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La paix et le pain : le carrefour européen

par Bernard Tornare 5 Mars 2025, 10:50

Des soldats ukrainiens dans un camp d'entraînement dans la région de Donetsk, le 19 janvier 2025. Scott Peterson / Gettyimages.ru

Des soldats ukrainiens dans un camp d'entraînement dans la région de Donetsk, le 19 janvier 2025. Scott Peterson / Gettyimages.ru

Par Carmen Parejo Rendón

Pendant que les puissances européennes, récemment réunies à Londres, continuent de marcher au son des tambours d'une guerre perdue, les droits sociaux et économiques de leurs peuples se vident de leur sang.

 

Il n'y avait pas d'argent, nous disait-on, pour garantir la santé publique, l'éducation ou le logement. Il n'y avait pas de marge pour augmenter les salaires, ni pour réduire les journées de travail, ni pour augmenter les pensions. Cependant, il y a de l'argent, et à flots, pour continuer à alimenter une guerre qui n'aurait jamais dû être, une guerre qui se livre au détriment des conditions de vie de millions de travailleurs en Europe.

 

L'OTAN et l'Union européenne (UE) n'ont pas seulement provoqué la guerre en Ukraine, mais elles refusent d'y mettre fin. Malgré le retrait présumé des États-Unis de ce terrain vague de mort, de répression et de pillage occidental qu'ils ont fait de l'Ukraine, ce sont maintenant l'Union européenne et le Royaume-Uni - le même qui hier rompait avec Bruxelles et aujourd'hui joue à diriger son aventure militaire - qui mènent l'escalade. La guerre, pour eux, n'est plus seulement une affaire : c'est l'alibi parfait pour justifier leur réarmement, leur dette infinie, leur expérience ratée d'une armée européenne qui ne sert qu'à tirer sur d'autres peuples... et, le cas échéant, sur le leur.

Drapeaux de l'UE sur le bâtiment Berlaymont à Bruxelles, en Belgique. Omar Havana / Gettyimages.ru

Drapeaux de l'UE sur le bâtiment Berlaymont à Bruxelles, en Belgique. Omar Havana / Gettyimages.ru

Comment la même UE qui a imposé des plafonds de dépenses, des coupes budgétaires et des privatisations sous le mantra de l'austérité, peut-elle maintenant envisager de dépenser sans limites en armement ? Comment les mêmes gouvernements qui réduisent les budgets de santé et ferment des écoles peuvent-ils multiplier leurs budgets militaires et exiger que nous les payions en silence ?

 

Les exemples de l'Allemagne, de la France et de l'Espagne

L'Allemagne est l'exemple le plus clair. Après des décennies de "retenue" budgétaire, son gouvernement a annoncé un fonds extraordinaire de 100 milliards d'euros pour le réarmement qui, de plus, pourrait être élargi, préviennent-ils. Où est passé le frein à la dette ? Où sont les limites du déficit ?

 

En France, pendant qu'Emmanuel Macron écrase les protestations contre la réforme des retraites, il consacre 413 milliards aux dépenses militaires pour la période 2024-2030. D'où vient cet argent ? De nos poches, de nos conditions de vie, de notre précarité.

 

Comment la même UE qui a imposé des plafonds de dépenses, des coupes budgétaires et des privatisations sous le mantra de l'austérité, peut-elle maintenant envisager de dépenser sans limites en armement ?

 

L'Espagne, qui continue avec un système de santé publique surchargé et une profonde crise d'accès au logement, a augmenté ses dépenses militaires de 26 % en seulement un an. Pendant que les travailleurs enchaînent les contrats précaires et que les loyers augmentent sans frein, plus de 13 milliards d'euros sont destinés à la Défense et des programmes de plusieurs milliards sont financés pour fabriquer des frégates, des blindés et des chasseurs. Pendant ce temps, les cantines scolaires réduisent les menus et les hôpitaux ferment des services.

 

Tout cela pendant qu'ils nous plongent dans une hystérie belliciste sans précédent. À la télévision, dans les journaux et les déclarations institutionnelles, on prépare l'opinion publique à une longue guerre, à des sacrifices "patriotiques", à accepter que nous vivrons moins bien parce qu'il "faut défendre l'Europe".

 

Ils nous vendent un récit apocalyptique qui légitime plus de coupes budgétaires, plus de contrôle social et plus de répression. Les exemples sont quotidiens : le ministre britannique de la Défense, John Healey, suggérant le retour du service militaire obligatoire ; Josep Borrell parlant de l'Europe comme d'un "jardin" qui doit se défendre de la "jungle" extérieure ; Pedro Sánchez promettant que l'Espagne dépensera 2 % du PIB pour la défense, bien que nous continuions à mener les classements du chômage des jeunes, comme le souligne l'Institut National de Statistique (INE) du Royaume d'Espagne. En Pologne, le gouvernement militarise les écoles. En Suède, en tant que pays nordique "avancé", ils se "préoccupent" de notre santé mentale, et le Premier ministre appelle à se préparer psychologiquement à une guerre totale.

 

Et tout cela après avoir dynamité toute possibilité de paix. Car, rappelons-le, ce n'est pas que les Accords de Minsk aient échoué, c'est qu'ils n'ont jamais eu l'intention de les respecter. Angela Merkel elle-même l'a avoué, ainsi que François Hollande : Minsk était un piège pour donner du temps à l'Ukraine de se réarmer pour la guerre. Et une fois tout pont rompu avec la Russie, c'est nous tous qui payons la facture.

 

Souveraineté européenne ?

La rupture énergétique n'a pas seulement fait flamber les prix, elle a aussi clairement montré que l'Europe n'a aucune souveraineté.

 

Les États-Unis ont fait sauter le Nord Stream et il n'y a même pas eu de protestation formelle. Ils nous ont condamnés à importer du gaz de leur 'fracking', à prix d'or, pendant que nous fermions des industries entières en raison de coûts énergétiques insoutenables. L'Allemagne, supposée être la locomotive industrielle européenne, a vu sa production s'effondrer et des usines centenaires fermer. Et qui a payé les licenciements ? La classe ouvrière.

Le leader du régime de Kyiv, Vladimir Zelensky. Gettyimages.fr

Le leader du régime de Kyiv, Vladimir Zelensky. Gettyimages.fr

Pendant ce temps, Vladimir Zelensky défile dans les capitales européennes en mendiant plus d'armes, plus d'argent et plus de corps à envoyer à l'abattoir. L'Ukraine, transformée en protectorat occidental, où les syndicats sont interdits, les partis d'opposition illégalisés et la population soumise à une mobilisation forcée brutale, sert de répétition générale au modèle qu'ils prétendent étendre au reste de l'Europe : un capitalisme en guerre, sans droits, sans salaires dignes, sans avenir.

 

La même Union européenne qui nous a prescrit l'austérité nous impose aujourd'hui la militarisation. La même qui nous a refusé le pain nous promet la guerre. Mais les peuples européens, et tout particulièrement leur classe ouvrière, n'ont rien à gagner dans cette escalade. Bien au contraire : plus de guerre signifie plus d'inflation, plus de coupes budgétaires, plus de répression et plus de misère.

 

Le carrefour est clair : paix et pain ; ou guerre et faim. Ce n'est pas un slogan. C'est le dilemme historique qui s'ouvre devant nous. Et il faut choisir.

 

Soit, nous nous résignons à être de la chair à canon, payant de nos vies et de notre travail les délires impériaux de Bruxelles, Washington et Londres, soit nous élevons enfin la voix contre cette folie. Et nous disons assez. Assez des guerres des autres, assez de la pauvreté planifiée, assez des gouvernements qui gouvernent contre leur propre peuple. Car si nous ne disons pas assez, si nous n'arrêtons pas cette machine, le jour viendra où il n'y aura plus d'autre choix que d'obéir à l'ordre : "Ils m'appelleront, ils nous appelleront tous / Toi, et toi, et moi, nous nous relayerons / sur des tours de verre, face à la mort", comme le clamait le poète Blas de Otero quand il demandait la paix et la parole.

 

Nous ne voulons pas la guerre. Nous voulons du pain. Nous voulons la paix. Nous devons prendre la parole.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

La paix et le pain : le carrefour européen

Carmen Parejo Rendón est une rédactrice et analyste espagnole dans différents médias audiovisuels et écrits. Directrice du média numérique Revista La Comuna. Collaboratrice d'Hispan TV et de Telesur. Elle se consacre à l'étude et à l'analyse de la réalité latino-américaine et ouest-asiatique.

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