Nous vivons des temps sombres. Des temps où la paix semble de plus en plus lointaine et la guerre, de plus en plus proche. Des temps où les drapeaux blancs sont piétinés par des bottes marchant au rythme de la peur, de la manipulation et des intérêts de ceux qui tirent les ficelles du pouvoir. Aujourd'hui, depuis cet humble espace de réflexion, je veux élever la voix… non pas en tant qu'expert, ni en tant que politicien, mais en tant qu'être humain, en tant que simple primate refusant d'accepter que la violence soit le seul langage possible entre les peuples.
Ces derniers mois, nous assistons à une inquiétante escalade militaire alimentée par les gouvernements européens eux-mêmes. La peur se propage avec une facilité effrayante. On nous dit que les Russes pourraient envahir l'Europe, qu'il faut se préparer à une guerre. En France et en Allemagne, des manuels sont déjà distribués à la population pour savoir comment agir en cas d'attaque, y compris nucléaire. En Espagne, comme dans d'autres pays de l'Union européenne, on encourage le réarmement, on augmente les dépenses militaires et on promeut une rhétorique de confrontation qui nous pousse — pas à pas — vers l'abîme d'une troisième guerre mondiale.
Et pendant ce temps, les médias relaient ces messages comme des porte-voix des intérêts qui les nourrissent. Les chroniqueurs télévisés, les analystes sans âme et les politiciens sans scrupules diffusent peur, haine et hostilité. Ils ne parlent pas de paix, ni de diplomatie, ni d'humanité. Ils ne parlent que de missiles, de stratégies militaires et d'ennemis à détruire. Et derrière leurs mots, les industries de l'armement se frottent les mains et remplissent leurs poches. Plus il y a de peur, plus on vend d'armes.
Mais où sont les voix qui appellent au dialogue ? Où sont les dirigeants qui misent sur la médiation, sur le fait de s'asseoir à une table sans conditions pour éviter que le sang continue de couler ? Où est la vérité ? Soyons clairs : la Russie ne va pas envahir l'Europe, tout comme l'Irak n'a jamais eu d'armes de destruction massive. On nous ment. Comme on nous a menti tant de fois auparavant. Comme ils le font chaque fois qu'un conflit sert leurs intérêts.
Ils nous ont transformés en marionnettes d'un scénario écrit par les puissants. Ils alimentent l'hystérie collective tout en détournant des fonds destinés au bien-être social pour engraisser les fabricants de mort. Les systèmes de santé se détériorent, l'éducation est réduite, les services sociaux disparaissent… mais il ne manque ni chars ni avions de chasse. Et tout cela est fait sous le prétexte de "notre sécurité".
Sécurité ? Nous sentons-nous en sécurité dans cette spirale de folie ? Nous sentons-nous protégés lorsque nous voyons qu'on encourage une course aux armements au lieu de promouvoir des accords de paix ? Construisons-nous un monde meilleur pour nos enfants… ou creusons-nous leur tombe avec des discours vides et des décisions irresponsables ?
D'ici, depuis mon cœur de primate, j'élève ma voix pour demander des drapeaux blancs. Pour dire stop. Pour dénoncer ce courant belliciste qui envahit l'Europe comme un feu maudit se propageant dans les bureaux, sur les plateaux télévisés et dans les discours de ceux qui devraient nous défendre au lieu de nous utiliser.
La guerre n'est pas inévitable. Ce qui est inévitable, c'est que des innocents continueront à mourir si cette folie n'est pas arrêtée. La diplomatie ne peut être une option oubliée. Elle doit être la seule voie légitime pour résoudre les conflits. Car chaque missile lancé, chaque soldat armé, chaque frontière sous tension est une trahison envers l'humanité.
Il est encore temps. Nous pouvons encore crier. Nous pouvons encore refuser d'être partie prenante à ce jeu macabre. Mais nous devons nous réveiller. Nous devons parler clairement. Nous devons exiger de nos gouvernements qu'ils ne jouent pas avec notre avenir, qu'ils ne construisent pas un récit basé sur la haine et qu'ils ne nous poussent pas vers une guerre que personne ne veut… sauf ceux qui s'enrichissent grâce à elle.
Pour une Europe de paix, et non des tranchées.
Pour la vérité, et non pour la peur.
Pour les peuples, et non pour les intérêts d'une poignée.
Pour les drapeaux blancs
Traduction Bernard Tornare
Pedro Pozas Terrados est un écrivain, naturaliste, primatologue et militant écologiste espagnol. Il est particulièrement connu pour son engagement en faveur des droits des grands singes et de la protection de l'environnement.
En tant que membre actif de Greenpeace, il a participé à diverses actions spectaculaires pour la défense de l'environnement, comme des manifestations ou des expéditions en mer pour étudier les cétacés.
Pedro Pozas a publié divers ouvrages et articles dans des revues scientifiques et généralistes sur des thèmes liés à la nature, à l'écologie et aux droits des animaux. Il intervient régulièrement dans des universités espagnoles et lors d'événements culturels pour sensibiliser le public à ces questions.
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