La crise vénézuélienne ne peut être comprise uniquement comme un conflit entre le gouvernement de Nicolás Maduro et l’opposition interne, ni comme une simple dispute bilatérale entre Washington et Caracas. Elle fait partie d’une contradiction plus large liée à la transition actuelle de l’ordre mondial : d’un côté, les efforts des puissances centrales pour maintenir le contrôle sur les ressources stratégiques et les zones d’influence ; de l’autre, les tentatives des pays semi‑périphériques pour élargir leurs marges d’autonomie politique et économique.
Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, se trouve depuis plus d’un siècle au centre des intérêts géopolitiques des États‑Unis. La structure d’une économie dépendante du pétrole a fait du pays une nation riche en ressources naturelles, mais en même temps vulnérable face aux pressions extérieures et aux fluctuations du marché mondial.
L’émergence d’Hugo Chávez et du projet bolivarien a représenté une tentative de redéfinir la relation entre l’État, le pétrole et la société. Ce projet a réussi à utiliser une partie significative de la rente pétrolière pour réduire la pauvreté, étendre les services publics et améliorer les conditions de vie de millions de Vénézuéliens. Cependant, il n’est pas parvenu à dépasser complètement la dépendance structurelle d’une économie fondée sur l’exportation de pétrole.
Après la mort de Chávez, l’augmentation des sanctions américaines, la pression économique et, finalement, l’intervention militaire directe de Washington en 2026 ont ouvert une nouvelle étape de la crise. Ce processus montre que l’impérialisme au XXIᵉ siècle n’opère pas seulement au moyen d’occupations traditionnelles, mais aussi à travers des sanctions financières, le contrôle des ressources stratégiques, la guerre économique et des interventions destinées à réorganiser le pouvoir politique.
Cet article soutient que l’expérience vénézuélienne porte une double leçon : la résistance face à la domination extérieure est indispensable, mais elle ne peut se consolider sans transformer les structures économiques dépendantes et sans construire des formes plus démocratiques d’organisation sociale.
Un siècle de pétrole, de dépendance et d’intervention
L’histoire du Venezuela aux XXᵉ et XXIᵉ siècles ne peut être séparée du rôle du pétrole dans l’économie mondiale et dans la politique étrangère des États‑Unis. Dès les premières décennies du siècle dernier, avec le développement de l’industrie pétrolière dans la région du lac de Maracaibo, les compagnies américaines et européennes ont acquis un rôle décisif dans la configuration économique du pays.
Comme dans de nombreux pays exportateurs de matières premières du Sud global, l’économie vénézuélienne s’est structurée autour de l’extraction et de l’exportation d’une ressource stratégique. La rente pétrolière a permis de financer des périodes de croissance économique et d’élargir certains services publics, mais elle a également consolidé une dépendance profonde à l’égard du marché énergétique international.
C’est l’une des grandes contradictions des économies semi‑périphériques : disposer de ressources naturelles abondantes ne signifie pas nécessairement atteindre la souveraineté économique. Un pays peut être formellement propriétaire de ses ressources et, en même temps, rester subordonné si la technologie, les marchés, la finance et les chaînes globales de valeur restent principalement contrôlés par les centres du capitalisme mondial.
Durant la seconde moitié du XXᵉ siècle, le Venezuela est devenu l’un des principaux alliés de Washington en Amérique latine. Toutefois, la crise de la dette, les politiques néolibérales et la détérioration des services sociaux pendant les décennies 1980 et 1990 ont approfondi la distance entre les élites politiques traditionnelles et de larges secteurs populaires.
Le Caracazo de 1989, une rébellion sociale contre les politiques d’ajustement et la hausse du coût de la vie, a révélé la profonde crise de légitimité du modèle politique existant. De ce contexte est issu Hugo Chávez, non pas comme un phénomène isolé, mais comme l’expression d’une demande sociale accumulée contre des décennies d’inégalité et de dépendance.
La révolution bolivarienne : entre transformation sociale et limites de l’économie pétrolière
L’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir en 1998 a marqué un point de bascule dans l’histoire contemporaine du Venezuela. Son ascension ne peut pas être expliquée uniquement par son leadership personnel ; elle fut le résultat d’une profonde crise sociale et politique accumulée au cours des décennies précédentes.
Pour de larges secteurs populaires vénézuéliens, notamment ceux qui avaient été exclus pendant des décennies des bénéfices de la rente pétrolière, le projet bolivarien a représenté la possibilité de réaffirmer le rôle de l’État comme instrument de redistribution sociale et de développement collectif.
L’un des objectifs centraux du gouvernement de Chávez fut de modifier la relation entre l’État et l’industrie pétrolière. Le renforcement du contrôle public sur Petróleos de Venezuela (PDVSA), l’augmentation de la participation de l’État aux revenus pétroliers et l’utilisation d’une partie de ces ressources pour des programmes sociaux ont permis de réduire la pauvreté, d’élargir l’accès à l’éducation et à la santé et d’améliorer les conditions de vie de millions de personnes.
La révolution bolivarienne faisait partie d’une vague plus large de gouvernements progressistes latino‑américains qui, au début du XXIᵉ siècle, ont remis en question l’héritage du néolibéralisme, les privatisations et la subordination historique de la région aux intérêts de Washington.
La création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), la coopération avec Cuba et les relations avec d’autres gouvernements progressistes latino‑américains ont exprimé une tentative de construire des marges plus grandes d’autonomie régionale face à l’hégémonie américaine.
Cependant, dès ses premières années, le projet bolivarien s’est heurté à une contradiction fondamentale : il a cherché à bâtir une politique de souveraineté nationale et de justice sociale au sein d’une économie dont la structure restait profondément dépendante du pétrole.
Le gouvernement de Chávez a partiellement transformé la distribution de la rente pétrolière, mais il n’est pas parvenu à dépasser la logique économique fondée sur l’exportation d’une seule ressource stratégique. L’économie vénézuélienne a continué d’être vulnérable aux variations du prix international du pétrole et aux contraintes imposées par le système financier global.
Cette contradiction est devenue plus évidente après la chute des prix du pétrole et l’augmentation des sanctions internationales. La dépendance historique au pétrole a limité la capacité de l’État à soutenir ses politiques sociales et à développer une économie diversifiée.
Le coup d’État de 2002 et la lutte pour le contrôle de l’État vénézuélien
La réponse des secteurs dominants nationaux et internationaux face au projet bolivarien a montré que le conflit n’était pas seulement politique, mais également économique et géopolitique.
En avril 2002, une tentative de coup d’État contre Chávez, appuyée par des secteurs patronaux, militaires et politiques de l’opposition, a bénéficié du soutien politique de Washington. Bien que le coup n’ait duré que 48 heures et qu’il ait échoué en raison de la mobilisation populaire et du rejet de certains secteurs militaires, il a révélé l’importance stratégique du Venezuela pour les États‑Unis.
L’échec du coup d’État a démontré que le chavisme n’était pas simplement un projet imposé par le haut, mais qu’il disposait d’une base sociale réelle parmi des secteurs populaires qui avaient trouvé dans le gouvernement bolivarien une représentation politique après des décennies d’exclusion.
Après l’échec du coup, la confrontation entre Caracas et Washington est entrée dans une nouvelle phase. Le gouvernement vénézuélien a approfondi ses alliances internationales avec Cuba, la Russie et, plus tard, la Chine, tandis que les États‑Unis ont intensifié leurs pressions politiques et économiques.
La dispute autour du Venezuela doit être comprise dans un contexte plus large : la crise relative de l’hégémonie américaine et la recherche de nouveaux espaces d’autonomie par certaines puissances régionales et des pays semi‑périphériques.
Mais cette quête d’autonomie n’a pas pour autant signifié une rupture avec la logique du système capitaliste mondial. Le Venezuela, à l’instar d’autres pays producteurs de matières premières, a continué à affronter le défi historique de transformer une économie dépendante de l’exportation de ressources naturelles en une économie capable de générer un développement autonome et durable.
De la crise économique à la guerre économique
Après la mort de Chávez en 2013 et l’arrivée de Nicolás Maduro à la présidence, le Venezuela est entré dans une phase de crise profonde. La chute des prix du pétrole, les problèmes internes de gestion économique, la corruption, la polarisation politique et la pression internationale ont convergé pour produire un scénario extrêmement complexe.
À partir de ce moment, les États‑Unis ont intensifié leur stratégie de pression économique. Les sanctions contre l’industrie pétrolière vénézuélienne, les restrictions financières, le blocage d’actifs à l’étranger et le soutien politique à des secteurs de l’opposition ont eu un impact significatif sur l’économie nationale.
Les sanctions n’expliquent pas à elles seules tous les problèmes économiques du Venezuela. La crise était également liée à des limitations internes, à des erreurs de politique économique et à l’incapacité à dépasser une structure productive dépendante.
Cependant, nier l’impact des sanctions serait tout aussi incorrect. Les mesures américaines ont réduit drastiquement les revenus extérieurs du pays et limité la capacité de l’État vénézuélien à importer des biens essentiels, à financer des programmes sociaux et à maintenir la production pétrolière.
L’expérience vénézuélienne révèle donc une double réalité : les pays qui défient l’hégémonie des puissances centrales font face à de fortes pressions externes, mais une résistance durable exige également des transformations profondes de leurs propres structures économiques et sociales.
Des sanctions à l’intervention directe : la nouvelle phase de la crise vénézuélienne
Pendant des années, la politique américaine envers le Venezuela a combiné sanctions économiques, pression diplomatique, isolement financier et soutien à des secteurs de l’opposition. Cependant, les événements de 2026 ont marqué une rupture avec cette stratégie : le passage d’une politique de pression indirecte à une intervention militaire ouverte.
En janvier 2026, une opération militaire américaine qui s’est soldée par la capture et le transfert de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores a ouvert une nouvelle étape dans l’histoire des relations entre Washington et Caracas. Le gouvernement vénézuélien et de nombreux critiques internationaux ont qualifié l’opération de violation de la souveraineté nationale et d’expression du retour des pratiques interventionnistes qui caractérisent la politique américaine en Amérique latine depuis plus d’un siècle.
Washington a présenté l’opération comme une action destinée à lutter contre la corruption et le narcotrafic et à restaurer la démocratie. Cependant, l’expérience historique de l’Amérique latine montre que les discours sur la démocratie et les droits humains utilisés par les grandes puissances ne peuvent être analysés séparément de leurs intérêts géopolitiques et économiques.
La question centrale n’est pas de nier les problèmes internes du gouvernement vénézuélien ni d’idéaliser le processus bolivarien. Une perspective critique de gauche doit reconnaître les limites démocratiques, les erreurs économiques et les contradictions internes de tout projet politique.
Mais cette critique ne doit pas conduire à ignorer une réalité structurelle : historiquement, les interventions extérieures en Amérique latine ont rarement débouché sur une plus grande autonomie populaire. Elles ont souvent produit une réorganisation du pouvoir politique et économique favorable aux intérêts des élites locales et du capital international.
La question vénézuélienne ne peut donc pas être réduite à une dispute entre Maduro et ses opposants. Le problème le plus profond réside dans la relation entre souveraineté nationale, ressources stratégiques et structure inégale du système capitaliste mondial.
Pétrole, ressources stratégiques et retour du capital international
Après l’intervention et le changement politique, l’une des principales questions a été le futur du secteur pétrolier vénézuélien. L’histoire du Venezuela montre que le pétrole n’a jamais été seulement une ressource économique ; il a aussi été un élément central des rivalités géopolitiques internationales.
Les nouvelles autorisations émises par le gouvernement américain pour permettre une plus grande participation de compagnies énergétiques internationales, parmi lesquelles Chevron, BP, Shell, Eni et Repsol, ont marqué un changement significatif par rapport à la phase précédente de sanctions. Alors que, les années antérieures, Washington utilisait les restrictions pétrolières comme instrument de pression contre le gouvernement de Maduro, la nouvelle étape se caractérise par la volonté de réintégrer l’industrie pétrolière vénézuélienne dans les réseaux internationaux d’investissement et de production.
Du point de vue de l’économie politique, ce processus présente une contradiction fondamentale. L’investissement étranger peut apporter technologie, capital et capacité productive. Mais lorsqu’il n’est pas accompagné d’une stratégie nationale de développement, de diversification économique et de renforcement des capacités internes, il peut reproduire des relations de dépendance.
C’est précisément l’un des dilemmes historiques du Venezuela. Le problème n’a pas seulement été de savoir qui administre l’industrie pétrolière, mais aussi la position structurelle du pays dans la division internationale du travail : exportateur de matières premières et importateur de technologie, de biens industriels et de capital financier.
L’expérience latino‑américaine montre que la souveraineté sur les ressources naturelles ne dépend pas uniquement de la propriété formelle de l’État sur celles‑ci. Elle requiert aussi une capacité technologique, une planification économique, des institutions démocratiques et une société organisée capable de contrôler les décisions stratégiques.
Un nouveau gouvernement et la question de la légitimité politique
Le nouveau scénario politique vénézuélien soulève également des interrogations sur la légitimité du pouvoir. Le gouvernement de transition a tenté de se consolider par des mesures telles que la libération de certains prisonniers politiques, des réformes institutionnelles et des promesses d’ouverture politique.
Cependant, l’histoire latino‑américaine montre que le remplacement d’un gouvernement ne garantit pas automatiquement la démocratisation d’une société. À de nombreuses reprises, des gouvernements installés après des interventions extérieures ont maintenu des structures autoritaires ou ont répondu davantage aux équilibres internationaux qu’aux demandes populaires.
Dans le même temps, une position critique ne doit pas ignorer les problèmes bien réels de la période Maduro. Les difficultés économiques, la concentration du pouvoir politique, les restrictions visant certains secteurs de l’opposition et les faiblesses institutionnelles sont des questions qui doivent être analysées avec sérieux.
La tâche d’une gauche indépendante consiste précisément à maintenir une double critique : rejeter la domination impérialiste et, en même temps, défendre la démocratie, les droits sociaux et l’autonomie des organisations populaires face à tout gouvernement.
Le problème fondamental n’est pas de choisir entre des gouvernements opposés, mais de se demander quelles forces sociales ont la capacité de construire une alternative fondée sur la participation populaire, la justice économique et la souveraineté réelle.
Le Venezuela, le Sud global et les leçons pour la gauche internationale
L’expérience vénézuélienne dépasse les frontières de l’Amérique latine. Son importance tient au fait qu’elle concentre nombre des dilemmes auxquels sont confrontés les pays du Sud global au XXIᵉ siècle : la dispute pour les ressources naturelles, la pression des puissances centrales, la dépendance économique et la difficulté de construire des modèles de développement autonomes au sein d’un système mondial inégal.
Le Venezuela et l’Iran, bien qu’ils appartiennent à des contextes historiques et politiques différents, partagent certains éléments structurels : de grandes réserves énergétiques, une relation conflictuelle avec Washington, de longues expériences de sanctions économiques et une position stratégique dans les disputes géopolitiques contemporaines.
Toutefois, toute comparaison sérieuse doit éviter les simplifications. Chaque pays a sa propre trajectoire historique, ses structures sociales spécifiques et ses contradictions internes.
La principale leçon du Venezuela n’est pas seulement que les pays doivent résister à la pression impérialiste. Cette résistance est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. Sans transformation profonde des structures économiques, sans diversification productive, sans réduction de la dépendance aux matières premières et sans institutions démocratiques solides, la souveraineté nationale reste vulnérable.
Le cas vénézuélien montre que l’abondance de ressources naturelles ne garantit pas en soi le développement. Le pétrole peut être utilisé pour financer des politiques sociales et améliorer les conditions de vie de la population, mais lorsque l’économie dépend excessivement de l’exportation d’une ressource primaire, cette même richesse peut devenir une source de vulnérabilité.
Du point de vue marxiste et anti‑impérialiste, deux erreurs analytiques doivent être évitées.
La première consiste à ignorer le rôle des structures impérialistes et à expliquer les crises des pays périphériques et semi‑périphériques uniquement par leurs problèmes internes. Cette vision reproduit, consciemment ou inconsciemment, la narration des centres de pouvoir mondiaux.
La seconde erreur consiste à transformer l’opposition à l’impérialisme en soutien automatique à tout gouvernement qui s’oppose aux États‑Unis. Une position véritablement émancipatrice ne peut remplacer l’analyse de classe par une simple logique des États.
La critique de l’impérialisme doit être liée à la critique des inégalités sociales, à la défense des droits démocratiques et au renforcement de l’organisation indépendante des classes populaires.
Au‑delà du changement de gouvernement : l’importance de l’organisation sociale
L’une des principales leçons de l’histoire latino‑américaine est qu’aucun changement politique ne peut se consolider exclusivement depuis l’État. Même les projets qui naissent avec des objectifs de justice sociale peuvent rencontrer de graves limites s’ils ne développent pas d’organisations sociales autonomes, de syndicats indépendants, de médias alternatifs et des formes démocratiques de participation populaire.
La transformation sociale ne peut pas dépendre uniquement de leaders charismatiques ou d’institutions étatiques. Elle exige la construction de forces sociales capables d’intervenir consciemment dans l’histoire.
Pour la gauche internationale, la question centrale ne devrait pas être de défendre un État contre un autre, mais de renforcer les luttes sociales qui cherchent à élargir la démocratie, à réduire les inégalités et à bâtir des relations internationales fondées sur la solidarité et non sur la domination.
L’expérience vénézuélienne montre que la lutte contre l’impérialisme et la lutte pour l’émancipation sociale sont indissociables. Défendre la souveraineté nationale sans remettre en cause les structures d’exploitation interne conduit à une souveraineté limitée. Défendre la démocratie en ignorant les rapports de pouvoir globaux transforme la démocratie en instrument rhétorique au service des puissances dominantes.
Conclusion : le Venezuela et la crise de l’ordre mondial
Le Venezuela constitue l’une des expressions les plus nettes des contradictions de l’ordre mondial contemporain. Un pays doté d’immenses ressources naturelles a tenté de suivre une voie plus autonome, mais s’est heurté à la fois aux pressions extérieures d’une puissance hégémonique et à ses propres limites internes.
L’intervention américaine de 2026 ne peut être comprise indépendamment de la longue histoire des interventions de Washington en Amérique latine et de la dispute autour des ressources stratégiques. Mais l’avenir du Venezuela ne peut pas non plus être réduit à sa confrontation avec les États‑Unis.
La question fondamentale est de savoir si la société vénézuélienne sera en mesure de construire un modèle économique moins dépendant, des institutions démocratiques plus solides et une participation populaire capable de surmonter à la fois la subordination externe et les inégalités internes.
La crise de l’hégémonie américaine ne signifie pas automatiquement la fin de la domination. L’affaiblissement d’une puissance centrale peut ouvrir des espaces pour de nouveaux acteurs, mais tant que perdureront la logique de l’accumulation capitaliste, la compétition géopolitique et l’inégalité structurelle du système mondial, de nouvelles formes de subordination continueront d’apparaître.
La leçon du Venezuela pour la gauche du XXIᵉ siècle est claire : la lutte contre l’impérialisme doit aller de pair avec la lutte pour la démocratie, la justice sociale et l’émancipation des classes travailleuses.
L’avenir du Sud global ne dépendra pas du choix entre différents centres de pouvoir, mais de la capacité des peuples à s’organiser de manière indépendante et à construire des alternatives qui dépassent à la fois la domination externe et les formes internes d’exploitation.
Le Venezuela, en dernière instance, n’est pas seulement l’histoire d’un pays. Il est le miroir des contradictions du monde actuel : un monde dans lequel le déclin d’une hégémonie ne signifie pas nécessairement la fin de la logique de domination.
Traduction Bernard Tornare
Majid Maleki Meighani est un analyste politique, écrivain et traducteur iranien, dont le travail se concentre sur les questions de gauche, les mouvements ouvriers ainsi que les enjeux ethniques et de genre. Écrivant parfois sous le nom de Majid Maleki, il a publié de nombreux articles dans des médias critiques et alternatifs, notamment ZNetwork, Countercurrents et d’autres plateformes en ligne, où il analyse l’impérialisme, les conflits contemporains et les formes de résistance dans le Sud global.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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