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La graine de rebelle

par Bernard Tornare 6 Juin 2022, 15:38

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Carolina Vásquez Araya est une journaliste chilienne basée au Guatemala, chroniqueuse pour le journal Prensa Libre

Par Carolina Vásquez Araya

 

La violence contre les peuples indigènes n'a fait que les rendre plus forts.


Dans toute notre Amérique, mais aussi dans le reste du monde, le harcèlement et la violence criminelle contre les communautés indigènes qui ne cèdent pas à l'invasion de leurs territoires, ont fait des millions de victimes innocentes. Cette guerre permanente, héritage des invasions colonisatrices dont le drapeau de la race et du lignage règne sans partage, a laissé sur eux, au fil des générations, l'empreinte de la pauvreté, de l'inégalité et de l'injustice. Au XXIe siècle, nous pouvons observer l'anéantissement de villages entiers et même des plans macabres de l'État pour s'emparer de leurs terres.

 

En Amazonie, dans la région de l'Araucanie ou dans les steppes du nord du Canada, les habitants portent dans leur histoire le sort des persécutions et la perte de leurs diverses expressions culturelles. Mais aussi le poids d'une existence privée de droits ancestraux sur les territoires qui leur ont appartenu. En bref, le colonialisme, dont les traités historiques sont saturés d'arrogance et de mépris de la vie, reste intact ; renforcé par un système prédateur capable de faire passer les avantages d'une poignée d'entités industrielles, agricoles ou commerciales avant la vie de millions d'êtres humains.

 

La manipulation constante et impitoyable de l'image publique des peuples indigènes, injectée dans l'imaginaire collectif des classes moyennes grâce au travail minutieux des médias alliés aux pouvoirs en place, contribue à la perte d'identité, à la création de stéréotypes - capables de créer une division indestructible entre les secteurs sociaux - et à la division d'une citoyenneté qui finit par être instrumentalisée à cette fin. Cependant, la graine rebelle qui les ancre dans leur territoire persiste en eux.

 

Ce millénaire, avec ses crises migratoires, ses conflits armés pour la domination géopolitique et la voracité insatiable des multinationales, sera l'épreuve de vérité pour les innombrables communautés indigènes qui parviennent encore à survivre malgré les agressions et les tentatives d'extermination. Les stratégies varient et vont de l'attaque violente - comme dans la région des Mapuches ou en Amazonie brésilienne - à ces plans d'"intégration" forcée qui, en substance, signifient la destruction du tissu social et culturel de communautés riches de leurs propres expressions.

 

Nous entrons dans la phase la plus difficile de la guerre pour l'eau et la nourriture. Le scénario comprend, d'une part, les effets dévastateurs du changement climatique et, d'autre part, le regard déshumanisant de la communauté internationale sur les populations privées de ressources. Les peuples indigènes, qui avaient autrefois la souveraineté sur leurs territoires, mais qui ont été colonisés et pillés par des empires qui se targuent aujourd'hui de leurs richesses, n'ont pas le droit de décider de leur avenir, et encore moins de leur présent. Les "déplacés de force", ces personnes contraintes de quitter leurs maisons et leurs terres, sont aujourd'hui cent millions ; cent millions d'êtres humains perdus dans le néant social.

 

Cent millions de personnes, parmi lesquelles prédominent des groupes ethniques qui ne cadrent pas avec le système capitaliste ni avec les préceptes des cadres théoriques des sociétés urbaines, si accros à l'exercice de la discrimination et à ses diverses formes de donner à chacun sa place dans ce monde aux strates infinies.

 

Cent millions d'êtres humains parcourant le monde sans but et sans avenir.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

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