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Venezuela : le mensonge du siècle

par Bernard Tornare 30 Mai 2020, 11:39

Venezuela : le mensonge du siècle

Titre original : La mentira del siglo sobre Venezuela

 

Par Eduardo Rothe

 

Dans les années 1970, la CIA a constaté l'absence de quelque 30 000 personnes à Cuba et s'est demandé où elles pourraient se trouver. Ils en ont conclu qu'ils se trouvaient au Portugal, où se déroulait la période turbulente de la "Révolution des Œillets". L'ambassadeur "gringo" à Lisbonne, Frank Carlucci (l'assassin de Lumumba), l'a signalé à ses médias. Certains y ont cru, mais il faudrait être idiot pour penser que 30 000 Cubains bien vivants peuvent passer inaperçus dans un pays aussi calme que le Portugal.

 

Les 30 000 Cubains y étaient, oui, mais en Angola, dans l'"Opération Carlota" qui a vaincu militairement les Sud-Africains et a mis fin à jamais à la suprématie blanche sur le continent africain. Dans ce cas il y avait, au début, une certaine vérité.

 

En ce nouveau siècle, la CIA apparaît avec 30 000 autres : cette fois-ci, les 30 000 décès dus au Coronavirus au Venezuela que Maduro aurait si bien caché que, pendant des mois, personne, ni l'Organisation mondiale de la santé, ni l'Organisation panaméricaine de la santé, ni l'opposition vénézuélienne, ni les agences de presse, n'ont absolument rien remarqué. Un vrai mystère de la science.

 

Nous savons tous, grâce aux rapports de police et aux romans policiers, combien il est difficile de cacher un corps. Edgar Allan Poe et Agatha Christie nous ont appris cette difficulté : avant la révolution bolivarienne, à l'époque de la démocratie représentative, un trio d'Argentins, deux hommes et une femme, offraient à la police secrète vénézuélienne leur expérience en matière de disparition de personnes. Ils ont été engagés, mais bientôt les hommes ont tué et démembré la femme parce qu'elle était tombée amoureuse d'un Vénézuélien : ils ont dispersé les morceaux de la victime dans la brousse, qui ont été rapidement découverts, et les meurtriers ont fini en prison...

 

Où sont donc les 30 000 morts que la CIA, par le biais des "paniaguados" [Ndt : larbins] de Human Rights Watch, nous dit que Maduro nous cache ?  Ni les pompes funèbres ni les crématoriums ne signalent d'activité inhabituelle, et aucun parent ou ami n'est apparu (on suppose que parmi les morts figurent à la fois des chavistes et des opposants), pas plus qu'il n'y a une seule plainte de la droite vénézuélienne hyperactive. Ils ont tout simplement disparu, tout comme ce grand mensonge du siècle sur le Venezuela disparaîtra.

 

Le contexte de ce mensonge colossal est la catastrophe sanitaire aux États-Unis, au Brésil, en Équateur et au Pérou, contrairement aux succès de prévention d'autres pays comme le Costa Rica, l'Uruguay et le Venezuela : les médias ont fait l'éloge des deux premiers, mais le silence scandaleux sur le Venezuela devenait l'éléphant dans la salle et tôt ou tard la vérité, comme le pétrole dans l'eau, allait sortir.  Ils ont décidé d'attaquer en premier et de mettre en doute la gestion de Maduro et le comportement exemplaire du peuple vénézuélien dans son enfermement volontaire.

 

C'est certainement une pratique ancienne et saine que de remettre en question l'exactitude des chiffres officiels, dans n'importe quel pays, sur n'importe quel sujet. Le très faible nombre de décès dus à Covid19 au Venezuela (11 au moment où j'écris ces lignes) prête à la suspicion, et à l'idée que certains cas de décès de causes associées à Covid19 ne sont pas enregistrés comme des victimes de la pandémie. Quoi qu'il en soit. Mais le grotesque mensonge des 30 000 morts restera dans l'histoire de l'infamie des "gringos" en Amérique latine, comme la base sous-marine soviétique du Guatemala d'Arbenz (1954) ; la prétendue appropriation de mineurs par la révolution cubaine qui a donné lieu à la tragique "Opération Peter Pan" (1960-1962) qui a ruiné la vie de 14 000 enfants ; la reconnaissance de Juan Guaidó comme "Président du Venezuela" ... et d'autres mensonges de ce genre.

 

C'est l'eurocentrisme et l'endoracisme qui, ne croyant pas au chiffre de 11 morts à Maduro, préfère croire, avec des intentions diverses, aux 30 000 morts de la CIA sur la base des lacunes reconnues du système hospitalier vénézuélien, mais elle oublie l'épopée des médecins cubains et vénézuéliens de Barrio Adentro, elle ignore (en raison du blocus des communications) l'aide massive de la Chine, de la Russie, de l'Iran et de Cuba dans la lutte contre la pandémie et, plus grave encore, elle ignore la tradition historique des peuples qui, comme Cuba et le Venezuela, lorsqu'ils n'ont pas ce qu'il faut, font des miracles.

 

Le fait est que, dans le monde des aveugles, le borgne est certainement suspect.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol
 

 

Eduardo Rothe est philosophe et journaliste de carrière, né dans l'est du Venezuela. Il est également écrivain et chroniqueur dans les médias numériques tels que Aporrea.org. Il est connu sous le nom de "Professeur Lupa" pour la fondation d'un programme radio dédié à la bataille médiatique.

 


Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d'en mentionner  l'auteur, le traducteur et le blog Hugo Chavez.
 

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