"Je suis pessimiste par intelligence, mais optimiste par volonté".
Antonio Gramsci dans une lettre de prison (décembre 1929)
Face à des systèmes oppressifs, le doomérisme et le pessimisme apparaissent comme des outils utilisés par les impérialistes pour saper la volonté collective de changement. En semant le désespoir, les impérialistes cherchent à étouffer la contestation et à maintenir le statu quo.
Le capitalisme n'est pas seulement un système économique ; il se nourrit de la perpétuation d'un ensemble particulier de valeurs et de structures. La recherche incessante du profit prend le pas sur les considérations plus larges du bien-être de la société. Dans cette quête, l'innovation est orientée vers la maximisation du profit plutôt que vers la satisfaction des besoins humains fondamentaux. La lutte pour les besoins indispensables et la survie économique devient compétitive et élimine la capacité à rêver d'une société plus équitable et plus juste.
Les puissances dominantes, en particulier en Occident, exercent un contrôle important sur les médias grand public, façonnant la perception du citoyen et encadrant les discussions de manière à favoriser les intérêts capitalistes. Le fait de vivre dans une société individualiste ne façonne pas seulement nos valeurs et nos priorités, mais aussi notre imagination collective pour un avenir alternatif.
La crainte d'expériences socialistes réussies remet directement en question le discours dominant sur l'inévitabilité du capitalisme. En empêchant l'épanouissement de modèles alternatifs, les puissances occidentales maintiennent leur emprise sur les structures économiques et politiques, renforçant la perception que tout écart par rapport à l'ordre établi est futile.
Divers systèmes de connaissance, tels que ceux qui sont enracinés dans les visions du monde autochtones et les perspectives du Sud, offrent des cadres alternatifs pour l'organisation de la société. Ces systèmes donnent la priorité à l'interconnexion, à la durabilité et au bien-être de la communauté plutôt qu'au gain individuel. Si les Occidentaux étaient exposés à un plus large éventail de récits, y compris les réussites des pays socialistes et les modèles de gouvernance alternatifs, cela perturberait la compréhension monolithique du capitalisme.
La mentalité coloniale
Pour que les individus deviennent dépendants du système capitaliste, celui-ci doit se présenter comme une nécessité. Lorsque le capitalisme est confronté à l'effondrement, il renforce souvent son emprise en doublant le fascisme, s'accrochant désespérément au statu quo établi. En temps de crise, les gens peuvent avoir recours à des mesures drastiques pour préserver un sentiment de sécurité, sacrifiant ainsi leur autonomie, car le capitalisme promet la sécurité. Cela perpétue un cycle de désespoir, en maintenant l'hégémonie et en empêchant d'envisager d'autres solutions.
Vivre en Occident crée une sorte de vide où le récit capitaliste dominant façonne notre compréhension du monde. Le manque d'exposition à des systèmes alternatifs rend difficile l'imagination d'un avenir meilleur, car nos expériences se limitent à ce qui nous est familier. Cette perspective limitée nous met également à l'abri des luttes menées par les pays du Sud, ce qui contribue à la difficulté de comprendre les alternatives, l'expérience occidentale devenant une réalité isolée et privilégiée.
Le néolibéralisme promeut l'individualisme, en mettant l'accent sur la responsabilité personnelle pour les problèmes de société et en minimisant les causes profondes. Ce discours néglige les questions structurelles et renforce l'idée que le progrès sociétal est principalement dû à des actions individuelles, et non aux systèmes qui créent ces conditions. La pression exercée sur les individus pour qu'ils s'attaquent seuls à des questions sociétales complexes et contribuent à un changement transformateur est écrasante, et ils se sentent accablés par l'idée qu'ils doivent assumer seuls la responsabilité de changer le monde qui les entoure.
La conscience de classe est la clé du maintien de l'optimisme. Lénine affirme que pour que la classe ouvrière puisse défendre efficacement ses droits, elle doit se percevoir comme un membre à part entière de la classe ouvrière et rejeter l'isolement. La force de la classe ouvrière réside dans la reconnaissance d'un destin commun, et non dans la tentative de réformer les problèmes du système un par un, seul.
Nous n'avons pas la charge de changer le monde entier à nous seuls ; un monde multipolaire est en train d'émerger, et les pays du Sud et de l'Est construisent de nouvelles fondations en dehors des limites de l'hégémonie occidentale. En reconnaissant que nous ne sommes pas le seul point central du monde, nous nous ouvrons à la prise de conscience qu'il existe des alternatives.
L'oppression se nourrit de l'isolement et de l'aliénation des individus les uns par rapport aux autres, les empêchant de reconnaître la force collective qu'ils possèdent. Plutôt que de blâmer des systèmes globaux, on a tendance à se blâmer les uns les autres pour les problèmes structurels. Comprendre que la force réside dans l'unité nous permet de transcender ce modèle de division et de travailler ensemble à un changement significatif.
La Palestine et la solidarité avec les communautés autochtones du monde entier nous ont montré que l'optimisme révolutionnaire n'est pas seulement possible, mais qu'il constitue une puissante force de changement. Face aux défis historiques et actuels, ces communautés ont fait preuve de résilience, de détermination et d'un esprit collectif qui défie l'oppression. Leurs luttes sont des phares d'espoir, illustrant que même dans les circonstances les plus difficiles, la croyance en un avenir meilleur et plus juste peut alimenter les mouvements de libération et d'autodétermination. Reconnaître la force de l'unité, rejeter les schémas de division qui nous isolent et reconnaître le monde multipolaire qui émerge au-delà des limites de l'hégémonie occidentale.
L'optimisme révolutionnaire trouve sa véritable expression dans l'amour du peuple. Cet amour se traduit par des actions tangibles qui remettent en cause les injustices systémiques. Gramsci a écrit dans ses carnets de prison que les vrais révolutionnaires ne se contentent pas d'envisager et d'imaginer un avenir meilleur, mais qu'ils croient fermement qu'il est possible. Son concept souligne l'importance de combiner une compréhension réaliste des défis actuels avec une croyance inébranlable en la possibilité d'un avenir différent.
L'engagement en faveur de l'émancipation des opprimés découle d'une préoccupation sincère pour leur bien-être. C'est cet amour qui pousse les individus à s'engager dans des actes de résistance, favorisant un sentiment d'unité qui transcende l'adversité.
Ernesto "Che" Guevara a dit un jour,
"Au risque de paraître ridicule, permettez-moi de dire que le vrai révolutionnaire est guidé par un grand sentiment d'amour. Il est impossible d'imaginer un révolutionnaire authentique dépourvu de cette qualité".
En cette nouvelle année, faisons en sorte que nos actions soient alimentées par l'amour de l'humanité, l'engagement pour la justice et la foi inébranlable en un autre futur. Chaque acte de résistance, chaque effort pour remettre en cause les injustices systémiques, contribue à la construction d'un monde plus équitable et plus compatissant.
Traduction Bernard Tornare
Agonas est une publication socialiste qui a pour vocation de susciter le changement et d'encourager la solidarité.
L’auteur est un gréco-canadien, graphiste et défenseur de l'éducation décoloniale. Il collabore avec The Rise Up Initiative, un programme d'éducation décoloniale dirigé par des indigènes, qui se consacre à la pensée critique, en particulier dans le cadre du marxisme et de la théorie postcoloniale.
Ce texte peut être partagé sur n'importe quel blog ou réseau social en citant la source d'information URL : https://b-tornare.overblog.com/2024/01/optimisme-revolutionnaire.html
/image%2F0018471%2F20160525%2Fob_752977_hugo-chavez.jpg)
/image%2F0018471%2F20240102%2Fob_7f6f4f_blog-1.jpg)
/image%2F0018471%2F20240102%2Fob_0405d7_agonas.png)



Haut de page