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Le prix de la liberté

par Bernard Tornare 24 Novembre 2023, 22:03

Image d’illustration : Gaza (AFP/Photo d'archives)

Image d’illustration : Gaza (AFP/Photo d'archives)

Par Ana Hurtado

 

La dictature des multinationales. On peut l'appeler par différents noms. Aussi du capital. Du monde civilisé. Si Luis Buñuel revenait à la vie et regardait le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, il aurait de la matière pour des milliers et des milliers de films. Il n'aurait pas assez de vie pour écrire autant de scénarios.

 

Sans vouloir être apocalyptique, le panorama occidental se dégrade. Depuis plus d'un mois, nous assistons à un génocide retransmis en direct par différents médias et le monde tourne à l'envers : L'agence de Susan Sarandon la licencie aux États-Unis pour avoir manifesté en faveur du peuple palestinien et une autre actrice américaine se voit retirer son contrat.

 

Les pays décents n'hésitent pas à dénoncer la passivité et le double langage de la communauté internationale face au massacre dans la bande de Gaza et dans les territoires occupés de Palestine.  Mais la planète continue de consommer, se croyant libérée par la possibilité d'entrer dans un supermarché et de choisir sept marques de lait différentes et pensant que c'est la liberté.

 

Les nouveaux esclaves sont les masses de consommateurs. Ceux qui ne posent pas de questions parce qu'ils ne bougent pas et n'entendent pas le bruit des chaînes et des entraves qui les condamnent à une vie de production et de consommation dans un système qui les exploite jusqu'à leur dernier souffle. Où la majorité vient d'en bas et non d'en haut. Où ceux d'en haut rient et ceux d'en bas souffrent. Mais ils appellent cela la liberté.

 

Et les masses aliénées croient que ceux qui ne sont pas libres sont ceux qui choisissent leur destin sans être imposés, même s'ils doivent se plier à des sanctions et à des punitions, comme dans le cas de Cuba. Et à l'extermination, comme c'est le cas en Palestine.

 

Ils ont encore l'illusion de croire que leurs démocraties libérales construites et théâtralisées sont les plus valables. Ils ne se demandent même pas pourquoi ils n'y participent pas. Ils vivent sous la domination et le contrôle.

 

Parce qu'être libre a un prix. Et ce prix est élevé.

 

C'est pourquoi ils créent aujourd'hui des matrices d'opinion pour criminaliser un peuple qui ne fait que lutter pour son identité, pour sa vie, pour son territoire, pour récupérer tout ce qui lui a été enlevé.

 

Rosa Luxemburg disait : "Quand la révolution descend de nos têtes à nos poings". Parfois, à certains moments de l'histoire, et il est toujours bon de se tourner vers eux, il n'y a pas eu d'autre choix que d'utiliser cette phrase sublime.

 

Dans la Révolution française, on n'a pas dialogué avec le roi. Ils lui ont coupé la tête. Puis est venue la fameuse devise Liberté, Égalité, Fraternité.  Ce n'est rien d'autre que traiter les gens de manière équitable, en mettant l'accent sur la relation entre les dirigeants et le peuple.

 

Mais les États modernes traitent-ils leurs citoyens (ou sujets) de cette manière ?

 

J'affirme que non.

 

Est-il légitime que la résistance du peuple palestinien se soit élevée contre un régime sioniste qui opprime et tue son peuple depuis des années, voire des décennies ?

 

À mon avis, oui. Parce qu'il y a un moment où les idées, les forces, la fermeté face à l'injustice, doivent se matérialiser.

 

L'humanité s'attend-elle à ce qu'un peuple torturé et bloqué jour après jour (cela n'a pas commencé le 7 octobre 2023) reste immobile et ne lutte pas pour survivre ?

 

Quand on se noie au milieu de la mer face à la houle et au milieu de la tempête, on bouge les bras, les pieds, on fait de son mieux pour se remettre à flot, pour respirer, pour ne pas sombrer au milieu de l'océan. C'est le droit à la vie que personne ne peut nous enlever. C'est le droit à la légitime défense que possède la Palestine contre toutes les attaques qu'elle subit depuis 75 ans de la part de ses colons.

 

Il y a quelques jours, l'État d'Israël a assassiné deux journalistes au Sud-Liban.

 

Chaque jour, ils tuent des enfants. Des femmes, des civils.

 

Aucun amoureux de la vie ne peut condamner le droit d'un peuple à se défendre. Celui qui ne le comprend pas, c'est qu'il n'a pas encore vu la mort de près.

 

Mahmud Darwish l'a si bien exprimé dans une partie d'un poème écrit en arabe avec tant d'émotion qu'il en déborde :

 

Nous vous disons :

Chantez pour la terre qui reste.

Rebelle.

Enseignez notre sombre histoire aux enfants,

pour que notre sang reste sur le drapeau des criminels,

comme un signe de catastrophe.

Nous vous le demandons :

Protégez les faibles des balles,

pour que ceux qui vivent soient sauvés

et ceux qui naîtront dans le futur.

La source du crime bave encore.

Obstruez-la.

Et restez vigilants, prêts au combat.

 

Nous, révolutionnaires, entrerons certainement dans l'histoire comme ceux qui se sont tenus aux côtés du peuple palestinien, main dans la main, prêts à combattre. En faisant de leur cause la nôtre. Ce n'est pas la cause d'un lieu, c'est la cause de l'homme et de la femme libres.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Le prix de la liberté

Ana Hurtado est une journaliste, documentariste et communicante espagnole sur les réseaux sociaux.

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