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L'Europe, les flux migratoires et le bandeau qui nous empêche de voir l'origine du phénomène

par Bernard Tornare 28 Septembre 2023, 08:50

 L'Europe, les flux migratoires et le bandeau qui nous empêche de voir l'origine du phénomène
Par Carmen Parejo Rendón

Les déplacements massifs entre les populations sont courants depuis le début des temps et sont également essentiels pour comprendre la construction de toutes les sociétés, passées ou présentes. Cependant, ces grands mouvements de population sont précédés d'un phénomène environnemental, qu'il soit d'origine naturelle (catastrophes, famines) ou humaine (pillages, guerres, violences ou pauvreté).

Plus de 1,5 million d'Irlandais ont émigré aux États-Unis entre 1845 et 1855, lors de La Grande Famine irlandaise, un phénomène qui a eu des causes naturelles, mais surtout politiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les lois pénales interdisaient aux catholiques irlandais d'acheter ou de louer des terres, de voter, d'exercer des fonctions politiques, de s'instruire ou d'exercer une profession.

Malgré la réforme de 1829, qui a redonné le droit de vote aux catholiques irlandais, qui représentaient 80 % de la population, la propriété foncière était concentrée entre les mains de familles anglo-irlandaises et anglaises. La plupart de ces propriétaires vivant en Angleterre, les revenus tirés de la location des terres aux Irlandais y sont envoyés. Les métairies irlandaises étaient si petites que leur culture se limitait à la pomme de terre et, qui plus est, à un seul type de pomme de terre. C'est pourquoi, lorsque le champignon Phytophthora infestans est arrivé, infectant la culture de la pomme de terre dans le monde entier, les conséquences ont été particulièrement dramatiques pour l'Irlande.

 

Migrations récentes dans l'UE

Plus de 232 350 personnes ont franchi la frontière de l'Union européenne (UE) de janvier à août 2023, soit une augmentation de 18 % par rapport à l'année précédente. Quarante-neuf pour cent de ces migrants ont emprunté la route de la Méditerranée centrale. Face à ces chiffres, les pays de l'UE se sont déclarés incapables de prendre en charge la situation, ce qui a généré de forts affrontements entre partenaires européens.

 

Face à cette crise, l'UE se replie une fois de plus sur les intérêts particuliers de chaque État. Une scène récurrente chez les partenaires de l'UE dès lors qu'ils sont confrontés à une situation critique.

 

En 2023, 123 863 immigrés d'Afrique du Nord ont débarqué en Italie, selon les données du ministère de l'Intérieur au 13 septembre ; le même jour, 6 000 nouveaux immigrés seraient arrivés sur l'île italienne de Lampedusa en seulement 24 heures.

Face à cette crise, l'Union européenne se replie une fois de plus sur les intérêts particuliers de chaque État. C'est une scène récurrente chez les partenaires de l'UE lorsqu'ils sont confrontés à une situation critique, comme ce fut le cas, pour ne citer que quelques exemples, avec la crise de l'euro ou lors de la pandémie de coronavirus.

Profitant de l'Assemblée générale de l'ONU la semaine dernière, le Premier ministre italien Giorgia Meloni a appelé à "une guerre mondiale sans merci contre les trafiquants d'êtres humains", qu'elle tient pour responsables de l'augmentation des flux migratoires.

 

Tension européenne

La tension intra-européenne s'est encore accrue lorsqu'un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a confirmé aux médias que l'État finançait certaines ONG offrant une aide aux migrants, tant en mer que sur le territoire italien, ce qui a exaspéré le gouvernement de coalition italien. Le secrétaire adjoint de la Ligue, Andrea Crippa, a réagi en accusant l'Allemagne d'essayer de déstabiliser le gouvernement en finançant des ONG "pour nous remplir d'immigrants illégaux".

Mme Meloni a toutefois soutenu la proposition du président français Emmanuel Macron, qu'elle rencontre à Rome, de conditionner l'aide au développement au fait que les pays africains soient "responsables" en matière d'immigration.

 

Ce sont les ressources pillées, les armes et les conflits exportés depuis l'Europe qui créent les corridors par lesquels les migrants finissent par passer.

 

La confrontation des intérêts est évidente dans ce scénario. L'Italie est l'un des pays les plus touchés par le phénomène migratoire et, de plus, le gouvernement actuel a été façonné par l'utilisation partisane de cette situation. Pour sa part, l'Allemagne a historiquement bénéficié de la main-d'œuvre bon marché provenant des flux migratoires et a utilisé les frontières de l'UE comme un filtre pour assurer une arrivée contrôlée des migrants. Enfin, la France utilise cette nouvelle crise dans le cadre de sa principale préoccupation actuelle, à savoir la perte de contrôle du continent africain.

Il est paradoxal que le même président qui se dit préoccupé par l'augmentation des migrations en provenance d'Afrique, cherche en même temps à encourager les conflits régionaux liés à sa perte d'influence dans des zones telles que le Sahel.

Face à des flux migratoires records, il serait intéressant que certains de ces dirigeants européens se préoccupent réellement de l'origine du problème. Il ne sera pas difficile de découvrir que ce sont les ressources pillées, les armes et les conflits exportés depuis l'Europe qui créent les corridors par lesquels les migrants finissent par passer. Ils cherchent la richesse là où leurs ressources ont été prises et la paix là où les armes sont arrivées - qui, selon les chiffres, doivent être des territoires entièrement désarmés - pour créer des conflits dans leurs territoires d'origine.

Peut-être Meloni finira-t-elle par découvrir qu'ils font partie, comme le reste des puissances européennes, des mafias qu'elle dénonce.

En attendant, comme en Irlande au milieu du XIXe siècle, les dirigeants européens continueront à essayer de nous faire croire que tout est dû aux pommes de terre. Mais aussi, comme en Irlande, nous verrons de plus en plus l'Afrique se soulever.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 L'Europe, les flux migratoires et le bandeau qui nous empêche de voir l'origine du phénomène

Carmen Parejo Rendón est une rédactrice et analyste espagnole dans différents médias audiovisuels et écrits. Directrice du média numérique Revista La Comuna. Collaboratrice d'Hispan TV et de Telesur. Elle se consacre à l'étude et à l'analyse de la réalité latino-américaine et ouest-asiatique.

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