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Les grandes puissances contre le droit international : rompre le cycle de l'impunité

par Bernard Tornare 28 Février 2024, 11:13

Image d'illustration : Bosphorus Blue Winter, Huile sur Toile, Jean-Pierre Civade, 2023.

Image d'illustration : Bosphorus Blue Winter, Huile sur Toile, Jean-Pierre Civade, 2023.

Par Lama El Horr

 

Depuis la création des Nations unies après la Seconde Guerre mondiale, la subordination du droit international aux intérêts de l'Occident collectif dirigé par les États-Unis a amplement démontré l'incapacité de ce mécanisme à régler les différends entre les États, à garantir le développement mondial et à préserver la paix dans le monde.

L'Algérie et le Vietnam auraient-ils gagné leur indépendance, ou l'Afrique du Sud aurait-elle aboli le régime de l'apartheid sans lutte armée ? Les États-Unis auraient-ils largué deux bombes atomiques sur le Japon (entre la signature et l'adoption de la Charte des Nations Unies, d'ailleurs) sans l'assurance de ne jamais avoir de comptes à rendre ? Taipei, Séoul, Tokyo et Manille seraient-ils engagés dans une course aux armements en mer de Chine méridionale si Washington avait honoré ses engagements écrits avec Pékin et l'esprit de la Charte des Nations Unies ? Les États-Unis pousseraient-ils aujourd'hui au nettoyage ethnique dans les territoires palestiniens et dans l'est du Congo, fournissant des armes mortelles à Israël dans un cas et aux milices rwandaises dans l'autre, si Washington avait été contraint de placer le droit international au-dessus de sa cupidité géopolitique et de ses ambitions hégémoniques ?

Les récentes déclarations de Hasan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah libanais, ne laissent planer aucun doute :

"Ce qui s'est passé à Gaza a montré que la communauté internationale et le droit international ne peuvent pas protéger les populations. Ils ne peuvent protéger personne. C'est votre force et vos missiles qui vous protègent".

Les États-Unis restent indifférents aux appels mondiaux en faveur d'une réforme de l'ONU

Depuis des années, les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sont à la merci des intérêts géopolitiques et des ambitions hégémoniques des États-Unis. À tel point que le droit de veto est considéré comme un feu vert permettant à Washington et à ses États satellites de se placer au-dessus de la loi, tout en privant les autres États de leurs droits fondamentaux, censés être garantis par la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme. C'est pourquoi la majorité des dirigeants du Sud ont constamment appelé à une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies.

Pourtant, malgré les protestations de la communauté internationale, Washington s'est efforcé de maintenir le statu quo aux Nations unies, car cela lui a permis tacitement de légitimer le recours à la loi du plus fort - ce que l'on appelle son "ordre fondé sur des règles". Toutefois, ces dernières années, face à la montée en puissance des économies émergentes, les États-Unis semblent avoir compris que la transition globale vers une nouvelle architecture mondiale ne peut être stoppée. Pour tenter de ralentir néanmoins cette dynamique de changement, qu'ils perçoivent comme défavorable à leurs ambitions hégémoniques, les États-Unis sont désormais ouvertement favorables à la destruction des Nations unies plutôt qu'à leur réforme.

En effet, pour assurer la prévalence de son "ordre fondé sur des règles", ou loi de la jungle, l'administration Biden a choisi de discréditer le travail des organes de l'ONU, à travers des campagnes médiatiques mondiales accusatrices (des mesures similaires ont été prises par l'administration Trump, qui s'est retirée du Conseil des droits de l'homme de l'ONU en 2018). L'exemple le plus récent de l'assaut américain contre l'ONU est la décision de suspendre le financement de l'UNRWA. Cette décision a été prise au milieu de l'assaut israélien sanglant sur Gaza, et du nettoyage ethnique méticuleusement organisé de la population palestinienne, avec des déplacements de population sans fin et l'intention délibérée d'affamer et de déshumaniser les Palestiniens. Sans parler des massacres de la population civile et de la propagation des maladies de l'âge des ténèbres. En d'autres termes, les Palestiniens paient de leur chair le projet cynique des États-Unis d'étendre encore le territoire israélien - en violation du droit international - et d'accroître ainsi l'influence de Washington au Moyen-Orient.

 

La conduite de Washington comporte un risque majeur pour la survie de l'humanité

 

Dans ce contexte, quelle alternative au droit international pour les nations et les peuples qui se voient refuser l'autodétermination et la souveraineté, qui sont victimes du pillage de leurs ressources et de la violation de leur droit à la liberté, de leur droit à la sécurité, de leur droit au développement, de leur droit à la vie ?

Certes, le droit international tire son autorité des accords entre États, aussi anciens soient-ils, et, à ce titre, il continue d'être invoqué par les dirigeants du monde comme le seul moyen civilisé de régler les différends et d'éviter le sort funeste réservé aux faibles - un sort qui a pris des proportions horribles pour les Palestiniens. En tout état de cause, le droit international reflète un consensus mondial sur la nécessité de suivre des règles communes et de se protéger contre la loi de la jungle prônée par l'administration américaine, qui met en péril la survie même de l'humanité.

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les quatre initiatives mondiales de la Chine visant à construire une nouvelle architecture mondiale, en particulier l'Initiative de sécurité globale (qui semble se concentrer sur des aspects fondamentaux du droit international qui sont méprisés par l'Occident dirigé par les États-Unis). De même, la décision unilatérale de la Russie de freiner l'expansion continue de l'OTAN à ses frontières, l'attaque du Hamas le 7 octobre, qui a rappelé au monde l'abomination de 75 ans d'occupation (le temps continuera à démonter les nombreux mensonges qui ont été associés à cette attaque afin de légitimer le nettoyage ethnique de Gaza), mais aussi l'expansion de l'OCS et des BRICS : tous ces événements découlent de l'échec retentissant de l'ordre international dirigé par les États-Unis.

Jusqu'à présent, Washington ne paraît pas prêt à participer à la conception d'une nouvelle architecture internationale, ni à obéir aux règles, anciennes ou nouvelles. À cet égard, une campagne est en cours sur les réseaux sociaux, appelant à l'expulsion des États-Unis du Conseil de sécurité de l'ONU. En tout état de cause, les pays du Sud ont la responsabilité de se soutenir mutuellement pour contrecarrer la violence anarchique des puissances hégémoniques. En effet, les crises mondiales ont atteint un point critique où il n'y a pas d'autre choix que de réinventer un ordre international qui respecte la vie et la dignité humaines.

Car les pays du Sud, qui représentent près des trois quarts de la population mondiale, ne se résoudront pas à disparaître, à renoncer à leur droit à la vie, pour permettre aux institutions financières et au complexe militaro-industriel américains de satisfaire leur insatiable cupidité.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en anglais

Les grandes puissances contre le droit international : rompre le cycle de l'impunité

Lama El-Horr est franco-libanaise, diplômée de London School of Economics and Political Science (LSE) et de l’université de Paris-Sorbonne, analyste politique, journaliste, conférencière, spécialiste des relations internationales – Chine, Europe, Moyen-Orient, Amérique latine.

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