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La politique des conservateurs en temps de pandémie

par Bernard Tornare 26 Avril 2020, 18:29

Illustration : PHOTO EFE

Illustration : PHOTO EFE

Par Adalberto Santana


À l'heure actuelle, une nouvelle pandémie émerge en ce début de XXIe siècle qui bouleverse les acteurs traditionnels et conservateurs au pouvoir. 

 

La situation et les décisions qui ont été prises auront une énorme influence sur la manière de sortir de la nouvelle crise, qui a été aggravée par les tendances croissantes du Covid-19.  D'une manière ou d'une autre, à court et à moyen terme, de grands défis et leurs solutions possibles se font jour. Dans le domaine économique, il vise à montrer un problème sérieux pour la finance mondiale. Aux États-Unis, la tendance est de montrer une crise similaire ou supérieure à celle de 1929. À l'heure actuelle, un énorme chômage, qui dépasse les 25 millions, se profile déjà dans l'économie américaine. Les prix internationaux des hydrocarbures montrent une chute permanente, ceci en grande partie dû au manque de consommation qui a été généré par la réduction de la demande due à la situation de quarantaine. Cela signifie également qu'à notre époque, ce sont les exigences globales de la consommation qui déterminent les processus de production et non l'inverse. En d'autres termes, la production ne détermine pas la consommation.

 

Mais ces effets de la baisse de la consommation au niveau mondial ralentissent le développement des forces productives dans la situation actuelle de la pandémie. Leur stagnation, en paralysant une grande partie de l'industrie mondiale et la mobilisation des populations d'un pays à l'autre ou d'une région ou d'une ville à l'autre, peut conduire à la faillite d'importantes sociétés de services telles que celles qui sont proposées par les différentes compagnies aériennes. L'ampleur de la crise va sans doute générer à court terme un impact sur différents ordres économiques et sociaux difficiles à mesurer dans toute leur ampleur.

 

Dans la vie politique, son effet est beaucoup plus évident et immédiat. Dans les propositions conservatrices, elles se manifestent par leurs propres contradictions. Par exemple, Jair Bolsonaro, le président brésilien, est dépassé par la crise du coronavirus. Ses décisions politiques se heurtent à la réalité de l'épidémie de son pays. Il a licencié l'ancien ministre de la santé (Henrique Mandetta) lorsque la rationalité médico-sanitaire de ce dernier s'est heurtée à l'ignorance du président brésilien.  Cette crise se manifeste par le fait que le Brésil est le pays d'Amérique latine et des Caraïbes qui compte le plus grand nombre de personnes infectées et décédées. La situation devient un conflit politique lorsque Sergio Moro démissionne du ministère de la justice et de la sécurité (23 avril 2020). Cela affaiblit l'image déjà fragile du néofasciste Bolsonararo en tant que leader d'un pays, où son manque d'autorité politique et morale pour gouverner la plus grande puissance de la région latino-américaine est évident. L'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2011), à cet égard, est allé jusqu'à souligner avec une précision et une autorité totales que : "La vérité est que Bolsonaro n'avait pas les conditions pour gouverner le Brésil en temps de normalité, encore moins dans cette crise" (La Jornada, 24/04/20).

 

Une telle situation est vécue aux États-Unis, avec Donald Trump qui, en pleine campagne électorale et avec la tendance croissante à être mis en cause pour son incapacité à résoudre les problèmes générés par la pandémie dans la nation la plus puissante économiquement, présente un tableau de maladie économique aggravée. Certaines estimations font état d'un taux de chômage de 15 à 20 % dans l'économie américaine. Cela a conduit 26 millions d'Américains et d'immigrants à perdre leur emploi, et la tendance est à une croissance beaucoup plus forte d'ici mai 2020. Les images de la Grande Dépression du 29e siècle se répéteront probablement cette année, alors que la soi-disant "insécurité alimentaire" touche près de 37 millions d'Américains. Ce scénario met en grand danger le maintien de M. Trump à la Maison Blanche pour les quatre prochaines années.

 

Ainsi, pour le magnat blond, la manière de détourner l'attention de la grave crise interne est de placer ses adversaires comme facteurs externes dans son discours politique. Par exemple, les migrants d'autres pays, dans la réalité de l'économie américaine, elle a besoin d'eux en tant que travailleurs agricoles, industriels et de services, mais sans aucun soutien pour leurs droits du travail, et encore moins pour leur santé.

 

D'autres opposants à Washington, dans l'imagination et le discours conservateur de Trump et de son équipe gouvernementale, sont les prétendues menaces à la sécurité des États-Unis provenant de pays comme l'Iran, Cuba, le Venezuela, le Nicaragua, la Corée du Nord, entre autres. Ce récit a été répété pendant plusieurs décennies pour effrayer les citoyens moins politisés et pro-républicains. La logique de la Maison Blanche est de donner une continuité à son discours pour relancer la guerre froide. En réalité, le déséquilibre des forces dans l'empire de Donald Trump est avec la République populaire de Chine et la Russie.  Le nouvel ordre politique et économique se vit aujourd'hui entre trois blocs de puissance mondiale.  La puissance américaine diminue de façon spectaculaire. Son hégémonie et son unipolarité ne règnent plus comme autrefois. Même dans les pays d'Amérique latine et des Caraïbes, l'influence et l'ingérence de Washington ont perdu beaucoup de poids et sa force a été affaiblie.

 

Ainsi, la crise de la pandémie met en évidence les nouveaux processus de mondialisation économique et leur impact sur les différentes régions du monde. L'Europe commence à cesser d'être un axe du monde occidental et les États-Unis apparaissent comme un centre profondément affaibli. Enfin, il semblerait qu'un minuscule virus, en raison de sa force virale potentielle, va pouvoir vaincre la plus grande puissance de l'histoire grâce à sa poussée.

 

Traduction Bernard Tornare

 

Source en espagnol

 

Adalberto Santana, né à Mexico, est docteur en études latino-américaines et chercheur principal au Centre de recherche sur l'Amérique latine et les Caraïbes (CIALC) à l'UNAM.

 

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d'en mentionner  le traducteur, l'auteur et le blog Hugo Chavez.
 

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