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Les étapes de l'Afrique vers l'émancipation totale

par Bernard Tornare 27 Mai 2024, 17:21

Image d’illustration : photo aérienne prise le 9 janvier 2024 montrant une vue du pont de Cocody à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

Image d’illustration : photo aérienne prise le 9 janvier 2024 montrant une vue du pont de Cocody à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

Par Raúl Antonio Capote

 

De 1445 à 1870, l'Afrique a été la principale source de main-d'œuvre esclave, en particulier pour l'Europe et l'Amérique. D'innombrables ressources humaines et matérielles ont été extraites du continent, provoquant une saignée qui a affaibli ses structures économiques et sociales.

 

Le pillage des ressources ne s'est pas arrêté avec l'esclavage. Les 19ème et 20ème siècles ont marqué une ère de pillage impitoyable par les métropoles coloniales.

 

C'est de la sueur et du sang des fils et des filles de l'Afrique, du pillage de ses ressources naturelles qu'est née la majeure partie de la richesse qui a rendu possible le développement capitaliste en Europe.

 

La décolonisation de l'Afrique a été un processus d'indépendance graduel et complexe, s'étendant principalement de la fin des années 1940 à la fin des années 1960.

 

Cependant, l'émancipation politique des États africains vis-à-vis des anciennes métropoles coloniales n'a pas signifié la fin de la dépendance économique : le colonialisme a cédé la place au néocolonialisme.

 

L'Afrique possède la plus grande concentration de ressources naturelles au monde : pétrole, cuivre, diamants, bauxite, lithium, or, forêts tropicales et fruits, elle possède 60 % des terres arables ; mais ces richesses restent entre les mains des grandes multinationales occidentales.

 

Les transnationales investissent et extraient les ressources, dont elles accumulent d'immenses profits qu'elles évadent vers les paradis fiscaux, sous le regard complice des institutions financières internationales, qui continuent d'ailleurs à exiger le remboursement des dettes coloniales.

 

En d'autres termes, les Africains paient à leurs anciens exploiteurs le droit de respirer ; les pillés restent redevables à ceux qui, pendant des siècles, leur ont volé leurs richesses.

 

D'autre part, comme à l'époque des colonies, les matières premières voyagent vers l'Occident et reviennent transformées en produits finis, perdant dans l'échange la plus-value obtenue au cours du processus.

 

Par exemple, le pétrole brut extrait en Afrique revient raffiné, la plupart du temps, avec pour résultat que le continent reste dépendant des importations pour sa propre consommation.

 

Les habitants du delta du Niger, une région immensément riche en cette ressource, vivent dans la pauvreté. L'industrie pétrolière a pollué les terres et les eaux, la plupart n'ont pas accès à l'électricité et l'espérance de vie ne dépasse pas 54 ans.

 

Après l'indépendance, la France a créé une sorte de communauté contractuelle avec nombre de ses anciennes colonies. Les relations entre la métropole et ses anciennes colonies ont été établies sur la base d'accords de « coopération ».

 

Paris impose les conditions suivantes : l'établissement de bases militaires, le maintien des dettes coloniales et la mise en place de deux monnaies différentes sous le nom de Franco cfa, l'une pour l'Afrique de l'Ouest et l'autre pour l'Afrique centrale.

 

C'est dans ces conditions que sont nés en 1960 le Cameroun, le Sénégal, le Togo, le Bénin, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Tchad, la République centrafricaine, la République du Congo, le Mali et la Mauritanie.

 

Pour mieux comprendre, le franc CFA joue un rôle clé dans l'influence économique : la Banque centrale française peut opposer son veto aux décisions prises par les banques régionales africaines et la moitié des réserves de change de chaque pays doit être déposée au Trésor public français. Presque rien.

 

La dépendance de cette monnaie à l'euro empêche les États africains de maîtriser leurs dettes publiques et de lutter contre l'inflation, puisqu'ils ne dépendent pas d'eux, mais de l'évolution de la monnaie étrangère.

 

De même, les entreprises gauloises extraient sans limite l'or, les métaux, le coton, le pétrole et l'uranium, favorisées par le cours de la monnaie.

 

QUE SE PASSE-T-IL EN AFRIQUE ?

 

Une vague de sentiment anti-impérialiste déferle sur l'Afrique. L'ère du néocolonialisme, du vol pur et simple des ressources naturelles, semble toucher à sa fin.

 

Plus de 60 ans après leur indépendance, les anciennes colonies françaises réclament la fin du franc CFA et de l'opération militaire Barkhane, débutée en 2013.

 

En mai 2022, le Mali a annulé ses accords de défense avec la France, suivi par le Burkina Faso, après que Ouagadougou a décrété la fin des traités signés avec Paris.

 

Dans le même ordre d'idées, les autorités nigériennes ont révoqué l'accord militaire avec les États-Unis, qui permet aux forces américaines de rester sur le territoire nigérien.

 

De son côté, le gouvernement de transition du Tchad a demandé à Washington de mettre fin à sa présence militaire.

 

Le Pentagone possède au moins 29 bases dans 15 pays africains, tandis que la France est présente dans dix pays africains.

 

L'arrivée de nouveaux acteurs internationaux, en particulier la Chine et la Russie, a ouvert de nouvelles options aux gouvernements de la région et réduit la dépendance vis-à-vis de l'Occident en fournissant, entre autres, d'autres sources de financement.

 

Au Sahel, le retrait des États-Unis a permis à d'autres puissances régionales telles que l'Algérie, le Nigeria et le Rwanda d'accroître leurs investissements, de conclure des accords bilatéraux sur des projets de sécurité collective et d'établir une coopération économique.

 

Les principales économies africaines ont commencé à retirer leurs réserves d'or des États-Unis. Récemment, l'Afrique du Sud a décidé de rapatrier ses réserves d'or, suivie par le Nigeria et, quelques jours plus tard, les autorités ghanéennes ont pris une décision similaire.

 

Comme si cela ne suffisait pas, sur la scène internationale, le rôle indépendant du continent a été mis en évidence par la position de l'Afrique du Sud qui a poursuivi Israël devant la Cour internationale de justice, le principal organe judiciaire des Nations unies, pour génocide et crimes de guerre à l'encontre des Palestiniens de Gaza.

 

La Namibie a également condamné le soutien apporté par l'Allemagne à Israël lors de son procès pour génocide devant la Cour internationale de justice.

 

En 2050, l'Afrique comptera plus de deux milliards d'habitants, dépassant l'Inde et la Chine, de sorte que le poids démographique de sa population dans le concert mondial se doublera de sa prévalence en tant que continent multiculturel, multilingue et multiethnique, riche de traditions et de valeurs qui, en tant que patrie de l'humanité, la rapprocheront de l'émancipation totale dont elle a besoin et qu'elle mérite, si souvent et depuis si longtemps usurpée par des voleurs.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 

Raúl Antonio Capote est un écrivain et journaliste cubain.

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