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La femme marquée

par Bernard Tornare 15 Mai 2022, 17:02

La femme marquée
Par Carolina Vásquez Araya

 

L'intolérance religieuse imposée à la majorité ressemble à une autre forme de fascisme.

 

La condamnation à 30 ans de prison d'une Salvadorienne pour une fausse couche révèle explicitement le profond mépris d'un État - sous un régime dictatorial - pour les droits d'une majorité de sa population. Le simple fait de marquer une administration du sceau d'un autoritarisme extrême, persécutant les jeunes et punissant les femmes, envoie un signal dangereux aux autres nations d'Amérique latine qui suivent cette tendance.

 

Sur notre continent, la question de l'avortement a gagné du terrain sur l'agenda comme moyen de sauver les droits des femmes, traditionnellement soumis à l'imposition machiste et intolérante des institutions ecclésiastiques et législatives. Mais, surtout, comme une tentative de placer la question à l'ordre du jour de la santé publique dans les pays où il y a soi-disant une séparation entre l'église et l'état. Cependant, le pouvoir inquisitorial de ces secteurs s'est infiltré dans d'autres instances et laisse sa marque sur un débat aveugle, selon lequel aucune femme n'est propriétaire de sa vie ou de son corps. 
 

Photo : Fille avec des ballons, par Linda Forsell

Photo : Fille avec des ballons, par Linda Forsell


L'évêque de San Cristóbal de las Casas, Felipe Arizmendi, a déclaré dans un document officiel : "C'est une aberration et une ignorance coupable d'affirmer qu'une femme est propriétaire de son corps et qu'elle peut se débarrasser du fœtus qu'elle porte dans son ventre. Le fœtus n'est pas responsable des dérapages de la mère". Ce faisant, Mgr Arizmendi présuppose automatiquement plusieurs concepts, en leur donnant le caractère de valides et irréfutables.  La première est qu'une femme n'est pas propriétaire de son corps. Il légitime ainsi toute politique visant à soumettre les femmes, en tant que sujets de la société, à un rôle subordonné, en leur refusant, par principe, le droit au libre arbitre et la jouissance de tous les droits inhérents à l'être humain sans distinction de sexe, de race ou de statut social. Et ensuite, que la grossesse est le produit d'une " erreur".

 

Le débat sur la dépénalisation de l'avortement polarise donc les sociétés par le pouvoir émanant des chaires, établissant un lien étroit entre les doctrines religieuses et les lois qui régissent les sociétés à partir de leurs textes constitutionnels. De cette manière, le statut subordonné des femmes en tant qu'entités reproductives, sans droits supérieurs sur leur propre existence en tant qu'êtres humains, est établi de manière claire et nette.

 

L'un des prétextes pour condamner l'avortement est de le décrire comme une "solution de facilité", pour éliminer les résultats d'une vie d'excès, ou comme une méthode de contrôle des naissances, en faisant passer un courant d'air commode à travers les chiffres scandaleux de la pédophilie, des violations sexuelles des filles, des adolescents et des femmes, des victimes de la traite et d'autres formes de violence. Le chiffre scandaleux des avortements à risque en Amérique latine, qui selon l'OMS atteint 3 700 000 par an, ne semble pas non plus avoir sa place dans les réflexions des secteurs les plus conservateurs. 

 

Le déni du droit des femmes à disposer de leur propre corps est une question ancienne dont l'impact social est énorme. Certains de ses chapitres les plus révélateurs concernent les procès sur la reproduction obligatoire dans le but de "perfectionner" la race, perpétrés contre des victimes innocentes sous le régime nazi en Allemagne. Mais ils ne sont pas les seuls. La position radicale et absolue contre la pratique de l'avortement - sans distinction de motifs - dans certains de nos États n'est pas très éloignée de cette imposition, également dictée sous la protection de la loi.

 

La séparation de l'Église et de l'État est une condition fondamentale de la démocratie.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

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