitent également une transformation profonde des relations politiques et économiques entre les anciennes colonies et leurs ex-métropoles.

La bataille d'Ayacucho le 9 décembre 1824, victoire décisive de Santa Cruz et Sucre par les troupes espagnoles. Guerre d'indépendance du Pérou, Pérou, XIXe siècle - DeAgostini/ / Gettyimages.ru

La bataille d'Ayacucho le 9 décembre 1824, victoire décisive de Santa Cruz et Sucre par les troupes espagnoles. Guerre d'indépendance du Pérou, Pérou, XIXe siècle - DeAgostini/ / Gettyimages.ru

Mémoire contre oubli

Historiquement, la Couronne espagnole semble privilégier l'oubli à la mémoire. Dans le Traité de Paix et d'Amitié, il avait été convenu de mettre en pratique un "oubli total du passé". Cette clause, qui paraît davantage bénéfique pour l'Espagne que pour ceux ayant subi les horreurs de la Conquête, continue aujourd'hui d'influencer sa politique extérieure envers ses anciennes colonies.

 

Dans ce contexte, une controverse bien connue oppose l'Espagne au Mexique, en raison de son refus de demander pardon pour les crimes commis durant la période coloniale. Face à ce désir d'effacer la mémoire, le professeur Lionel Muñoz affirme qu'"il existe un passé qui ne s'oublie pas et qui ne cesse de peser". Il ajoute : "L'histoire, étudiée scientifiquement, consiste également à explorer ces zones du passé qui habitent notre présent. Trois cents ans de vie coloniale espagnole ne peuvent être effacés d'un simple coup de plume."

Archives d'histoire universelle / Gettyimages.ru

Archives d'histoire universelle / Gettyimages.ru

Selon lui, renforcer la conscience historique implique de regarder intégralement la période où le Venezuela faisait partie de l'empire espagnol, le plus vaste de l'histoire. Plutôt que des excuses pour les événements passés, il préconise d'analyser les relations sous un angle historique afin de revendiquer l'indépendance totale et absolue du Venezuela ainsi que sa souveraineté sur la scène internationale.

 

"Marcher sur notre propre chemin"

Cet "oubli", qui tente de cimenter une période historique ayant causé des dizaines de millions de morts en Amérique selon certaines estimations, ne traduit pas une rupture complète du lien colonisateur par l'Espagne. Muñoz affirme que "dans certains esprits de la péninsule ibérique subsiste encore l'idée que ces territoires font partie intégrante de leur domaine".

 

Il rappelle fermement : "À ceux qui entretiennent cette idée désuète selon laquelle le Venezuela reste une colonie, il faut rappeler qu'il y a plus de deux siècles, nous avons choisi de marcher sur notre propre chemin, en optant pour la souveraineté, l'indépendance et la république."

 

De son côté, Williams Mujica souligne que l'indépendance du Venezuela a été conquise au prix des luttes et des sacrifices des patriotes. Il ajoute que ni l'Espagne ni les autres pays européens n'ont aujourd'hui une autonomie complète, car ils sont soumis à l'impérialisme. Selon lui : "L'Europe est plongée dans une nouvelle forme de colonisation et reste liée à la politique internationale des États-Unis, devenant ainsi un groupe de pays satellites de l'empire nord-américain."

 

En revanche, le Venezuela refuse d'être soumis aux États-Unis, qui cherchent à imposer leur contrôle par des mesures coercitives similaires à celles exercées par les Espagnols autrefois. Mujica conclut : "La lutte ne vise pas une Espagne affaiblie dans sa politique internationale et soumise au Département d'État américain. La lutte porte sur notre souveraineté."

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 

Nathali Gómez est une journaliste associée à RT, spécialisée dans les questions politiques et géopolitiques, notamment celles liées au Venezuela.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page