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Que la liberté pèse lourd !

par Bernard Tornare 12 Août 2022, 16:10

Que la liberté pèse lourd !

Par Richard Benavides


Politologue vénézuélien


 

La prestation de serment du nouveau président de la Colombie, Gustavo Petro, a eu lieu le 7 août. Un événement aussi important pour l'ensemble de la région d'Amérique latine a eu lieu à Bogotá. Plusieurs présidents de la région et le monarque espagnol, Felipe VI, y ont assisté. Lors de cet événement, le président nouvellement élu, en signe de souveraineté et de reconnaissance de la figure du libérateur Simón Bolívar, a demandé qu'une réplique de son épée soit apportée pour prêter serment devant lui. Cet acte d'un grand symbolisme pour toute la région et les peuples bolivariens a été suivi d'une démonstration caractéristique de l'arrogance de la couronne espagnole : selon le simple protocole, le roi d'Espagne aurait dû se lever, mais il ne l'a pas fait.

 

Simón Bolívar, l'un des Américains les plus importants de l'histoire de ce continent, méritant d'innombrables titres, parmi lesquels, le plus important, le titre de Libérateur, accordé par les peuples libérés du joug espagnol, qui avaient été pillés et massacrés dans le conflit américain pendant plus de 200 ans. Le fait est que les adversaires les plus sanguinaires et les plus despotes étaient respectueux de la figure du Libérateur, comme dans le cas de Pablo Morillo, qu'ils appelaient le "pacificateur", et qui, sur les instructions de la couronne espagnole, a mis en œuvre ce qu'on a appelé le régime de la terreur dans les provinces du Venezuela. Même dans la plus cruelle de nos guerres d'indépendance, il y avait une preuve d'humilité et de respect, que le monarque espagnol a mise de côté pour faire une rebuffade.

 

La nouvelle, qui a fait les gros titres dans le monde entier, a suscité des opinions diverses. La plupart d'entre eux s'opposent à une attitude qui n'a pas grand-chose à voir avec la fonction du roi ce jour-là. Il a été invité en tant que chef d'État et non en tant que représentant de la Maison de Bourbon, qui détestait tant le Libérateur Bolívar pour leur avoir fait perdre leur empire, mais d'un autre côté, il a provoqué une sorte d'extase au sein de la "droite" espagnole qui, affichant sa tradition de national-catholicisme dans le meilleur style de son héros Francisco Franco, a applaudi et exalté l'attitude arrogante de son monarque.

 

La "droite" espagnole, faisant ce qu'elle fait de mieux, a toujours menti ou déformé les faits lorsqu'elle parle de Simón Bolívar. Leur répulsion à son égard a toujours été présente, mais le débat en Espagne s'est concentré sur sa nationalité, affirmant qu'il est un traître parce qu'il est espagnol. C'est un mensonge. Simón Bolívar était, est et sera vénézuélien. Ses ancêtres n'étaient pas espagnols, ils étaient basques et les habitants du Pays basque savent ce que c'est que d'être opprimé par la couronne espagnole. D'autre part, ils ont dit que Bolivar était un homme sanguinaire qui a massacré des Espagnols, mais je me demande : les Espagnols savent-ils ce que la couronne a fait au peuple qui cherchait sa liberté ? Je vais vous parler brièvement du cas de José Félix Ribas, un jeune militaire vénézuélien qui a vaincu la Légion infernale dirigée par José Tomás Boves lors de la bataille de La Victoria. Après cette bataille, et après avoir subi 2 revers, il est capturé dans l'ouest du Venezuela, démembré et sa tête est envoyée à Caracas où elle est frite dans l'huile par les royalistes puis exposée dans une cage comme symbole de la puissance de la couronne espagnole. Il avait 39 ans lorsqu'il a été assassiné de cette manière ignoble.

 

La droite espagnole ment quand elle dit que Bolivar était un homme sanguinaire. Bien que le Libérateur ait signé le décret de guerre à mort contre le Royaume d'Espagne, il l'a fait à une époque où la cruauté de la couronne espagnole ravageait le continent aux mains de Boves et de Morilllo. Cependant, il a ensuite signé le traité d'armistice et de régularisation de la guerre avec Morillo. Ce document est essentiel et fondamental, car il jetterait les bases du droit international humanitaire.

 

La liberté du continent a un prix. Le libérateur Simón Bolívar lui-même, qui était toujours en faveur des plus grands intérêts de la patrie et de la liberté, a déclaré dans sa proclamation finale du 19 décembre 1830 : "Mes derniers vœux sont pour le bonheur de la patrie. Si ma mort contribue à la cessation des partis et à la consolidation de l'union, je descendrai dans la tombe en paix". Il n'y a pas d'amour plus profond chez un patriote que l'unité et la liberté, et c'est le poids de toute cette action libertaire qui a arraché au colonialisme et à son empire sanglant sa source de richesse et de vol. Ce qui a empêché le roi d'Espagne de se lever, c'est le poids de cette histoire, de l'élan de tout un continent. C'était, en somme, le grand poids de la liberté.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

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