Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

2020, l'année où nous avons vécu dangereusement

par Bernard Tornare 28 Décembre 2020, 20:59

Image d'illustration, photo: Bill Hackwell

Image d'illustration, photo: Bill Hackwell

Par Katu Arkonada 


Une année de crise pandémique se termine et une longue marche de vaccination et de crise économique commence, avec une hausse du chômage et un déclin de la production et du tourisme.

 

Peu de choses positives peuvent être écrites comme bilan de cette année 2020. L'essentiel est peut-être que la grave crise sanitaire liée à la pandémie a laissé dans nos sociétés une demande de retour de l'État après le démantèlement néolibéral du secteur public.

 

La pandémie qui dévaste le monde peut être décrite, en prenant la caractérisation des sociologues Marcel Mauss et Norbert Elías, comme un "fait social total", l'imbrication de la structure sociale et de la structure émotionnelle, en un fait qui met en jeu la totalité de la société et de ses institutions, et modifie à la fois le micro et le macro d'un monde globalisé qui était déjà en crise avant 2020.

 

Mais parmi tous les aspects négatifs, et au-delà de l'évidence, la crise sanitaire qui a déjà fait plus d'un million et demi de morts dans le monde, il faut souligner l'augmentation des inégalités que la pandémie nous laisse. Selon les Nations unies, 142 millions de personnes en Amérique latine, soit un quart de la population de la région, risquent de contracter le Covid-19 en raison du manque d'accès à l'eau potable, de l'utilisation de combustibles nocifs dans les foyers et de la malnutrition. Dans le même temps, un rapport d'Oxfam note que la fortune des 73 personnes en Amérique latine qui disposent de plus d'un milliard de dollars a augmenté de plus de 50 milliards de dollars depuis le début de la pandémie.

 

À la crise économique s'ajoute le chaos géopolitique sans aucun leadership régional, voire mondial (les Nations unies ne sont ni là ni attendues), dans un monde où non seulement le modèle néolibéral comme paradigme est en train de s'épuiser, mais aussi le concept de démocratie, un monde où la polarisation s'accroît et où l'extrême droite est en plein essor face au manque de propositions de la gauche pour surmonter la crise.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, les crises antérieures à 2020 continuent de s'aggraver. Le changement climatique est déjà une réalité et si nous ne faisons pas quelque chose rapidement, nous sommes sur le point d'atteindre le point de non-retour et le réchauffement climatique rendra non viable la vie sur une grande partie de la planète en moins d'années, à commencer par les côtes, autour desquelles vit 50 % de la population de la planète. Mais il ne faudra pas attendre de nombreuses années pour voir de grandes migrations, qui sont déjà une réalité en Amérique latine, en Afrique ou en Asie.

 

Il est probable que nous ne reviendrons plus à la normalité que nous connaissions. La pandémie a frappé le mode de production et notre mode de vie en général. Nous avons vu tout au long de l'année 2020 comment le bureau à domicile s'est installé dans nos vies, accélérant la révolution technologique et la mise en place de la 5G, mais ouvrant aussi la porte à la GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) pour être beaucoup plus présent dans nos vies que l'État lui-même.

 

Pendant ce temps, aux États-Unis, il y a un changement de parti, et non de gouvernement, car ils continueront à gouverner Wall Street et le complexe militaro-industriel, et bien qu'il reste la plus grande puissance financière et militaire du monde, propriétaire des océans (avec des flottes dans chacun d'eux) et de l'espace, son hégémonie est en déclin. La composition est claire : un homme noir à la tête du Pentagone, une femme à la tête de la communauté du renseignement et un Latino à la tête de la sécurité intérieure. Mais la politique restera la même, peut-être avec un peu de douceur (de pouvoir) dans le cas du Venezuela, et surtout de Cuba.

 

Mais le mouvement des "Black Lives Matter" est toujours là, latent, élevant ses revendications antiracistes, tout comme les révoltes anti-néolibérales et anti-patriarcales (la vague verte féministe) qui balayent l'Amérique latine et les Caraïbes.

 

Une région, notre Amérique, dont la CEPAL calcule qu'elle retrouvera les niveaux économiques d'avant la pandémie jusqu'en 2024, et si la croissance stagne, l'amélioration ne se produira pas tout au long de la décennie que nous avons commencée. La CEPAL elle-même reconnaît que la contraction que nous subissons est la pire de ces 120 dernières années.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

Katu Arkonada (Barakaldo, 1978) est diplômé en droits économiques, sociaux et culturels et politiques publiques. Il a été conseiller auprès du vice-ministère de la planification stratégique, de l'unité juridique spécialisée en développement constitutionnel et du ministère des Affaires étrangères de l'État plurinational de Bolivie.


 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page