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Ceux qui donnent des diplômes à la démocratie

par Bernard Tornare 29 Juillet 2024, 19:15

Photo : Parlement européen / CC BY 2.0

Photo : Parlement européen / CC BY 2.0

Des études apparemment neutres, avec la collaboration diligente des médias, contribuent à implanter dans l'opinion publique internationale le concept de démocratie qu'ils souhaitent et à stigmatiser les gouvernements qui ne sont pas à leur goût.

 

Par Pascual Serrano

 

Les médias occidentaux, y compris les progressistes, ont relayé avec enthousiasme un rapport de l'Institut V-Dem sur l'état de la démocratie dans le monde. Il s'agit essentiellement d'une institution privée suédoise qui se permet de dire quels pays et quels gouvernements sont démocratiques et lesquels ne le sont pas, lesquels le sont à moitié ou pas du tout. Ceux qui sont en train de se "démocratiser" et ceux qui sont en train de s'"autocratiser".

Dans son indice de démocratie, l'Institut V-Dem prend en compte à la fois les aspects électoraux (élections libres et compétitives dans le pays) et libéraux (respect des droits civils et politiques des citoyens). Le rapport parle d'"autocraties fermées" pour la Chine ou Cuba, mais s'il y a des élections et que le résultat ne plaît pas, cela ne leur convient pas non plus et ils les appellent "autocraties électorales" (Algérie, Salvador, Burundi, Égypte, Hongrie, Inde, Thaïlande, Liban ou Russie).

Le résultat est une carte du monde avec des couleurs pour chaque pays selon son niveau de démocratie. Bien sûr, le rouge est pour les pays non démocratiques et le bleu pour les démocratiques. Et, comme on pouvait s'y attendre, ces derniers sont l'Europe et l'Amérique du Nord.

Évidemment, que les gens mangent ou non, aient un emploi, un logement ou des soins de santé est quelque chose d'insignifiant pour le concept de démocratie des Suédois.

Volkswagen, Kellogg, Facebook, l'Agence américaine pour le développement international (USAID), entre autres, parrainent le rapport suédois qui détermine qui est démocrate et qui ne l'est pas.

L'Institut V-Dem compte parmi ses fondateurs et sponsors de nombreuses institutions occidentales, surtout nordiques (Suède, Norvège et Danemark), mais aussi des fondations de grandes entreprises privées comme l'automobile Volkswagen ou l'alimentaire Kellogg qui, comme nous le savons tous, sont des experts en démocratie.

Parmi ses financeurs figurent également la Banque mondiale ou l'Open Society, la fondation du magnat George Soros. D'autres financeurs sont Facebook, l'USAID (l'Agence du gouvernement des États-Unis pour le développement international) ou l'Institut républicain international, fondé par Ronald Reagan. Comme on peut le déduire, tous ces acteurs internationaux sont toujours soucieux de l'avancement de la démocratie dans le monde.

Des études apparemment neutres comme celles-ci, associées à la collaboration toujours diligente des médias, aident à implanter dans l'opinion publique internationale le concept de démocratie qu'ils souhaitent et à stigmatiser les gouvernements qui ne sont pas à leur goût en les qualifiant de non démocratiques. La connivence des médias va même jusqu'à qualifier simplement de pro-démocratie les mouvements et activistes qui leur plaisent, comme l'anti-chinois de Hong Kong, aussi violent soit-il, ou inactif lorsque la ville était une colonie britannique sans aucune démocratie.

Bien sûr, ces experts qui disent ce qui est démocratique et ce qui ne l'est pas ne demandent pas l'avis des citoyens de leurs pays démocratiques. S'ils le faisaient, ils découvriraient ce que révèle une récente étude de l'agence Ipsos, qui a interrogé sept pays occidentaux et a découvert que plus de la moitié se disent insatisfaits de la façon dont la démocratie fonctionne dans leur pays. Le taux d'insatisfaction le plus élevé est aux États-Unis, avec 56%, suivi de la France et de l'Italie avec 51%. Dans six de ces sept pays, la majorité des gens disent que l'économie est truquée au profit des riches et des puissants, plutôt que de fonctionner au bénéfice de tous. C'est ainsi que le perçoivent plus des deux tiers en Italie (72%), au Royaume-Uni (71%) et en France (69%), et environ deux sur trois aux États-Unis (67%).

Un autre sondage récent a montré que dans trois États membres de l'UE (France, Grèce et Hongrie), la majorité pense maintenant qu'elle ne vit plus dans des démocraties libres.

Les évaluateurs de démocraties ne se préoccupent pas non plus du parcours de l'argent des partis politiques. C'est pourquoi ils ne se demandent pas pourquoi on ne connaît pas l'origine de 70% des dons privés aux partis européens. Cela a été révélé après une analyse de plus de 1 000 documents financiers de 300 groupes politiques du continent, coordonnée par l'organisation Follow The Money.

En conclusion, quand quelqu'un vient nous dire ce qu'est la démocratie et ce qui ne l'est pas, la première chose à savoir est qui la finance, et la deuxième, ce que pensent les citoyens. Et, bien sûr, savoir si avant de profiter de la démocratie, ils ont pu manger les jours précédents.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Ceux qui donnent des diplômes à la démocratie

Pascual Serrano est journaliste et écrivain espagnol. Son dernier livre s'intitule Prohibido dudar. Las diez semanas en que Ucrania cambió el mundo.

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